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Politique. Mohamad Habib, adjoint du guide suprême des Frères musulmans, répond aux critiques sur la légitimité de la confrérie au Parlement et expose son programme.

« L’amendement de la loi sur les partis
est notre priorité »

Al-Ahram Hebdo : Le chef du Comité des politiques au Parti National Démocratique (PND, au pouvoir), Gamal Moubarak, a récemment déclaré que votre confrérie a contourné la loi pour arriver au pouvoir et a usé de la religion pour réaliser ses ambitions politiques. Que répondez-vous à cela ?

Mohamad Habib : C’est avec un large sourire que les dirigeants de la confrérie ont accueilli ces déclarations sans importance qui reflètent l’incapacité du parti au pouvoir de comprendre et de gérer le jeu politique. Le PND n’arrive pas à réaliser que c’est le peuple qui doit être la source de légitimité de tout régime et qui doit élire ses dirigeants. Il nous a choisis. Nous tirons notre légitimité du peuple et non pas du gouvernement comme le PND, qui s’est emparé du pouvoir depuis des décennies et qui prétend être démocrate. Or, je suis sûr que le PND ne comprend pas le vrai sens du mot démocratie, puisqu’il n’admet pas le principe de l’alternance au pouvoir et du droit de l’opposition à avoir une véritable présence sur la scène politique. Et pour répondre à M. Gamal Moubarak, je veux souligner que malgré les abus flagrants et les pratiques illégales qui ont eu lieu au cours des récentes élections législatives, nous avons réussi à remporter 20 % des sièges. Je vous assure que ce chiffre aurait pu être doublé s’il n’y avait pas eu de fraude. Les Frères jouissent depuis de longues années d’une présence politique, historique et sociale. Mais il semble que l’Etat a des difficultés à avouer que nous sommes de facto la force politique la plus puissante sur la scène. C’est justement pour cette raison qu’il essaye aujourd’hui de nous combattre à travers les moyens politiques après que les moyens sécuritaires eurent prouvé leur échec.

— Mais que feriez-vous si le gouvernement adoptait une loi vous retirant toute légitimité ou plutôt en vous ramenant à « votre véritable mesure », comme l’a dit M. Gamal Moubarak ?

— Nous allons nous défendre par tous les moyens politiques et constitutionnels. Toutefois, ce serait une véritable contradiction si le gouvernement adoptait une loi visant à marginaliser la force la plus importante et la plus efficace sur la scène politique au moment où il parle de réforme politique.

— La conversion de la confrérie en un parti politique ne serait-elle pas l’issue de cette situation critique ?

— Il nous est impossible de nous transformer en parti politique tant que le Comité des partis politiques existe. L’amendement de la loi sur les partis politiques est la priorité sur notre agenda au Parlement. La loi actuelle a paralysé la vie politique, car elle empêche la formation de nouveaux partis.

— Les Frères sont accusés de ne pas avoir de programme de travail déterminé. Quelles sont donc les grandes lignes et les priorités de l’agenda de la confrérie ?

— On a lancé en mars 2004 une initiative de réforme politique, économique et sociale qui retrace notre programme en détail. Ce programme envisageait les moyens de réaliser un essor politique et qui consiste notamment à élargir la marge de liberté dans tous les domaines. Le programme évoquait également notre vision de la réforme économique et de la solution du problème du chômage dans le but de réaliser la justice sociale. Mais pour mettre en œuvre ce programme, il nous manque les données et les chiffres réels. Or, personne ne peut obtenir ces chiffres que l’Etat cherche à cacher à tout prix. Il nous faudra donc commencer par lutter pour réaliser la réforme politique voulue. Les priorités de notre agenda se définissent comme suit : la réforme politique et l’amendement de la Constitution d’abord, ensuite la réforme de l’enseignement et de la recherche scientifique et finalement le développement humain et urbain.

— La confrérie a déclaré qu’elle était en train d’élaborer une charte sur les droits des coptes en Egypte. Quelles seront les grandes lignes de cette charte et quel est le motif de cette initiative ?

— Depuis le succès écrasant des Frères musulmans aux élections législatives, un état d’inquiétude, de crainte et de mécontentement règne dans les milieux coptes. Nous avons donc voulu à travers cette charte faire le point sur notre vision des coptes qui sont, pour nous, des citoyens de premier degré et qui font partie du pays. Nous voulions rassurer les coptes et leur dire que leurs craintes sont infondées. En ce qui concerne le contenu de la charte, celle-ci évoque des questions qui perturbent la paix sociale comme les principes d’al-guézia (taxes) et Ahl Al-Zimma (les croyants d’autres religions) qui sont devenus des concepts historiques qui ne sont pas applicables à notre époque. La charte évoque également les règlements suggérés concernant la construction et la restauration des églises qui doivent se faire en fonction de la densité démographique et de la répartition géographique des citoyens coptes. Elle propose également un plan d’intégration des coptes dans la vie politique et sociale pour les sortir de cet état d’isolement où ils se sont enfermés. A cet effet, nous avons un plan visant à favoriser une participation massive des coptes au Parlement, aux syndicats professionnels ainsi qu’aux partis politiques. La charte affirme également que la performance et la qualification doivent être les critères de l’occupation des postes-clés quelles que soient la religion de la personne.

— Ces idées constituent une révolution dans la pensée des Frères musulmans. Ne contredisent-elles pas l’idéologie fondatrice de la confrérie ?

— Les fatwas (avis religieux) changent selon les époques et les circonstances. L’islam est une religion de tous les temps, mais sa tolérance est capable de briser les barrières entre les religions et d’absorber, de comprendre et de respecter les droits d’autrui. Je trouve donc que cette transformation répond aux exigences de l’époque où la citoyenneté est devenue l’essentiel. Je remarque toutefois que cette transformation ne touche pas aux principes de l’islam.

— Les Frères musulmans seraient-ils donc aujourd’hui pour un Etat laïque où l’application de la charia resterait importante ?

— L’islam est une religion de vie. Il englobe culture et politique, justice et loi. Il n’y a donc aucune raison pour séparer la religion de l’Etat, puisque la religion répond à toutes les demandes de la vie.

— Comment envisagez-vous appliquer la charia dans une société mixte où cohabitent musulmans et coptes ?

— Il est prématuré de parler d’une application globale de la charia dans cet état de corruption régnant sur la société. L’affaire demande des réformes à tous les niveaux et de préparer la société à un tel changement. En ce qui concerne la situation des coptes sous les lois islamiques, je ne trouve pas qu’elle sera problématique parce que la législation prendra en compte les différences de doctrines. A titre d’exemple, il y a des questions comme l’adultère, le vol, le meurtre, etc. que toutes les religions interdisent. En ce qui concerne des questions telles les boissons alcooliques, qui ne sont pas interdites chez les coptes, la loi prendra en considération la spécificité de chaque religion. Il n’y a rien donc à craindre.

Propos recueillis par
May Al-Maghrabi

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