— Mais que feriez-vous si le gouvernement
adoptait une loi vous retirant toute légitimité ou plutôt
en vous ramenant à « votre véritable mesure », comme l’a dit
M. Gamal Moubarak ?
— Nous allons nous défendre par tous les
moyens politiques et constitutionnels. Toutefois, ce serait
une véritable contradiction si le gouvernement adoptait une
loi visant à marginaliser la force la plus importante et la
plus efficace sur la scène politique au moment où il parle
de réforme politique.
— La conversion de la confrérie en un parti
politique ne serait-elle pas l’issue de cette situation critique
?
— Il nous est impossible de nous transformer
en parti politique tant que le Comité des partis politiques
existe. L’amendement de la loi sur les partis politiques est
la priorité sur notre agenda au Parlement. La loi actuelle
a paralysé la vie politique, car elle empêche la formation
de nouveaux partis.
— Les Frères sont accusés de ne pas avoir
de programme de travail déterminé. Quelles sont donc les grandes
lignes et les priorités de l’agenda de la confrérie ?
— On a lancé en mars 2004 une initiative
de réforme politique, économique et sociale qui retrace notre
programme en détail. Ce programme envisageait les moyens de
réaliser un essor politique et qui consiste notamment à élargir
la marge de liberté dans tous les domaines. Le programme évoquait
également notre vision de la réforme économique et de la solution
du problème du chômage dans le but de réaliser la justice
sociale. Mais pour mettre en œuvre ce programme, il nous manque
les données et les chiffres réels. Or, personne ne peut obtenir
ces chiffres que l’Etat cherche à cacher à tout prix. Il nous
faudra donc commencer par lutter pour réaliser la réforme
politique voulue. Les priorités de notre agenda se définissent
comme suit : la réforme politique et l’amendement de la Constitution
d’abord, ensuite la réforme de l’enseignement et de la recherche
scientifique et finalement le développement humain et urbain.
— La confrérie a déclaré qu’elle était en
train d’élaborer une charte sur les droits des coptes en Egypte.
Quelles seront les grandes lignes de cette charte et quel
est le motif de cette initiative ?
— Depuis le succès écrasant des Frères musulmans
aux élections législatives, un état d’inquiétude, de crainte
et de mécontentement règne dans les milieux coptes. Nous avons
donc voulu à travers cette charte faire le point sur notre
vision des coptes qui sont, pour nous, des citoyens de premier
degré et qui font partie du pays. Nous voulions rassurer les
coptes et leur dire que leurs craintes sont infondées. En
ce qui concerne le contenu de la charte, celle-ci évoque des
questions qui perturbent la paix sociale comme les principes
d’al-guézia (taxes) et Ahl Al-Zimma (les croyants d’autres
religions) qui sont devenus des concepts historiques qui ne
sont pas applicables à notre époque. La charte évoque également
les règlements suggérés concernant la construction et la restauration
des églises qui doivent se faire en fonction de la densité
démographique et de la répartition géographique des citoyens
coptes. Elle propose également un plan d’intégration des coptes
dans la vie politique et sociale pour les sortir de cet état
d’isolement où ils se sont enfermés. A cet effet, nous avons
un plan visant à favoriser une participation massive des coptes
au Parlement, aux syndicats professionnels ainsi qu’aux partis
politiques. La charte affirme également que la performance
et la qualification doivent être les critères de l’occupation
des postes-clés quelles que soient la religion de la personne.
— Ces idées constituent une révolution dans
la pensée des Frères musulmans. Ne contredisent-elles pas
l’idéologie fondatrice de la confrérie ?
— Les fatwas (avis religieux) changent selon
les époques et les circonstances. L’islam est une religion
de tous les temps, mais sa tolérance est capable de briser
les barrières entre les religions et d’absorber, de comprendre
et de respecter les droits d’autrui. Je trouve donc que cette
transformation répond aux exigences de l’époque où la citoyenneté
est devenue l’essentiel. Je remarque toutefois que cette transformation
ne touche pas aux principes de l’islam.
— Les Frères musulmans seraient-ils donc
aujourd’hui pour un Etat laïque où l’application de la charia
resterait importante ?
— L’islam est une religion de vie. Il englobe
culture et politique, justice et loi. Il n’y a donc aucune
raison pour séparer la religion de l’Etat, puisque la religion
répond à toutes les demandes de la vie.
— Comment envisagez-vous appliquer la charia
dans une société mixte où cohabitent musulmans et coptes ?
— Il est prématuré de parler d’une application
globale de la charia dans cet état de corruption régnant sur
la société. L’affaire demande des réformes à tous les niveaux
et de préparer la société à un tel changement. En ce qui concerne
la situation des coptes sous les lois islamiques, je ne trouve
pas qu’elle sera problématique parce que la législation prendra
en compte les différences de doctrines. A titre d’exemple,
il y a des questions comme l’adultère, le vol, le meurtre,
etc. que toutes les religions interdisent. En ce qui concerne
des questions telles les boissons alcooliques, qui ne sont
pas interdites chez les coptes, la loi prendra en considération
la spécificité de chaque religion. Il n’y a rien donc à craindre.