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CAN . Claude Leroy, le sélectionneur français de la RD Congo, est de retour en Egypte, 20 ans après avoir atteint la finale de la compétition avec le Cameroun. Ce grand expert de l'Afrique s'exprime sur le niveau des équipes et la situation du foot sur le continent.

« Le plus important est de montrer la qualité
du football congolais »

Al-Ahram Hebdo : Vous avez créé la surprise en match d'ouverture. La RD Congo a en effet battu le Togo 2-0. Etait-ce prévu ?

Claude Leroy : Il est difficile de dire que cela était prévu. Je pense qu'on les a beaucoup surpris. Ils ne s'attendaient pas à nous voir à ce niveau-là et je pense qu'ils nous ont un petit peu méprisés. Le Togo venait de battre le Ghana et il pensait que ça allait être facile. De plus, Adebayor n'avait pas joué en début du match. Or dans le football, il ne faut jamais manquer de respect envers l'adversaire.

— Mais votre équipe ne s'est pas très bien exprimée contre l'Angola lors de la 2e journée. Le match s'est terminé par un 0-0 ...

— C'est vrai, mais nous avons disputé cette rencontre dans des circonstances assez difficiles. Après l'exclusion de notre attaquant Muputu à la 15e minute de la rencontre, on a dû compléter le match avec 10 joueurs seulement. Alors il a été logique que l'Angola domine la rencontre. Mais il faut préciser que malgré toutes ces difficultés, nous avons eu plusieurs occasions de marquer. Il faut tirer un grand coup de chapeau à cette équipe, une nouvelle fois. Parce que tenir comme elle l'a fait pendant 75 minutes face à l'Angola, c'est une énorme performance.

— Peut-on dire que vous avez déjà pris une option en vue de la qualification pour les quarts de finale ?

— Il est trop tôt pour le dire. Mon équipe est jeune et il ne faut pas que les joueurs pensent ainsi. Je leur ai beaucoup parlé et dit que nous avions remporté quatre points, que personne ne pourrait nous les retirer, et qu'il faut nous concentrer sur notre prochain match contre le Cameroun. Si on fait un bon match contre lui, là on pourra parler de qualification. Pour l'instant, le plus important pour moi, est de montrer la qualité du football congolais.

— Que pensez-vous de votre groupe, qui comprend le Cameroun, une grande puissance du continent, et les deux nouveaux mondialistes, à savoir le Togo et l'Angola ?

— C'est un groupe très difficile. A priori, nous sommes classés quatrièmes du groupe. Mais j'ai beaucoup travaillé avec mes jeunes joueurs talentueux et leur ai beaucoup parlé. Sur 80 joueurs professionnels qui évoluent en Europe, je n'en ai choisi que 4 ou 5. J'ai préféré donner la chance à de jeunes joueurs locaux mais qui possèdent le talent et le potentiel à d'autres pros de niveau moyen.

— Est-il vrai que vos joueurs ont failli boycotter ce match contre le Togo en raison des arriérés de paiement de leurs primes ?

— Oui, tout à fait. Jusqu'à 5h du matin (le jour du match), ils étaient toujours là me disant qu'ils ne voulaient pas jouer car ils n'avaient pas touché leurs salaires et primes depuis mai dernier. Je les ai écoutés et calmés, leur ai promis de trouver une solution. Je leur ai dit que s'il fallait prendre une décision, cela serait pour le deuxième match et pas pour celui qui allait se jouer dans quelques heures. J'ai appelé le président de la République et les responsables qui m'ont tous promis de résoudre la crise. Nous avons joué dans des circonstances très compliquées car les joueurs n'avaient pas bien dormi et j'ai même annulé toutes les sessions et réunions avant le match. Je me suis contenté de leur donner des consignes techniques et tactiques aux vestiaires.

— Estimez-vous que ces problèmes financiers ont nui au football de la RD Congo ces dernières années ?

— Evidemment. La RD Congo est un pays qui devrait être riche, mais il a été ravagé par 10 ans de guerre civile et 4 millions de morts. Paradoxalement, quand je suis arrivé, il n'y avait pas de problème d'argent car j'avais tout en main. Le président me donnait le budget et c'était à moi de le gérer. Les joueurs recevaient 150 dollars pour un match de qualification pour le Mondial. Avec moi, la somme est passée à 9 000 dollars. Mai cela a gêné beaucoup de monde. Du coup, cela a été retiré. Depuis, il y a des irrégularités de paiement.

— Comment jugez-vous les équipes du groupe A, vos probables adversaires des quarts de finale ?

— L'Egypte a gagné. Normal, c'est une équipe solide, pas brillante, mais solide, intelligente, bien organisée. Elle sera très difficile à battre, surtout à domicile. Quant au match Maroc-Côte-d'Ivoire, c'est un peu plus délicat. En effet, le Maroc a très bien joué et dominé, notamment sur le plan collectif. Pourtant, il n'a pas pris les trois points. Or s'il perd contre l'Egypte, il sera éliminé. C'est pourquoi le premier match est très important.

— Quelle est votre évaluation du niveau de la compétition jusqu'à présent ?

— Il y a une confirmation des talents individuels dans cette compétition tels que Mido, Drogba, Eto'o et Lualua. C'est très important, car il faut inscrire ses marques dès le début. Au niveau technique des équipes, je pense qu'on n'est pas encore arrivé à un haut niveau. Mais on n'en est qu'au début. D'après ce qu'on a vu, l'équipe qui a le mieux joué, c'est la nôtre.

— Pourquoi, à votre avis, la RD Congo n'a-t-elle pas regagné son éclat des années 1970 ?

— C'est surtout à cause de la guerre. Cette génération n'a mangé qu'un repas par jour pendant de longues années. C'est la situation géopolitique en Afrique qui en est la cause. Après, il y a la volonté politique. Parce que la FIFA peu raconter tout ce qu'elle veut mais ce ne sont pas les fédérations nationales qui ont le pouvoir économique. Si les gouvernements n'aident pas le football en Afrique, il n'y aura pas de football. Il faut faire en sorte que les gouvernements puissent aider les équipes sans interférence. Là en ce moment, il y a un jeune président qui veut construire des terrains, des stades et des facilités. Mais ce n'est pas facile dans ces circonstances. Des pays comme le RD Congo et le Nigeria, qui possèdent de très larges populations, doivent constituer des puissances pour le football du continent.

— Vous détenez une expérience africaine de plus de 20 ans. Que pensez-vous de la progression et l'évolution du football sur le continent ?

— Je suis arrivé au Cameroun fin 1984, et j'ai disputé la finale de la CAN 1986 contre l'Egypte. Entre-temps, je suis passé par des hauts et des bas. Les pays du Nord n'arrêtent pas de parler de la relation Nord-Sud, des dettes, et de dire que le football en Afrique ne se développera pas. Ma colère ne cesse de s'accroître à ce sujet-là. Il faut que les Européens cessent d'envoyer leurs marchands pour acquérir de jeunes talents et les ramener avec eux. Ils doivent chercher plutôt à construire, équiper en infrastructures. Ainsi, il y aura de grands championnats passionnants en Afrique et beaucoup plus de talents émergeront. Et c'est là seulement que le football africain se développera vraiment.

Karim Farouk et Mohamad Mosselhi

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