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Guantanamo en Egypte ?!
Par Mohamed Salmawy
Je n’imagine pas qu’un peuple au monde accepterait d’établir sur son territoire une prison américaine qui pratiquerait les pires formes de torture physique et morale à l’instar de la prison de Guantanamo au Cuba. Mais voilà qu’éclate le scandale sur l’existence d’un grand nombre de ces prisons américaines dans certains pays, dont l’Egypte. Où en est la vérité et comment les responsables ne nous ont pas expliqué la réalité sur ce dossier qui fait l’objet d’enquêtes en France, en Grande-Bretagne, au Canada, et aux Etats-Unis mêmes ?

Tels les nuages qui s’accumulent dans les cieux présageant l’arrivée de tempête, les informations en provenance de plusieurs sources se multiplient selon lesquelles il existe dans un nombre de pays d’Europe, d’Asie, et du Moyen-Orient des prisons américaines sous la supervision de la CIA. On rapporte que des personnes suspectées d’appartenir à des groupes terroristes sont détenues dans ces prisons, où elles sont interrogées avec usage de torture physique et morale, en dehors de tout contrôle juridique.

Le Washington Post a été la première publication à diffuser la nouvelle en publiant que des avions privés de la CIA atterrissent dans un nombre de pays. Ils transportaient les suspectés d’appartenir à des groupes terroristes à des centres d’interrogatoire que les Américains installent dans d’autres pays spécialement à cette fin. Ces prisons sont baptisées « sites noirs ».

Ces avions sont célèbres depuis la guerre du Vietnam. Ils transportaient les incarcérés loin des yeux d’un quelconque contrôle. Dans ces avions, les prisonniers étaient enchaînés, anesthésiés, avaient les yeux bandés ou les bouches bâillonnées. Ces avions, généralement de petite taille, qui autrefois s’appelaient Air America atterrissaient dans tous les aéroports. Aujourd’hui, ils sont appelés Guantanamo Express.

Il semble qu’à la suite des événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, certains Etats ont approuvé sans l’afficher que Washington utilise leurs territoires pour mener la soi-disant « guerre contre le terrorisme ». Que ce soit en acceptant que les services de renseignement américains arrêtent les personnes suspectées pour qu’elles soient transportées là où elles seraient interrogées de manière illégale. Ou bien en établissant des centres d’interrogatoire sur les territoires de ces pays loin de toute supervision juridique. Depuis les révélations faites par le Washington Post, les articles de la presse mondiale ont eu des échos dans les différents cercles. Le Parlement européen a ainsi demandé de mener une enquête sur le sujet. Dès lors, les questions embarrassantes n’ont cessé de pleuvoir sur la secrétaire d’Etat américaine et le secrétaire au Foreign Office britannique. L’opposition française, quant à elle, a attaqué le gouvernement pour avoir coopéré avec les Etats-Unis et permis l’atterrissage d’avions de la CIA sur le sol français.

Le Washington Post a mentionné que la Hongrie, la Suède, l’Espagne, le Maroc, la Norvège, l’Italie, la Roumanie, la Pologne et l’Allemagne ont tous coopéré avec les Etats-Unis à ce sujet et leur a permis d’arrêter les suspects sur leurs territoires. Leurs aéroports ont accueilli les avions Guantanamo Express pour transporter les incarcérés vers des pays qui ont l’habitude d’utiliser les différents moyens de torture dans leurs prisons.

Le Figaro a récemment publié la carte complète des « sites noirs » qui se trouvent dans huit pays en Europe de l’Est, dont la Pologne, la Roumanie, la République tchèque, sans oublier d’autres pays comme la Thaïlande, l’Afghanistan, le Maroc, l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite et l’Ouzbékistan.

Certains responsables dans ces pays s’en sont défendus. Zapatero a catégoriquement nié l’existence de telles prisons en Espagne, bien qu’il n’ait pas commenté l’atterrissage des avions de la CIA sur son territoire. Le ministre de la Défense britannique a refusé de commenter le fait que ces avions aient utilisé des bases britanniques pour transporter des accusés vers l’Europe de l’Est, alors que le secrétaire au Foreign Office s’est contenté de confirmer la position de son pays hostile à tous genres de tortures.

A l’instar de son homologue espagnol, le premier ministre italien, Sylvio Berlusconi, a nié catégoriquement l’existence de telles prisons secrètes dans son pays, alors que le ministre irlandais des Affaires étrangères a annoncé que Condoleezza Rice lui avait assuré que l’aéroport irlandais n’avais jamais été utilisé à cette fin.

La France de son côté vit la même crise. Il a été prouvé que deux avions de Guantanamo Express avaient atterri dans deux aéroports français. Le ministère français des Affaires étrangères a par la suite annoncé qu’une enquête est en cours sur cette affaire. Le Figaro a publié que l’un de ces avions se dirigeant vers la Turquie avait atterri à l’aéroport français de Brest, non pas pour arrêter des suspects mais pour faire le plein. Quant au deuxième avion, il avait atterri à l’aéroport Le Bourget le 20 juillet en provenance d’Oslo, et il a été prouvé plus tard que cet avion s’est arrêté au moins 10 fois au Canada et environ 6 fois à la base de Guantanamo. Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a déclaré que le ministère s’enquit de la véracité de ces informations auprès des autorités de l’aviation civile et a confirmé que les autorités françaises rassemblent tous les détails sur la nature de la charge des deux avions.

Le Gardian avait de son côté publié un rapport détaillé disant que plus de 300 avions utilisés par la CIA se sont arrêtés en Europe. Le Gardian avait pour source les renseignements des autorités américaines de l’aviation civile. 96 avions ont été utilisés en Allemagne, 80 en Grande-Bretagne, 2 en France et 1 en Autriche. Le journal a confirmé que ces avions ont beaucoup survolé les cieux d’Europe de l’Est et se sont arrêtés 15 fois à Prague, une fois au nord-Est de la Pologne, où se trouve une prison secrète de la CIA.

De nombreuses informations faisaient état de suspects d’actes terroristes transportés périodiquement vers des pays bien déterminés au Proche-Orient, qui n’interdisent pas la torture dans leurs prisons.

Ce scandale est intervenu au moment où l’organisation des droits de l’homme Human Rights Watch a publié un rapport accusant les Etats-Unis d’avoir arrêté pas moins de 26 personnes dans des sites secrets en dehors des Etats-Unis. Dans son rapport intitulé « Les détenus fantômes », l’organisation a souligné que ces détenus sont emprisonnés pour une période indéterminée, sans charge et personne ne sait où ils se trouvent. Ils ne sont pas autorisés à contacter quiconque ou d’avoir des avocats. L’organisation a mentionné les noms qui étaient dans leur majorité des musulmans arabes de Libye, du Yémen, de l’Egypte (le fils de Omar Abdel-Rahmane), de Palestine, du Koweït, d’Arabie saoudite, du Pakistan, de Malaisie et de Tanzanie.

Face à ces révélations, des membres du Parlement européen ont accusé les pays de l’UE de ne pas faire les efforts nécessaires avec Washington à ce sujet. Cependant, nous savons tous que les Etats-Unis n’ont pas l’habitude de discuter avec les autres des activités de la CIA. Un porte-parole du département d’Etat s’est contenté de dire qu’ils essaieraient le plus que possible de rappeler à l’opinion publique de par le monde que les Etats-Unis mènent une guerre loin d’être traditionnelle ! Mais il n’a pas expliqué comment une telle guerre nécessite de faire impliquer des pays souverains dans des pratiques illégales. Le plus surprenant est que ni les opinions publiques, ni les médias dans ces pays ne se sont intéressés à cette affaire. Les responsables n’ont pas non plus tenu à expliquer ou à nier .

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