Je n’imagine pas
qu’un peuple au monde accepterait d’établir sur son territoire
une prison américaine qui pratiquerait les pires formes de torture
physique et morale à l’instar de la prison de Guantanamo au
Cuba. Mais voilà qu’éclate le scandale sur l’existence d’un
grand nombre de ces prisons américaines dans certains pays,
dont l’Egypte. Où en est la vérité et comment les responsables
ne nous ont pas expliqué la réalité sur ce dossier qui fait
l’objet d’enquêtes en France, en Grande-Bretagne, au Canada,
et aux Etats-Unis mêmes ?
Tels les nuages
qui s’accumulent dans les cieux présageant l’arrivée de tempête,
les informations en provenance de plusieurs sources se multiplient
selon lesquelles il existe dans un nombre de pays d’Europe,
d’Asie, et du Moyen-Orient des prisons américaines sous la
supervision de la CIA. On rapporte que des personnes suspectées
d’appartenir à des groupes terroristes sont détenues dans
ces prisons, où elles sont interrogées avec usage de torture
physique et morale, en dehors de tout contrôle juridique.
Le
Washington Post a été la première publication à diffuser la
nouvelle en publiant que des avions privés de la CIA atterrissent
dans un nombre de pays. Ils transportaient les suspectés d’appartenir
à des groupes terroristes à des centres d’interrogatoire que
les Américains installent dans d’autres pays spécialement
à cette fin. Ces prisons sont baptisées « sites noirs ».
Ces avions sont
célèbres depuis la guerre du Vietnam. Ils transportaient les
incarcérés loin des yeux d’un quelconque contrôle. Dans ces
avions, les prisonniers étaient enchaînés, anesthésiés, avaient
les yeux bandés ou les bouches bâillonnées. Ces avions, généralement
de petite taille, qui autrefois s’appelaient Air America atterrissaient
dans tous les aéroports. Aujourd’hui, ils sont appelés Guantanamo
Express.
Il semble qu’à
la suite des événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis,
certains Etats ont approuvé sans l’afficher que Washington
utilise leurs territoires pour mener la soi-disant « guerre
contre le terrorisme ». Que ce soit en acceptant que les services
de renseignement américains arrêtent les personnes suspectées
pour qu’elles soient transportées là où elles seraient interrogées
de manière illégale. Ou bien en établissant des centres d’interrogatoire
sur les territoires de ces pays loin de toute supervision
juridique. Depuis les révélations faites par le Washington
Post, les articles de la presse mondiale ont eu des échos
dans les différents cercles. Le Parlement européen a ainsi
demandé de mener une enquête sur le sujet. Dès lors, les questions
embarrassantes n’ont cessé de pleuvoir sur la secrétaire d’Etat
américaine et le secrétaire au Foreign Office britannique.
L’opposition française, quant à elle, a attaqué le gouvernement
pour avoir coopéré avec les Etats-Unis et permis l’atterrissage
d’avions de la CIA sur le sol français.
Le Washington
Post a mentionné que la Hongrie, la Suède, l’Espagne, le Maroc,
la Norvège, l’Italie, la Roumanie, la Pologne et l’Allemagne
ont tous coopéré avec les Etats-Unis à ce sujet et leur a
permis d’arrêter les suspects sur leurs territoires. Leurs
aéroports ont accueilli les avions Guantanamo Express pour
transporter les incarcérés vers des pays qui ont l’habitude
d’utiliser les différents moyens de torture dans leurs prisons.
Le Figaro a récemment
publié la carte complète des « sites noirs » qui se trouvent
dans huit pays en Europe de l’Est, dont la Pologne, la Roumanie,
la République tchèque, sans oublier d’autres pays comme la
Thaïlande, l’Afghanistan, le Maroc, l’Egypte, la Jordanie,
l’Arabie saoudite et l’Ouzbékistan.
Certains responsables
dans ces pays s’en sont défendus. Zapatero a catégoriquement
nié l’existence de telles prisons en Espagne, bien qu’il n’ait
pas commenté l’atterrissage des avions de la CIA sur son territoire.
Le ministre de la Défense britannique a refusé de commenter
le fait que ces avions aient utilisé des bases britanniques
pour transporter des accusés vers l’Europe de l’Est, alors
que le secrétaire au Foreign Office s’est contenté de confirmer
la position de son pays hostile à tous genres de tortures.
A l’instar de
son homologue espagnol, le premier ministre italien, Sylvio
Berlusconi, a nié catégoriquement l’existence de telles prisons
secrètes dans son pays, alors que le ministre irlandais des
Affaires étrangères a annoncé que Condoleezza Rice lui avait
assuré que l’aéroport irlandais n’avais jamais été utilisé
à cette fin.
La France de
son côté vit la même crise. Il a été prouvé que deux avions
de Guantanamo Express avaient atterri dans deux aéroports
français. Le ministère français des Affaires étrangères a
par la suite annoncé qu’une enquête est en cours sur cette
affaire. Le Figaro a publié que l’un de ces avions se dirigeant
vers la Turquie avait atterri à l’aéroport français de Brest,
non pas pour arrêter des suspects mais pour faire le plein.
Quant au deuxième avion, il avait atterri à l’aéroport Le
Bourget le 20 juillet en provenance d’Oslo, et il a été prouvé
plus tard que cet avion s’est arrêté au moins 10 fois au Canada
et environ 6 fois à la base de Guantanamo. Le porte-parole
du ministère français des Affaires étrangères a déclaré que
le ministère s’enquit de la véracité de ces informations auprès
des autorités de l’aviation civile et a confirmé que les autorités
françaises rassemblent tous les détails sur la nature de la
charge des deux avions.
Le Gardian avait
de son côté publié un rapport détaillé disant que plus de
300 avions utilisés par la CIA se sont arrêtés en Europe.
Le Gardian avait pour source les renseignements des autorités
américaines de l’aviation civile. 96 avions ont été utilisés
en Allemagne, 80 en Grande-Bretagne, 2 en France et 1 en Autriche.
Le journal a confirmé que ces avions ont beaucoup survolé
les cieux d’Europe de l’Est et se sont arrêtés 15 fois à Prague,
une fois au nord-Est de la Pologne, où se trouve une prison
secrète de la CIA.
De nombreuses
informations faisaient état de suspects d’actes terroristes
transportés périodiquement vers des pays bien déterminés au
Proche-Orient, qui n’interdisent pas la torture dans leurs
prisons.
Ce scandale est
intervenu au moment où l’organisation des droits de l’homme
Human Rights Watch a publié un rapport accusant les Etats-Unis
d’avoir arrêté pas moins de 26 personnes dans des sites secrets
en dehors des Etats-Unis. Dans son rapport intitulé « Les
détenus fantômes », l’organisation a souligné que ces détenus
sont emprisonnés pour une période indéterminée, sans charge
et personne ne sait où ils se trouvent. Ils ne sont pas autorisés
à contacter quiconque ou d’avoir des avocats. L’organisation
a mentionné les noms qui étaient dans leur majorité des musulmans
arabes de Libye, du Yémen, de l’Egypte (le fils de Omar Abdel-Rahmane),
de Palestine, du Koweït, d’Arabie saoudite, du Pakistan, de
Malaisie et de Tanzanie.
Face à ces révélations,
des membres du Parlement européen ont accusé les pays de l’UE
de ne pas faire les efforts nécessaires avec Washington à
ce sujet. Cependant, nous savons tous que les Etats-Unis n’ont
pas l’habitude de discuter avec les autres des activités de
la CIA. Un porte-parole du département d’Etat s’est contenté
de dire qu’ils essaieraient le plus que possible de rappeler
à l’opinion publique de par le monde que les Etats-Unis mènent
une guerre loin d’être traditionnelle ! Mais il n’a pas expliqué
comment une telle guerre nécessite de faire impliquer des
pays souverains dans des pratiques illégales. Le plus surprenant
est que ni les opinions publiques, ni les médias dans ces
pays ne se sont intéressés à cette affaire. Les responsables
n’ont pas non plus tenu à expliquer ou à nier .