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Côte-d'Ivoire.
Le conflit entre Abidjan et l'Onu risque de s'exacerber après
la décision du président Laurent Gbagbo de conserver le Parlement
en fonction.
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| De l'huile
sur le feu |
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Le
bras de fer se poursuit entre la communauté internationale et
le président ivoirien Laurent Gbagbo. Le dernier épisode est
la décision vendredi de ce dernier de maintenir l'Assemblée
nationale « en fonction avec tous ses pouvoirs », conservant
ainsi un atout maître contre ses adversaires politiques, tout
en mettant dans l'embarras la communauté internationale. M.
Gbagbo a arbitré à son avantage la question de la prorogation
du mandat des députés, arrivé à expiration à la mi-décembre
2005, alors que le Groupe de Travail International (GTI, organe
chargé de suivre le processus de paix) avait pourtant décidé
le 15 janvier que ce mandat « n'avait pas à être prolongé ».
La position
du GTI avait entraîné quatre jours de violentes manifestations
contre l'Onu des partisans du régime qui accusaient la communauté
internationale d'avoir « dissous » l'Assemblée et « porté atteinte
à la souveraineté nationale ». Venu en urgence à Abidjan le
18 janvier pour dénouer la crise, le président en exercice de
l'Union Africaine (UA), le Nigérian Olusegun Obasanjo, avait
alors souligné que le GTI « n'avait pas le pouvoir de dissoudre
» la Chambre des députés et « n'avait pas l'intention de le
faire ». Au nom de la communauté internationale, M. Obasanjo
avait renvoyé la question du mandat des parlementaires à M.
Gbagbo et à son premier ministre, Charles Konan Banny (désigné
le 28 décembre par la communauté internationale), censés entamer
des « consultations en vue de parvenir à une solution politique
». Selon la présidence ivoirienne, le premier ministre a, au
cours de ces discussions, reconnu que la question de l'Assemblée
« relevait des compétences exclusives » du chef de l'Etat, exprimant
simplement « la nécessité de voir (...) la résolution 1 633
du Conseil de sécurité de l'Onu » ainsi que les différents accords
de paix interivoiriens « appliqués ».
Y a-t-il eu vraiment
accord politique avec M. Banny ? Le premier ministre n'a pas
encore réagi officiellement ou publiquement à la décision présidentielle.
Dans plusieurs de ses interventions, il s'était prononcé pour
une solution de « compromis », prévoyant par exemple des « missions
» des députés dans les provinces. Mais n'avait jamais évoqué
une reprise des sessions de l'Assemblée.
La décision de
M. Gbagbo était pourtant prévisible : depuis le coup d'Etat
qui a tenté de le renverser en septembre 2002, le président
ivoirien n'a eu de cesse de se poser en « garant des institutions
», défenseur de la Constitution, et rappelle depuis quelques
jours le rôle de « contre-pouvoir » de l'Assemblée. Dans les
faits, le Parlement (dominé par le parti présidentiel) est,
avec les manifestations de rue, au cœur de la stratégie politique
de M. Gbagbo, une carte maîtresse dont il a déjà maintes fois
fait usage depuis le début de la crise.
Souvent accusé
de faire obstacle au processus de paix, en freinant l'adoption
ou en vidant de leur substance les textes de lois prévus par
les différents accords de paix, l'Assemblée est l'une des principales
courroies de transmission du régime au sein des institutions.
Elle est présidée par Mamadou Koulibaly, proche de M. Gbagbo
et considéré comme un « dur ». L'épouse du président Gbagbo,
Simone Gbagbo, elle aussi très influente, y dirige le groupe
parlementaire FPI (au pouvoir). |
Processus de paix au pied du mur
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Moins de deux semaines
après l'arbitrage du GTI, l'Onu, la médiation africaine, les
pays et organisations internationales impliquées dans le processus
de paix se retrouvent donc au pied du mur. « C'est un démenti
cinglant au Conseil de sécurité (de l'Onu) et au GTI. Il sera
difficile de rester sans réagir », selon cette source. « Cela
confirme en tout cas la faiblesse de Banny face à Gbagbo, et
c'est un facteur d'aggravation de la crise », selon un diplomate
en poste à Abidjan. « On ne peut se prévaloir de la déclaration
d'Obasanjo, le 18 janvier, pour justifier une telle décision
», estime un diplomate d'un pays membre du GTI, qui parle «
d'une provocation ».
Une provocation
qui risque de ne pas rester impunie, puisque le Conseil de sécurité
de l'Onu devrait prochainement arrêter une décision sur l'imposition
de sanctions contre certains responsables ivoiriens. « Les membres
du Conseil vont continuer à travailler dans les jours qui viennent
sur une liste, une liste courte », a déclaré jeudi l'ambassadeur
de France à l'Onu, Jean-Marc de La Sablière, à l'issue d'une
réunion du Conseil sur la Côte-d'Ivoire. Exprimant le même avis,
le président du comité des sanctions du Conseil, le Grec Adamantios
Vassilakis, a déclaré : « La majorité des membres du Conseil
s'est exprimée en faveur de sanctions ciblées. Mais que nous
devions être prudents dans la manière d'utiliser cet outil du
Conseil. Maintenant, c'est aux membres du comité de faire des
propositions ».
Selon la procédure,
si aucun Etat membre n'émet d'objection dans les deux jours
ouvrables suivant le dépôt de la liste, les sanctions prennent
effet immédiatement. Celles-ci, déjà prévues par la résolution
1 572 de novembre 2004, consistent en un gel des avoirs financiers
et une interdiction de voyager. Elles n'ont pas été appliquées,
mais peuvent l'être à tout moment dès qu'une liste est constituée.
Le 19 janvier,
le Conseil de sécurité avait affirmé que des mesures ciblées
seront imposées contre toute personne s'opposant au processus
de paix en Côte-d'Ivoire, notamment celles qui feraient obstacle
au travail de la mission de l'Onu (Onuci), des forces françaises
Licorne, du Haut représentant de l'Onu pour les élections ou
du Groupe de Travail International (GTI). Cette déclaration
faisait suite à quatre jours de manifestations, parfois violentes,
des partisans du président Laurent Gbagbo en Côte-d'Ivoire,
dirigées principalement contre l'Onuci. Après avoir entendu
un compte rendu de situation de Pierre Schori, représentant
spécial en Côte-d'Ivoire du secrétaire général, Kofi Annan.
« Il y a une très forte tendance au Conseil pour adopter des
mesures contre quelques personnes responsables de ces événements
», a déclaré La Sablière. Pour sa part, Schori a affirmé la
nécessité de mettre fin à l'impunité pour ceux qui sont derrière
les derniers troubles. |
| Maha
Salem |
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