| |
| Iran.
A la veille de la réunion d’urgence du Conseil des gouverneurs
de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), les
2 et 3 février, rien n’annonce un proche dénouement de la crise
du dossier nucléaire. |
| Tergiversations
interminables |
|
L’Iran
continue de « jouer » avec la communauté internationale. Ce
jeu, qui ressemble à celui du chat et de la souris, prend aujourd’hui
un tournant plus crucial, à la veille d’une réunion d’urgence
du Conseil des gouverneurs de l’Agence onusienne de l’énergie
atomique qui doit se tenir les 2 et 3 février. Lors de cette
réunion, les gouverneurs de l’AIEA pourraient bien décider d’envoyer
le dossier nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité de
l’Onu, habilité à prendre des sanctions internationales.
A l’heure
actuelle, nul ne peut prévoir quel dénouement prendra ce jeu
et qui en sortira vainqueur. Or, toutes les options sont sur
la table comme l’a dit, vendredi, le président américain George
W. Bush. Ce dernier a envisagé la « possibilité réelle » de
sanctions internationales contre l’Iran pour obtenir la garantie
que la République islamique ne fabrique pas l’arme nucléaire.
Même l’option d’opération militaire n’est pas complètement éliminée
: « Toutes les options doivent être sur la table, la dernière
d’entre elles est l’option militaire, mais elle est toujours
possible », a affirmé le président américain. Le même jour,
le Sénat américain a demandé à l’unanimité que le Conseil de
sécurité des Nations-Unies soit saisi du dossier du nucléaire
iranien, en raison de la « violation de ses obligations internationales
de non-prolifération nucléaire par Téhéran ». Parallèlement,
la Maison Blanche a accusé l’Iran de « jouer » avec la communauté
internationale autour de l’offre de compromis russe destinée
à éviter une escalade diplomatique de la crise nucléaire. La
proposition russe permettrait à la communauté internationale
de résoudre ses divergences sur l’attitude à adopter face au
défi nucléaire iranien et sur la nécessité ou non d’en référer
au Conseil de sécurité de l’Onu. Moscou offre à Téhéran d’enrichir
sur le territoire russe l’uranium dont la République islamique
a besoin comme combustible pour ses futures centrales nucléaires.
Cela prémunirait la communauté internationale contre un détournement
de technologie à des fins militaires.
Quant aux Européens,
leur réaction était assez menaçante cette semaine. Jeudi soir,
ils ont adressé un « message fort » pour que l’Iran respecte
ses obligations de non-prolifération nucléaire, a déclaré le
premier ministre français, Dominique de Villepin. Le président
français, Jacques Chirac, avait élargi, jeudi, le champ de la
doctrine nucléaire de la France, prévoyant des ripostes aux
Etats pratiquant le terrorisme ou des frappes en cas de menaces
sur ses alliés ou ses approvisionnements stratégiques. La commissaire
européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner,
s’est dite plutôt « sceptique », après que l’Iran s’est déclaré
favorable à la proposition russe d’enrichir son uranium. « Il
est difficile de penser que ce n’est pas seulement une tactique
pour gagner du temps », a-t-elle poursuivi.
Redoutant des sanctions
contre Téhéran, son allié, la Chine, a apporté, cette semaine,
son soutien à la proposition russe pour résoudre la crise qui
oppose l’Iran aux pays occidentaux : « Nous pensons que cette
proposition est une bonne tentative pour sortir de l’impasse
», a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères,
Kong Quan, lors de la visite éclair de Ali Larijani, le responsable
du dossier nucléaire iranien à Pékin, jeudi dernier. « Nous
sommes toujours partisans de résoudre les problèmes par les
négociations et nous soutenons tous les efforts diplomatiques
pour résoudre les questions nucléaires », a ajouté M. Kong.
|
Souffler le chaud et le froid
|
|
Gardant le sang-froid
face à un Occident échaudé par les hésitations et les atermoiements
iraniens, la République islamique a adopté, cette semaine, la
même tactique : souffler le chaud et le froid pour dépasser
la date butoir du 2 février.
Pour lever
les craintes des Occidentaux, l’Iran s’est déclaré, mercredi
dernier, favorable à la proposition du Kremlin d’enrichir l’uranium
en Russie. « Mais, le plan doit être perfectionné lors des futures
négociations en février », a déclaré Ali Larijani, le responsable
du dossier nucléaire iranien, depuis Moscou, où il a eu des
entretiens avec son homologue russe Igor Ivanov, avant de se
rendre en Chine. Pourtant, le responsable iranien a jugé « insuffisante
» l’offre russe : « Cette offre ne suffit pas pour satisfaire
les besoins de l’Iran en énergie nucléaire », a-t-il ajouté.
L’Iran pose trois
conditions avant d’accepter le plan russe : il veut continuer
à enrichir l’uranium sur son sol, souhaite associer la Chine
à l’offre russe et exige un abandon total de l’idée d’une saisine
du Conseil de sécurité. « Si le dossier iranien est transféré
au Conseil de sécurité de l’Onu ou si des pressions politiques
sont exercées, l’Iran commencera à enrichir son uranium », a
menacé Ali Larijani.
Continuant son
jeu avec l’Occident, l’Iran a promis, vendredi, de laisser les
inspecteurs de l’AIEA visiter l’ancien site militaire de Lavizan,
ce qui apparaît comme une concession de Téhéran dans l’enquête
de l’agence sur son programme nucléaire controversé, ont indiqué
les experts. L’AIEA, qui a déjà visité par le passé ce site
dont les bâtiments ont disparu et les sols ont été arasés, veut
y mener de nouvelles inspections pour y détecter d’éventuelles
traces d’uranium. L’agence souhaite par ailleurs inspecter des
appareillages jadis utilisés à Lavizan. Téhéran a bien plus
affirmé sa disposition à répondre à toutes les questions soulevées
par l’AIEA pour déterminer si le programme nucléaire iranien
est strictement civil, comme l’affirme Téhéran, ou s’il est
aussi à but militaire, comme le craignent les Occidentaux. Parmi
ces points figurent des offres de technologies et d’équipements
nucléaires adressées à l’Iran entre 1987 et 1994 par Abdul Qadeer
Khan, le père de la bombe atomique pakistanaise qui a animé
un réseau illicite de prolifération nucléaire.
Ces derniers mois,
l’Iran a franchi les étapes menant à la maîtrise du nucléaire
: reprise de la conversion d’uranium à Isphahan (centre-ouest),
en août 2005, et des activités de recherche liées à l’enrichissement,
le 10 janvier. Pour les pays occidentaux et les Etats-Unis,
cette démarche vise à terme à doter l’Iran de l’arme atomique
sous couvert du nucléaire civil.
Selon certains
experts, une saisine du Conseil de sécurité pourrait ne pas
être envisageable lors de la prochaine réunion du Conseil des
gouverneurs de l’AIEA. Preuve : le directeur de l’AIEA, le Dr
Mohamad Al-Baradei, refuse toujours de présenter un rapport
urgent sur les activités nucléaires iraniennes, comme le lui
demandaient les Européens. Ceci dit, le Dr Al-Baradei va donner
à Téhéran une nouvelle date butoir jusqu’au 6 mars, date de
la réunion ordinaire du Conseil des gouverneurs de l’AIEA. «
Je suis confiant dans la possibilité que la proposition russe
puisse fournir le début d’une solution », a déclaré, cette semaine,
Mohamad Al-Baradei. |
| Maha
Al-Cherbini |
|
| Retour
au sommaire |
|
|