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Koweït. Le nouvel émir, cheikh Sabah, devrait donner un coup d’accélérateur aux réformes politiques et économiques.

Sous le signe du progrès

Le nouvel émir du Koweït, cheikh Sabah Al-Ahmad Al-Sabah, qui a prêté serment dimanche, doit croire à sa belle étoile. Il entame son ère par une bonne nouvelle : l’émirat, membre de l’Opep, a enregistré des revenus de 34,5 milliards de dollars au cours des neuf premiers mois de l’année fiscale en cours grâce à l’envolée des cours du brut, selon un rapport samedi. Les revenus de l’Etat sont ainsi en hausse de 53 % par rapport à la même période de l’an dernier et de 120 % par rapport aux prévisions budgétaires tablant sur 15,7 mds de dollars pour l’ensemble de l’exercice 2005/2006. Le budget a été élaboré sur la base d’un cours du brut à 21 dollars le baril alors que le prix moyen du pétrole koweïtien a atteint 50 dollars. Début janvier, la National Bank of Kuwait (NBK) avait indiqué que l’émirat était en passe d’enregistrer jusqu’à 23 mds de dollars d’excédent budgétaire durant l’exercice en cours, avec des revenus attendus de 46 mds de dollars.

Sorti grand vainqueur de la crise politique au Koweït, le nouvel émir doit maintenant choisir un premier ministre et un prince héritier en préservant le délicat équilibre au sein de la famille régnante, et donner un coup d’accélérateur aux réformes. Mais dans l’immédiat, la nomination d’un nouveau premier ministre est la mission la plus pressante pour cheikh Sabah, qui dispose d’un délai d’un an pour désigner un prince héritier. En vertu de la Constitution, la nomination de l’héritier du trône et du premier ministre relève de sa seule prérogative. En outre, c’est lui qui décide en dernier ressort du choix des membres du gouvernement. La désignation d’un prince héritier et la distribution des principaux portefeuilles lui offrent le moyen de maintenir un équilibre entre les divers clans de la famille régnante. Même si, en vertu de la Constitution, tous les descendants de sexe masculin de Moubarak Al-Kabir (qui régna de 1896 à 1915), au nombre de quelque 400, ont le droit de devenir émir, dans la pratique, seuls les clans Al-Salem et Al-Jaber alternent à la tête de l’Etat.

Durant les tractations pour régler la crise de ces derniers jours, cheikh Sabah aurait refusé de renoncer à sa prérogative de désigner seul le prince héritier. A ce stade, on ignore s’il maintiendra la séparation des fonctions de prince héritier et de premier ministre, en vigueur depuis 2003. Des groupes d’opposition libéraux et islamistes ont appelé cette semaine, dans un communiqué conjoint, à maintenir cette séparation. Certains groupes d’opposition ont aussi fait campagne pour que le premier ministre soit choisi en dehors de la famille régnante, contrairement à la tradition suivie depuis l’indépendance du Koweït, en 1961.


Un émir libéral

Nommé émir le 24 janvier, aussitôt après la destitution par le Parlement de son prédécesseur pour raisons de santé, cheikh Sabah dirigeait déjà de facto le Koweït en tant que premier ministre depuis plusieurs années en raison de l’état de santé de cheikh Jaber Al-Ahmad Al-Sabah, l’émir décédé le 15 janvier. Cheikh Sabah s’était vu ainsi déléguer de très larges prérogatives, avant de devenir en 2003 chef du gouvernement. Il suppléait aussi le souverain dans ses fonctions officielles. C’est lui, par exemple, qui avait procédé, le 17 octobre dernier, à l’inauguration de la nouvelle session parlementaire à la place de l’émir. C’est également lui qui dirigeait en décembre la délégation du Koweït au sommet des monarchies arabes du Golfe à Abou-Dhabi.

Considéré comme un libéral, le nouvel émir a été à l’origine des réformes ayant permis, en mai 2005, l’octroi aux femmes des droits de vote et d’éligibilité. Il a aussi soumis au Parlement une loi sur la presse, actuellement à l’étude, visant à faciliter l’ouverture de nouveaux journaux. Il a toutefois indiqué qu’il n’envisageait pas la légalisation des partis politiques, officiellement interdits au Koweït. Cheikh Sabah est également crédité de réformes économiques ayant rendu le Koweït attractif pour les capitaux étrangers. « La nouvelle ère va sans aucun doute être placée sous le signe des réformes. Il est l’émir des réformes. Nous allons assister à une accélération des réformes dans les domaines juridique, législatif et politique », déclare l’analyste politique Sami Al-Nassef, qui est aussi un conseiller de l’ancien premier ministre. L’avis est partagé par un diplomate occidental. « Il est au pouvoir depuis plusieurs années, période durant laquelle nous avons assisté à certaines réformes politiques et économiques importantes. Nous nous attendons à ce que ces réformes s’accélèrent », a-t-il dit sous le couvert de l’anonymat.

Fin manœuvrier, cheikh Sabah est l’un des principaux protagonistes de la politique koweïtienne depuis quatre décennies. Il est entré pour la première fois au gouvernement en tant que ministre de l’Orientation et de l’Information en 1962, un an après l’accession du Koweït à l’indépendance. Un an plus tard, il est nommé ministre des Affaires étrangères, une fonction qu’il occupera jusqu’en juillet 2003, date de sa nomination au poste de premier ministre, à l’exception d’une brève interruption entre 1991 et 1992, juste après la première guerre du Golfe. Il a dirigé la diplomatie koweïtienne dans des périodes difficiles, telles que les crises frontalières avec l’Iraq et la tension avec l’Iran. L’an dernier, il avait déployé d’intenses efforts pour résoudre le différend entre l’Arabie saoudite et le Qatar, mais sans résultat. Cheikh Sabah, qui a subi l’ablation de l’appendice en août 2002, s’était fait poser un stimulateur cardiaque en février 2000. Contrairement aux autres membres de haut rang des Al-Sabah, qui ont des familles nombreuses, cheikh Sabah n’a que deux garçons. Son unique fille est décédée en 2002.

Hicham Mourad
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