Près
d'un an après l'attentat qui a coûté la vie à l'ex-premier
ministre libanais, Rafiq Hariri, le 14 février 2005, cet assassinat
qui a donné lieu à une vague de changement dans les relations
syro-libanaises continue de susciter des remous, notamment
aux Etats-Unis, qui profitent de toute occasion pour souligner
que cette affaire ne doit pas tomber dans l'oubli. Le président
George W. Bush a réclamé en effet que tous les responsables
de la mort de Rafiq Hariri rendent des comptes devant la justice,
à l'issue d'un entretien avec le fils de M. Hariri. « Il est
très important que l'enquête sur la mort de votre père progresse.
Nous attendons que cette enquête soit complète et ferme, et
les gens qui sont responsables de la mort de votre père doivent
rendre des comptes », a déclaré M. Bush. Il s'exprimait devant
la presse à la Maison Blanche à l'issue d'un entretien avec
Saad Hariri, entré en politique à la mort de son père, tué
dans un attentat. M. Bush n'a pas désigné de responsabilité
syrienne dans l'assassinat de Rafiq Hariri. Mais il a souligné
sa volonté d'indépendance pour le Liban, qui doit être « libre
de toute influence étrangère, libre de la politique d'intimidation
syrienne, libre de déterminer son propre cours ».
La visite de
Saad Hariri aux Etats-Unis était destinée à avoir le soutien
américain à la reconstruction du Liban, mais aussi au renforcement
de la sécurité intérieure et des frontières libanaises avec
la Syrie. Mais il voulait aussi faire en sorte que l'enquête
sur la mort de son père progresse sans désemparer. « Nous
avons besoin d'une réponse plus rapide des Syriens pour mettre
fin à ce chapitre », a dit M. Hariri avant son entretien avec
M. Bush. M. Hariri n'est pas rentré au Liban depuis cinq mois,
craignant pour sa vie. « Il y a une liste de cibles et je
suis en haut de cette liste ».
De son côté,
la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a assuré
M. Hariri que les Etats-Unis sont contre les interférences
de la Syrie, une des bêtes noires de l'Administration Bush.
« Nous allons continuer à œuvrer pour qu'il n'y ait aucune
intimidation sur le peuple libanais, pour que la Syrie respecte
ses obligations dans le cadre de la résolution 1 559 des Nations-Unies
» destinée à stabiliser le Liban, a indiqué Mme Rice.
L'assassinat
de Rafiq Hariri avait déclenché une mobilisation internationale
pour mettre fin à la domination syrienne sur le Liban, un
combat dont l'ancien premier ministre était l'une des figures
emblématiques. Sous la pression internationale, la Syrie a
fini par retirer ses troupes dans les semaines qui ont suivi
l'assassinat de Rafiq Hariri, conformément à une résolution
de l'Onu. Washington accuse Damas de ne pas se conformer à
la résolution de l'Onu, de poursuivre ses ingérences et de
soutenir au Liban les groupes islamistes anti-israéliens,
comme le Hezbollah chiite.
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Les premières
conclusions de l'enquête de l'Onu font état de « preuves convergentes
» de l'implication des services de renseignement libanais et
syriens et d'un manque de coopération de la part de Damas. Les
enquêteurs ont demandé à entendre le président Bachar Al-Assad
et le ministre des Affaires étrangères, Farouq Al-Chareh. Et
le président syrien a été nommément mis en cause par l'ancien
vice-président syrien, Abdel-Halim Khaddam.
Côté onusien, on
vient de sommer la Syrie de respecter la souveraineté du Liban,
et l'Organisation internationale a délégué à Beyrouth un haut
responsable pour examiner les modalités de création d'un « tribunal
ayant un caractère international » sur l'assassinat de l'ancien
premier ministre. Le conseiller juridique du secrétaire général
de l'Onu Kofi Annan, Nicolas Michel, a entamé à Beyrouth ses
consultations avec les responsables libanais pour examiner les
modalités de création d'un tel tribunal. Après avoir été reçu
par M. Siniora, le spécialiste onusien a déclaré à la presse
qu'il était « parvenu à une bonne vision globale » qu'il aurait
« l'occasion de compléter lors d'entretiens ultérieurs ». «
Les consultations que nous allons mener dans les jours et semaines
à venir verront cette base s'élargir », a-t-il jugé. Il a néanmoins
estimé nécessaire que les consultations allaient, au moment
opportun, s'étendre à des représentants de la société civile.
A savoir si ce
tribunal comprendra éventuellement des magistrats internationaux
et libanais, M. Michel a répondu que ce sont précisément ce
genre de réflexions que nous allons faire pendant les consultations.
Selon l'Onu, M. Michel doit discuter « des moyens d'identifier
la nature et l'ampleur de l'aide internationale nécessaire pour
que ceux qui seront inculpés des assassinats de l'ancien premier
ministre et d'autres personnes soient jugés par un tribunal
ayant un caractère international ».
La mission de M.
Michel intervient, alors que le nouveau chef de la commission
d'enquête, le Belge Serge Brammertz, a pris officiellement ses
fonctions la semaine dernière, succédant au magistrat allemand
Detlev Mehlis.
La décision de
créer un tribunal à caractère international est conforme à la
résolution 1 644, adoptée le 15 décembre 2005, qui a pris note
de la demande du Liban d'étendre le travail de la commission
d'enquête de l'Onu sur Rafiq Hariri, créée par la résolution
1 559, à la série d'attentats perpétrés contre des personnalités
libanaises anti-syriennes depuis octobre 2004.
La mission du spécialiste
onusien répond aux appels de plusieurs Libanais, avec en tête
le chef druze anti-syrien Walid Joumblatt, pour créer un tribunal
international et élargir l'enquête sur l'assassinat de l'ex-premier
ministre Rafiq Hariri, aux autres assassinats au Liban. Selon
M. Joumblatt, les cinq ministres chiites boycottent le gouvernement
de Fouad Siniora à la demande de la Syrie car « le seul point,
à long terme, qui fasse mal au régime syrien, c'est le tribunal
international ». Le Hezbollah et Amal, les deux partis chiites
proches de Damas et minoritaires au gouvernement, boycottent
depuis le 12 décembre dernier le Conseil des ministres pour
protester notamment contre la demande de constitution d'un «
tribunal à caractère international » susceptible, selon eux,
d'accroître les ingérences occidentales et les pressions sur
la Syrie. |