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SIDA
. Une nouvelle étude
du Bureau International du Travail (BIT) examine l’impact
économique de la pandémie, notamment en Afrique et en
Asie. |
Une crise
globale de développement |
La
mondialisation est un facteur de propagation de l’épidémie
que favorisent les déplacements fréquents, l’immigration
et la marginalisation des plus pauvres, souligne une nouvelle
étude du BIT. Ainsi, « certaines professions courent des
risques beaucoup plus élevés », explique Odile Frank,
auteur de l'étude, qui pointe trois catégories d'emplois
spécialement touchées : les secteurs du transport, de
l'industrie du tourisme et de l’hôtellerie ainsi que les
demandeurs d'emploi en déplacement et séparés de leurs
familles. « A part et au-delà des énormes souffrances
infligées, la pandémie est en train de détruire les gains
en matière de développement (…) parce qu’elle renforce
chaque problème liant la mauvaise santé à la pauvreté
», poursuit le rapport. Selon lui, le HIV/sida constitue
une menace majeure pour le développement économique et
social, un des principaux obstacles pour atteindre les
Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
En Afrique subsaharienne, la maladie
a réduit l’espérance de vie de quinze ans, passant d’un
peu plus de 60 à 45 ans. Toutefois, la propagation touche
à présent l’Asie et l’Europe de l’Est et, d’ici 2010,
il y aura plus d’Asiatiques infectés que d’Africains,
estiment les experts du BIT. Selon leurs calculs, la
perte moyenne du taux de croissance du PIB due au sida
s’est élevée entre 1992 et 2002 à plus de 1 % dans 33
pays d’Afrique subsaharienne où cette perte a pu être
mesurée et attribuée à la maladie, soit environ 9 milliards
de dollars par an. Si rien ne change, les économies
de ce groupe de pays diminueront de 18 % d’ici 2020,
ce qui représentera un « trou » cumulé de 144 milliards
de dollars en perte de croissance, réduisant ainsi la
capacité de répondre de façon efficace et équitable
au fardeau économique et social imposé par la maladie.
Les expériences passées ont démontré que les dépenses
de santé ont un effet important sur l’éducation et la
formation de la main-d’œuvre qui est plus apte à lutter
contre le sida.
L'étude montre également les liens
entre pauvreté et sida, qui constituent un cercle vicieux.
Les investissements étrangers ont baissé dans tous les
pays africains les plus touchés par l'épidémie, sauf
en Afrique du Sud, la locomotive économique de l’Afrique,
et en Angola où la guerre civile a préservé des populations
isolées par les combats et où l’attrait du pétrole escamote
tous les autres risques. L'épidémie frappe surtout la
population active, — de 15 à 49 ans —, imposant un fardeau
écrasant aux membres d'une tranche d'âge qui joue un
rôle social et économique essentiel.
En Afrique, les femmes paient un prix
démesuré parce qu’elles sont infectées plus tôt que
les hommes, ce qui les prive davantage encore des années
de vie où l'on est en bonne santé et leur fait supporter
une part disproportionnée de la charge des soins. A
la fin de 2004, le nombre de femmes vivant avec le virus
sur l’ensemble du continent était 1,3 fois plus élevé
que celui des hommes. Mais dans les pays d’Afrique australe,
notamment l’Afrique du Sud, la Zambie et le Zimbabwe,
des femmes âgées de 15 à 24 ans étaient entre 3 et 6
fois plus exposées que les hommes du même âge. En fait,
76 % de tous les jeunes adultes infectés étaient des
femmes.
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20 millions d'enfants orphelins d'ici à 2010
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Un des aspects les plus préoccupants
de l'épidémie tient aussi au fait qu'elle affaiblit gravement
le secteur de l'éducation des pays d'Afrique subsaharienne,
déjà peu performant, et accroît le nombre des orphelins.
Sur les 34 millions recensés en Afrique, plus de 11 millions
sont des victimes indirectes du fléau. D'ici à 2010, jusqu'à
20 millions d'enfants pourraient perdre l'un de leurs
parents ou même les deux du fait de la maladie et vont
constituer une population à risque qu'il conviendra de
protéger contre la sous-alimentation, les maladies et
l'exploitation sexuelle.
D'ores et déjà, la FAO donne la priorité
à la formation des orphelins du sida. Elle a créé à ce
jour 34 écoles en zone rurale, qui prodiguent un enseignement
à un millier d'enfants au Kenya, au Mozambique, en Namibie
et en Zambie. Des écoles sont mises sur pied en collaboration
notamment avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM)
et des ONG et institutions locales pour suppléer à l’absence
des parents. Elles inculquent aux orphelins du sida et
aux jeunes vulnérables de 12 à 18 ans un savoir-faire
agricole, le sens des affaires et des règles élémentaires
de survie. Elles dispensent des techniques agricoles aussi
bien traditionnelles que modernes : préparer les champs,
labourer, transplanter, sarcler, irriguer, lutter contre
les nuisibles, bien utiliser et conserver les ressources
disponibles, moissonner, transformer leurs récoltes, les
stocker et les écouler sur les marchés. Les enfants sont
également sensibilisés à la prévention contre le VIH/sida,
à la parité hommes/femmes, à la protection de l'enfance
et encore à la santé sexuelle.
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Marie
Joannidis |
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