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Commerce . L’avancée des réformes politiques, posée par les Etats-Unis comme une condition à la signature d’un accord de libre-échange avec l’Egypte, contrarie le gouvernement Nazif.

La carotte et le bâton

Lors de sa visite au sultanat d’Oman à la fin de la semaine dernière, Rob Portman, le représentant américain du Commerce, a déclenché la surprise : « Les Etats-Unis souhaitent voir un progrès de la part de l’Egypte dans le domaine politique. Ce n’est qu’ensuite que nous pourrons poursuivre les négociations concernant l’établissement d’une zone de libre-échange », a-t-il déclaré. Deux jours après, Catherine Noveli, assistante du représentant américain au Commerce pour l’Europe et la Méditerranée, a rejoint cette déclaration en annonçant que « l’Egypte fait face actuellement à une série de problèmes qui contredisent les conditions exigées pour la création d’une zone de libre-échange avec les Etats-Unis. Même avec les réformes économiques déjà achevées, il reste à l’Egypte du chemin à parcourir ». Deux messages qui ont sorti pour la première fois le ministre de l’Industrie et du Commerce Rachid Mohamad Rachid de son silence sur la question : « La zone de libre-échange n’est pas un cadeau fait par les Etats-Unis. L’Egypte ne va pas signer cet accord si cela contredit ses intérêts », a-t-il martelé en réponse.

Rachid n’a pas pu, au cours de sa rencontre avec le représentant américain pour le Commerce à Davos, cacher sa colère. « Les avancées du traité de libre-échange avec les Etats-Unis demanderont des efforts considérables de la part des deux parties. Car, un tel traité promet aussi des bénéfices conséquents. La réforme politique est une affaire intérieure et ne doit pas être un préalable à cet accord. Les Etats-Unis n’ont pas à s’en mêler », a-t-il déclaré. Avis partagé par Ahmad Nazif, premier ministre égyptien, toujours au cours de la conférence de Davos. « Il n’est pas juste que le président américain exclue l’Egypte de son projet de création de zones de libre-échange avec les pays du Proche-Orient », a-t-il affirmé.

Les Etats-Unis ont en effet déjà conclu des accords de libre-échange avec la Jordanie, le Maroc et Oman, et Bahreïn cette semaine. De même, ils ont initié des négociations dans ce sens avec les Emirats arabes unis. Et depuis 1995, officiels et hommes d’affaires égyptiens ont saisi toutes les occasions pour convaincre leurs homologues américains d’entamer les négociations sur la création d’une zone de libre-échange entre les deux pays. Mais ces tentatives se sont toutes soldées par un échec. Le gouvernement avait même composé 14 comités pour améliorer différents domaines tels que les douanes, l’agriculture, les télécommunications, la justice, la propriété intellectuelle, l’infrastructure, les services, la main-d’œuvre, l’environnement et la transparence afin de séduire ses partenaires. Mais, même après ces accomplissements, les Etats-Unis ne se montrent pas satisfaits.


Inquiets à juste titre

Et si les hommes d’affaires et le gouvernement s’inquiètent de la posture actuelle des Etats-Unis, c’est à juste titre. Car les Etats-Unis constituent, en termes d’échanges commerciaux, l’un des principaux partenaires de l’Egypte après l’Union Européenne (UE). En 2004, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 4,4 milliards de dollars. Les exportations égyptiennes représentent 1,3 milliard de dollars, alors que les importations américaines ont atteint 3,1 milliards de dollars. Ahmad Ghoneim, professeur d’économie à l’Université du Caire, assure par ailleurs que la création d’une zone de libre-échange avec les Etats-Unis est très importante. Notamment en raison du fait qu’à chaque fois que les Etats-Unis signent un accord de libre-échange avec un pays arabe, l’Egypte perd un marché. « La compétition est devenue acharnée et nous devons combattre pour avoir une place. C’est l’établissement de cette zone de libre-échange avec les Etats-Unis qui nous le permettait », dit-il. Selon d’autres experts économiques et un rapport de l’ECES (Egyptian Center for Economic Studies), les retombées d’une zone de libre-échange avec les Etats-Unis seront positives mais minimes, alors que les dividendes politiques que vont en tirer les Américains seront bien plus importants.

Gouda Abdel-Khaleq, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, souligne de son côté que c’est l’Egypte qui a permis aux Etats-Unis d’adopter cette attitude. « Il n’était pas logique de signer le QIZ et d’entamer des négociations sur une zone de libre-échange. Le QIZ a été signé pour réaliser le souhait des Etats-Unis de voir l’Egypte entretenir des relations avec Israël. Son but est donc plus politique qu’économique ». Il ajoute que les Américains ne cessent de faire des promesses qu’ils ne tiennent pas. « D’abord, ils ont exigé des réformes économiques, ensuite ils ont appuyé l’établissement d’une coopération économique avec Israël à travers le QIZ. Et ensuite ? », se demande-t-il. Mais pour Gamal Al-Nazer, président de l’Association des hommes d’affaires égyptiens, la conclusion de l’accord de libre-échange n’intervient pas pour des raisons qui ne peuvent être avouées. « Les Etats-Unis ont déjà approuvé les réformes économiques entamées par l’Egypte. Je ne pense pas que le désir de progrès politique soit la raison. Les Etats-Unis aspirent à ce que l’Egypte joue un rôle dans la question iraqienne. C’est un bras de fer pour avoir des concessions », estime-t-il. D’autres rumeurs assurent que l’emprisonnement de l’opposant politique, Aymane Nour, est également une des causes du blocage.

 

Névine Kamel
Ibtissam Zayed

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