Mondialisation
. La Chine
et l’Inde ont été les vedettes de la 36e édition
du Forum économique mondial de Davos. La fracture
globale a également animé les discussions. |
Le
néolibéralisme dresse son bilan |
Les
nouvelles puissances économiques se sont bel
et bien fait entendre aux Global Leaders réunis
à Davos, pour débattre du thème de « l’impératif
créatif », et ce lors de la 36e édition du
World Economic Forum, tenue à Davos. La Chine
et l’Inde supplantent même l’Europe, comme
le note Eric Le Boucher, dans le quotidien
français Le Monde du 29 janvier. Pour lui,
cela s’est opéré finalement très vite. Mais
voilà, ça y est : l’Europe est passée au second
plan. « Le monde était hier dominé par les
Etats-Unis et par l’Europe, il l’est aujourd’hui
par les Etats-Unis, par la Chine et l’Inde
», conclut-il. Déjà, la Chine a été annoncée
la quatrième puissance économique mondiale,
devant la France et la Grande-Bretagne. Les
économistes présents à Davos ont constaté
que le sort de l’économie mondiale était très
lié à la croissance de la Chine, qui s’accélère
fortement (+9,9 %, en 2005), et à la consommation
américaine, qui ralentit. Pour la Chine, le
vice-premier ministre, Cheng Peiyan, a promis
que la richesse par habitant sera doublée
d’ici 2010, grâce à un rythme de croissance
toujours aussi dynamique. « Aujourd’hui, la
Chine ne pèse certes que 5 % du PIB mondial,
mais contribue pour plus de 20 % à la croissance
de ce PIB », a constaté Min Zhu, vice-président
de la banque privée Bank of China. « Cela
signifie que les Etats-Unis et le Japon ne
sont plus les seuls moteurs de l’économie
». L’Inde, elle, a fait tourner les yeux par
son offre de rachat de la géante Arcelor par
le groupe indien Mittal.
La Chine et l’Inde ne se
contentent pas de fabriquer des tee-shirts
et des tôles d’acier bas de gamme. A l’intérieur,
elles accroissent rapidement leurs dépenses
de recherche-développement et la formation
d’ingénieurs. A l’extérieur, elles commencent
à partir à l’assaut des groupes occidentaux
pour acquérir des technologies, comme c’est
le cas pour Mittal. Bref, ce basculement tectonique
sautait aux yeux durant toute la semaine dans
les Alpes suisses, où s’entretenaient 735
patrons ou présidents de multinationales et
une quinzaine de chefs d’Etat ainsi que de
nombreux ministres.
Cependant, quand on adhère
au club des grands, ce sont aussi de grands
problèmes auxquels l’on fait face. Ainsi,
les congressistes ont déploré l’incertitude
induite par la montée du prix du pétrole,
qui s’approche de son record historique de
70,85 dollars, atteint au mois d’août dernier.
D’ailleurs, le sujet politique
majeur était la fracture globale. D’un côté,
les congressistes se sont montrés confiants
en l’avenir : 65 % d’entre eux estiment que
la génération prochaine vivra dans un monde
« plus prospère », selon un sondage réalisé
par Gallup. Mais ce sentiment contraste avec
celui des opinions publiques en général, qui
sont beaucoup plus inquiètes : seules 43 %
des 50 000 personnes interrogées dans 60 pays,
également par Gallup, s’attendent à une amélioration
économique mondiale. Une sur dix redoute un
monde « nettement moins prospère ». En revanche,
55 % craignent de vivre dans un monde « moins
sûr », tandis que ce pourcentage n’est que
de 30 % parmi les Global Leaders présents
à Davos. Il faut résoudre cette fracture,
selon les organisateurs du forum, faute de
quoi les problèmes du monde s’aggraveront,
et la croissance en pâtira.
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Salma
Hussein |
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Séduction
d’un altermodèle |
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A l’autre bout du monde,
au Venezuela, s’est tenu en parallèle à celui
de Davos le World Social Forum, où les altermondialistes
ont recherché des alternatives, des contre-modèles
à ceux présentés par la pensée néolibérale.
Cette année, les développements sur le continent
de l’Amérique Latine ont inspiré des milliers
de personnes pour se rendre à Caracas. La
« révolution bolivarienne » du président Chavez
réveille en effet les espoirs. Elle se compose
de deux aspects : le « coopérativisme » ainsi
que les « substitutions aux importations »,
modèle de croissance le plus adopté dans les
années 1960 et 70. Il s’agit de tenter l’autosuffisance,
au lieu de se concentrer exclusivement sur
les exportations.
Au Venezuela, un mélange
de ces deux aspects place le développement
sur le bon chemin. Entre 2000 et 2006, le
nombre de coopératives a été multiplié par
cent. Elles seraient aujourd’hui 100 000 sur
le territoire. Selon le quotidien français
Libération, Chavez aurait puisé près de 5
millions de dollars dans les revenus pétroliers
pour les financer. Les coopératives rencontrent
un grand succès dans l’agriculture, la petite
industrie et surtout dans les transports.
Le mouvement coopératif n’est
cependant pas que vénézuélien. L’Argentine
et l’Uruguay sont les deux pays du continent
où il s’est aussi beaucoup développé et ceci
sans fonds apportés par la rente pétrolière.
« On fait pleinement partie de ce processus
à travers le mouvement des usines récupérées
(ndlr : reprises par les travailleurs à l’occasion
de faillites) », explique Carlos Ugarte, membre
argentin du Mouvement socialiste des travailleurs.
« Nous sommes venus à Caracas avec les représentants
d’un hôtel et d’une entreprise de céramique
récupérés par leurs travailleurs ». Coopérativisme
rimerait donc un peu avec autogestion.
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