Alors
qu’une guerre civile acharnée est sur le point de se déclencher
en Iraq, le Liban est lui aussi au bord du précipice. De
nombreux facteurs poussent ce pays vers cette situation
d’affrontement entre communautés. Certains sont nouveaux alors
que d’autres sont plus anciens et sont dernièrement réapparus.
Le Liban vit une division confessionnelle. D’ailleurs, les
hommes politiques appellent l’équilibre confessionnel au Liban «
un équilibre de la catastrophe », c’est-à-dire que tout
changement important mènerait à de graves explosions. Les
ingérences américaines et européennes ont toujours été un
facteur d’ébranlement de cet équilibre libanais. De plus, la
faiblesse des Arabes, leurs divergences politiques et leur
interaction compliquée avec les politiques internationales ont
facilité les choses à tous ceux qui ont voulu exploiter le Liban
pour des projets et des stratégies politiques ayant pour
objectif de déstabiliser la région.
De nombreux facteurs attisent actuellement le
feu des conflits confessionnels. Le plus important est
certainement la tentative de réaliser les objectifs politiques
qui n’ont pu être accomplis lors de la guerre israélo-américaine
contre le Hezbollah au Liban en juillet dernier. Saper le
pouvoir politique du Hezbollah et le désarmer par la force
représentent l’un des principaux objectifs des politiques
américaine et israélienne. Liquider politiquement et
militairement le Hezbollah réalisera l’un des objectifs de la
politique américaine et israélienne. Ce, dans le cas d’un
scénario militaire qui viserait à mettre un terme au dossier
nucléaire iranien et à liquider le camp radical dans tout le
monde islamique.
De plus, le destin du Liban et notamment du
Hezbollah relève d’une importance capitale pour le destin de la
Palestine. En effet, l’encerclement du mouvement islamique dans
les territoires occupés et le renversement du Hamas nécessitent
l’anéantissement du Hezbollah, que ce soit en sa qualité de
modèle réussi de la résistance contre Israël ou de force de
soutien pour le Hamas. Sans oublier que ces deux mouvements sont
les deux principaux alliés de la Syrie et de l’Iran dans la
région.
Le deuxième facteur qui n’en est pas moins
important est la tentative de la Syrie de rétablir son pouvoir
au Liban après l’avoir perdu à la suite du retrait de ses forces
en application de la résolution 1 595. C’est l’une des plus
importantes cartes pour Damas, que ce soit pour jouer un plus
grand rôle régional ou pour se défendre face aux pressions
américaines visant à renverser son régime. Il est clair que la
Syrie estime que le moment est devenu propice pour rétablir une
partie de son pouvoir au Liban. En effet, elle estime que le
Hezbollah a réalisé une victoire militaire qu’il est
indispensable d’exploiter et que l’hégémonie de la majorité
parlementaire au Liban est devenue insupportable étant donné le
tribunal international sur l’affaire de l’assassinat de Hariri
et également la reprise de relations quasi déclarée entre
certaines forces de la majorité libanaise d’une part, et Israël
d’autre part.
Le principal indice de la proximité de la
guerre civile est que les différentes parties de la politique
libanaise, le Hezbollah, les forces nationales, les forces
islamistes et la coalition du 14 mars, adoptent des initiatives
agressives les unes contre les autres. En effet, au nom de la
souveraineté du Liban, la coalition du 14 mars revendique
sérieusement le désarmement du Hezbollah. Quant à ce dernier, il
veut couper court à toute politique ou position visant son
désarmement, il veut priver les Etats-Unis et Israël d’utiliser
le Liban pour encercler l’Iran et la Syrie et veut aussi
traduire sa victoire militaire au cours de la dernière guerre en
un pouvoir politique surtout qu’il a présenté de grands
sacrifices. De plus, le Hezbollah veut évidemment rétablir une
partie de son poids et de sa représentation politique dans les
organismes d’Etat perdus suite aux dernières élections et aussi
après le retrait des forces syriennes.
La guerre civile semble davantage probable si
les deux principaux adversaires visent à réaliser des objectifs
supplémentaires à travers des stratégies agressives.
Cependant, la guerre civile au Liban peut
être évitée contrairement au cas iraqien. Alors que les grands
blocs politiques entrent dans de larges affrontements, le
citoyen libanais veut s’en écarter au maximum. Les blocs
politiques s’empressent d’obtenir des armes et de s’entraîner,
mais les souvenirs amers de la guerre civile qui s’est prolongée
de 1976 à 1990 ne peuvent être ignorés. De plus, toutes les
parties de la scène politique souffrent de faiblesse. En effet,
le Hezbollah est sorti affaibli de la dernière guerre et les
habitants du Sud-Liban et du sud de Beyrouth souffrent de
conditions déplorables qu’il n’est pas possible d’aggraver par
une guerre civile. Quant aux organisations chrétiennes, elles se
sont fortement épuisées en conséquence de leur défaite lors de
la guerre civile ainsi que durant la période du fort pouvoir de
la Syrie et du Hezbollah.
De plus, les forces chrétiennes sont divisées
entre elles. Quant au secteur sunnite qui se range sous
l’emblème de ce qu’on appelle le courant de l’avenir et la
majorité parlementaire, il n’a jamais représenté une grande
force militaire sur la scène libanaise et il peut tout perdre
s’il entre dans une guerre civile. Par ailleurs, la coalition du
14 mars ne peut risquer d’entrer dans une guerre civile de peur
de sortir perdante à cause de sa faiblesse militaire.
Plusieurs raisons poussent aussi les parties
étrangères à éviter la guerre civile. Les Etats-Unis et Israël
craignent de s’enliser dans un tel conflit d’autant plus que
Washington fait face à une véritable catastrophe en Iraq. Ces
deux forces craignent la défaite de leurs alliés dans la guerre
civile. Ce qui est tout à fait probable. Le fait qui ramènera la
Syrie au Liban ou qui obligera même les Etats-Unis à demander
son intervention comme ce fut le cas en 1976. Quant à la Syrie,
elle craint moins la guerre civile libanaise. Cependant, elle ne
la préfère pas pour des raisons similaires. Si elle perd la
guerre ou si elle favorise les conditions de l’ingérence
internationale, elle se trouvera dans des conditions plus
difficiles car elle deviendra complètement encerclée par des
forces extérieures et régionales hostiles et sans alliés sur la
scène politique libanaise.
Avec toutes ces considérations, nous devons
nous souvenir que les guerres civiles n’éclatent pas pour des
causes raisonnables, mais généralement pour des causes que
refusent la raison et la logique. L’environnement psychique et
politique au Liban se détériore maintenant d’une manière qui
peut devenir incontrôlable. Ce qui signifie qu’il sera difficile
d’éviter la guerre civile au Liban si l’Egypte, l’Arabie
saoudite et les autres parties du régime arabe n’interviennent
pas pour trouver une résolution pacifique rapide sur le conflit
au Liban.
Les Libanais considèrent l’Egypte comme
l’unique force équilibrée car elle n’est ni l’allié, ni le
parrain d’aucune des parties du conflit.
Cependant, les Libanais déplorent l’absence
du rôle égyptien, et nombreux estiment même qu’il ne sera pas
efficace après 30 ans d’absence sur la scène politique libanaise.
Notre mission est donc de leur prouver que l’Egypte est le seul
pays arabe capable de sauver le Liban et de retracer la réalité
régionale .