Le
lancement de la chaîne satellite d’informations Al-Jazeera
International, qui diffuse ses programmes en langue anglaise,
est un événement médiatique de taille. En effet, cette chaîne va
aider à donner au monde une image juste des Arabes et musulmans
du tiers-monde. Elle jouera un rôle aussi important que la
chaîne arabe Al-Jazeera qui a réussi à faire balancer de
nombreux trônes médiatiques dans la région et même en Occident.
Al-Jazeera International a été lancée il y a quelques jours à
l’occasion du Xe anniversaire de la première chaîne, en arabe.
Il aura fallu deux ans de préparation afin de pouvoir s’engager
sur un nouveau champ qui était auparavant dominé par des chaînes
d’informations d’un niveau professionnel élevé comme CCN et BBC,
dont la diffusion couvre la planète.
Pendant de longues années, les Arabes se sont
plaints de la domination d’institutions médiatiques occidentales
sur les différents médias. Celles qui confectionnent et voilent
les nouvelles et les informations selon leurs agendas politiques.
C’est ainsi que l’opinion publique mondiale ne voyait que
l’image diffusée par ces chaînes satellites, qui ont tendance à
mettre en lumière les côtés négatifs et à cacher les côtés
positifs.
Bien que certaines chaînes d’informations qui
sont nées au cours de la décennie passée aient réalisé une
présence respectable et des scoops importants, comme Al-Jazeera
et Al-Arabiya, leur influence est restreinte par les limites de
la diffusion. Et les médias mondiaux ne rapportaient de ces
chaînes que les événements chauds et frappants. D’autant plus
qu’Al-Jazeera diffuse exclusivement les communiqués de Bin
Laden, de Zawahri et autres. C’est ainsi que l’opinion publique
mondiale, notamment en Occident, est restée loin de la pensée et
de la culture des peuples arabes. Elle est en relation avec ces
peuples sans vraiment les comprendre. Cette situation a mené à
de nombreuses crises, comme celles des caricatures contre le
prophète Mohamad ou encore la question relative au voile et au
niqab, ou à la femme en général.
Il est vrai que la chaîne arabe Al-Jazeera a
contribué à changer les normes du scoop journalistique lors de
la couverture de la guerre en Afghanistan, puis en Iraq. Il est
aussi vrai que malgré toutes les critiques qui lui sont
adressées, cette chaîne a réussi à relever le plafond de la
liberté dans les médias arabes. Or, toucher la pensée du
téléspectateur en Europe, aux Etats-Unis et en Asie reste un
défi important pour les médias arabes. Et les ministres arabes
de l’Information ne cessent de mettre cette question sur
l’agenda de leurs réunions, bien qu’ils soient derrière la
déficience des médias arabes.
Aujourd’hui, Al-Jazeera International, grâce
à ses centres régionaux situés à Washington, à Londres, à Kuala
Lumpur et à Doha, et à ses équipes très bien formées, pourra
pénétrer dans l’univers médiatique occidental qui est resté
longtemps hermétique aux Arabes. C’est ainsi qu’il sera
également possible de faire face au flux médiatique venant de
l’Occident et qui devient de plus en plus fort. En effet, la
Grande-Bretagne a annoncé le lancement d’une nouvelle BBC arabe
et la France lance, dès aujourd’hui, une nouvelle chaîne
d’informations en continu, France 24.
Il est clair que les médias internationaux
s’engagent avec force dans la concurrence visant à gagner
l’esprit de millions de personnes à travers le monde. Et au
centre de ce monde, il y a le Moyen-Orient. Si la chaîne Al-Jazeera
International a réussi à combler cette lacune, en Egypte nous
restons toujours aux fenêtres des ruelles pour critiquer et se
moquer des chaînes satellites comme Al-Jazeera, qui font
d’énormes efforts et parfois des erreurs, mais s’engagent de
plein front dans un combat acharné, celui de la liberté
d’expression et des médias, quelles que soient les critiques qui
leurs sont adressées .