Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy, Les écrivains donnent l’exemple aux hommes politiques
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 Semaine du 6 au 13 décembre 2006, numéro 639

 

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Opinion

Les écrivains donnent l’exemple aux hommes politiques

Mohamed Salmawy

La semaine dernière, le dernier aspect du boycott arabe de l’Egypte, décrété à la suite des accords de Camp David, a pris fin. Une des pages les plus perturbées de l’histoire des relations interarabes a été tournée à jamais. Une page qui avait certes des retombées négatives pour tous.

La tenue pour la première fois depuis 30 ans de la conférence de l’Union des écrivains arabes au Caire, l’élection de l’Egypte pour le poste de secrétaire général et le choix du Caire comme siège de l’Union viennent confirmer que les événements ont repris leur cours normal. C’est une confirmation que l’arabité de l’Egypte n’est pas à suspecter et que les Arabes continuent à la considérer comme leur grande sœur. En fait, ceci était une sorte de rectification de situations anormales qui ont perduré plus qu’il ne le fallait. Les relations diplomatiques qui avaient été rompues ont été rétablies et la Ligue arabe est revenue à son siège naturel. L’Egypte avait récupéré son membership dans l’Union générale des écrivains arabes depuis plus de 10 ans sans que le siège ne revienne au Caire. L’Iraq, la Tunisie, la Jordanie et la Syrie l’ont présidé à tour de rôle.

Le fait que l’Egypte retrouve le poste de secrétaire général de l’Union était un point sensible qu’il fallait traiter d’une manière qui prendrait en considération l’ampleur du sujet et sa nature. Surtout que les membres de l’Union ont été surpris de la décision de l’instance administrative de la Ligue des écrivains jordaniens de proposer la candidature de son président au poste du secrétaire général. Le même désir caressait l’esprit du président de l’Union des écrivains syriens bien que la Syrie ait occupé ce poste pendant trois mandats consécutifs, malgré un règlement interne interdisant à tout pays membre d’occuper plus de deux mandats successifs.

Au moment où la partie syrienne a tenu à observer la réaction des autres membres pour savoir s’il y avait une unanimité sur l’idée d’une candidature syrienne, la partie jordanienne a mis en œuvre un plan soigneusement préparé. Fort du soutien officiel du royaume, le président de la Ligue a annoncé que le gouvernement jordanien a promis une aide financière à l’Union au cas où le siège serait transféré à Amman. Le ministre jordanien de la Culture a ouvertement soutenu le candidat jordanien et son ministère a financé des voyages de délégations de la Ligue aux pays membres afin de plaider la cause de leur candidat au poste de secrétaire général. Ceci s’est accompagné d’une large campagne, à tel point que des journaux arabes ont publié des déclarations d’un porte-parole jordanien qui s’est présenté comme directeur de la campagne électorale du candidat jordanien. Cette personne s’est mise à expliquer le programme électoral jordanien, incluant de nouveaux amendements au règlement interne de l’Union.

C’était la première fois que l’Union des écrivains arabes témoigne d’une campagne électorale pareille. Surtout que les responsables de cette campagne ont tenu à lui assurer tous les éléments de réussite depuis le financement, en passant par le programme électoral et jusqu’aux contacts personnels. Et tout ceci au sein d’une circonscription électorale où les électeurs ne dépassent pas le nombre de 15.

Quant au candidat syrien, il a pris son temps pour avoir une lecture attentive de la situation. Il semblait prêt à retirer sa candidature si l’Egypte maintenait la sienne. Sinon, il se serait présenté devant le candidat jordanien, estimant pouvoir gagner.

Face à cette situation, l’Egypte se trouvait devant deux choix : s’engager dans la bataille contre celui qui serait son éventuel concurrent ou se retirer totalement de la course, surtout que les Arabes, ou quelques-uns d’entre eux, sont revenus sur leur accord implicite selon lequel il était temps que l’Egypte reprenne sa place au secrétariat général.

L’Assemblée de l’Union des écrivains d’Egypte a tenu plusieurs réunions au cours desquelles elle a discuté de la situation et j’ai tenu à exposer mes conceptions sur la manière de la traiter. Après de longues conversations, nous nous sommes mis d’accord qu’il n’était pas convenable que l’Egypte, grande sœur des pays arabes, entre en compétition avec d’autres candidats. La candidature de l’Egypte était toujours en vigueur conformément à un ancien accord conclu lors de la précédente conférence tenue trois ans plus tôt en Algérie. Mais nous nous sommes mis d’accord pour parvenir à un accord avec les frères arabes à ce sujet par l’entente et non pas la concurrence. La compétition électorale, avec son cortège de tentatives effrénées d’obtenir le soutien du maximum de voix et de priver son rival de celles des électeurs, laisse en général des séquelles négatives dans les esprits qui entraveraient plus tard l’action commune des membres. Si cette compétition est concevable pour les élections politiques, elle ne peut s’appliquer aux élections de l’Union, car nous sommes tous partenaires dans l’action et le vainqueur et le vaincu se retrouvent finalement autour d’une même table au siège de l’Union. Raison pour laquelle le candidat qui se présente à ces élections doit prendre en considération les sentiments de fraternité sans lesquels l’action arabe commune n’aura pas lieu.

Nous avons vécu l’expérience de 1979 lorsque le membership de l’Egypte à l’Union fut suspendu et il ne lui était pas convenable, après ce précédent, de rentrer dans la compétition par une campagne électorale traditionnelle. Il lui était plus honorable après 30 ans de boycott qu’on lui demande de revenir à la tête du secrétariat général, dont elle fut l’un des membres fondateurs en 1954.

Nous avons jugé, à l’Union des écrivains d’Egypte, que le meilleur slogan pour la candidature de l’Egypte serait « L’indépendance de l’écrivain ». Les différents organismes officiels égyptiens ont apporté leur soutien en offrant de grandes facilités pour la tenue de la conférence, mais sans faire de la propagande pour nous.

Telle était la stratégie adoptée par l’Union des écrivains d’Egypte qui a tenu à s’éloigner de la turbulence des politiques électorales. Mener une campagne électorale aurait été plus attirant pour les médias qui en auraient profité pour faire des manchettes chaudes qui auraient opposé les divers concurrents. Cependant, les répercussions de cette stratégie seraient dévastatrices pour l’Union et pour l’esprit de coopération entre ses membres ainsi que sur l’image de marque de l’Egypte qu’il faut à tout prix préserver.

Nous remercions Dieu parce que notre stratégie a abouti. C’était le Soudan qui avait proposé la candidature de l’Egypte et la Palestine l’a soutenue et ensuite c’était au tour des autres pays membres de se rallier à eux, y compris la Jordanie qui a retiré sa candidature et la Syrie qui ne l’a pas présentée. Tout ceci pour dire que le choix de l’Egypte s’est fait par consensus et non à travers la concurrence.

Ainsi, l’Union des écrivains arabes a réussi ce que les hommes politiques ne sont jamais parvenu à faire. Le sommet littéraire réuni au Caire la semaine dernière a donné l’exemple aux sommets politiques pour ce qui est de l’action arabe commune. Rien d’étrange à cela parce que les écrivains et les intellectuels sont censés être la conscience de la nation et le symbole de la pensée civilisée et créative.

Je ne veux pas que l’on comprenne que ce résultat dont nous sommes tous fiers est l’œuvre de l’unique partie égyptienne. Si cela était vrai, cette réussite serait modeste. Mais la véritable valeur c’est que cette réalisation a été l’œuvre de toutes les délégations qui se sont mises d’accord pour parvenir à ce résultat. Avec à leur tête ceux qui ont renoncé à proposer leur candidature et se sont ralliés à l’unanimité de leurs frères arabes. Sans cet esprit de coopération et de fraternité, les réunions des écrivains arabes tenues au Caire auraient ressemblé aux sommets de leurs dirigeants politiques qui finissent souvent par des altercations. Prennent-ils l’exemple des écrivains ?

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