La tension au Darfour et la régionalisation
de cette crise, voire son internationalisation, ont fait oublier
que la paix au Sud-Soudan reste encore bien fragile. Après
environ deux ans de calme précaire dans la région du Sud-Soudan,
la violence a refait gravement surface, cette semaine, entre
l’armée soudanaise et les ex-rebelles du sud du pays, l’Armée
populaire de libération du Soudan (SPLA), dans la ville de
Malakal à quelque 700 km au sud de Khartoum. Cette vague de
violence, qui a fait périr des centaines de personnes dans les
plus violents combats depuis la conclusion d’un accord de paix
en janvier 2005 entre le gouvernement de Khartoum et les
rebelles de cette région riche en pétrole, pose toute une série
de questions quant à la réussite de l’accord de paix entre le
nord et le sud et au contrôle des milices héritées de la guerre
civile.
Censé mettre fin à un conflit de 20 ans entre
le nord et le sud faisant deux millions de morts et quatre
millions de déplacés, l’accord de Naivasha a créé des armées
séparées pour le nord et le sud avec des unités conjointes dans
les principales villes, ainsi qu’un gouvernement autonome pour
la partie méridionale du pays. Il prévoit également un partage
plus juste des pouvoirs et des richesses avec des promesses de
développement du sud dans une période de transition qui s’étale
sur 5 ans. Après cette période, les Sudistes décideront entre la
séparation du nord et le droit à l’autodétermination. « Les
Sudistes ont toujours souffert d’une certaine discrimination car
les Nordistes ont accaparé tous les pouvoirs et toutes les
richesses. Ils aspiraient donc à une répartition plus juste des
ressources du pays surtout qu’une bonne partie de ces richesses
se concentrent dans le sud. Ce sentiment d’injustice a fait
naître, avec le temps, dans l’esprit des Sudistes, une certaine
tendance vers la séparation », analyse le Dr Mohamad Abdel-Salam,
expert politique, selon lequel ce regain de tension est
essentiellement dû au ralentissement de l’application de
l’accord de paix à cause des divergences sur des points
essentiels, tels que le tracé des frontières et le contrôle des
gisements pétroliers du sud. « Voilà que deux ans sont passés et
le sud n’a témoigné d’aucun développement comme l’a stipulé
l’accord de Naivasha. Les Sudistes se sont donc sentis trahis »,
estime le Dr Abdel-Salam. Aussi, certains responsables du
Sud-Soudan ont-ils déclaré, vendredi, leur détermination à
canaliser les revenus de leur pétrole en direction de
l’agriculture et du développement des infrastructures. « Si la
région est empoisonnée par les guerres et le sous-développement,
elle a aussi un grand potentiel agricole et des ressources
énormes surtout que nous produisons plus de 330 000 barils de
pétrole brut par jour », a défié Barnaba Benjamin, ministre de
la Coopération régionale du gouvernement du Sud-Soudan.
Selon le Dr Hicham Ahmad, professeur à la
faculté des sciences politiques et économiques, à l’Université
du Caire, ces derniers incidents illustrent également la
fragilité du processus de paix et tout particulièrement les
difficultés à faire cohabiter une armée du nord avec une
deuxième armée sudiste, surtout que d’aucuns expliquaient que
ces hostilités étaient motivées par la présence d’une milice pas
totalement intégrée dans les forces régulières nordistes.
Samedi, le gouvernement de Khartoum est allé
jusqu’à prétendre que ces incidents sont dus à des conflits
entre les Sudistes eux-mêmes, avec lesquels il n’a rien à voir.
« Cette accusation n’est pas complètement dénuée de crédibilité
car il y a au sud un bon nombre de tribus qui sont en conflit
permanent avec la principale tribu de John Garang, qui s’appelle
Donka. Certaines de ces tribus étaient même contre la conclusion
de l’accord de Naivasha et par suite contre l’intégration des
forces du nord dans l’armée sudiste », explique le Dr
Abdel-Salam.
Autre facteur ayant animé cette flambée de
violence, l’intervention de certaines forces régionales comme
l’Ouganda et l’Ethiopie, soucieux de garder la guerre au Soudan
toujours enflammée pour se garantir un marché florissant pour la
vente de leurs armes. Outre la question des richesses et des
pouvoirs, le conflit au Sud-Soudan comportait aussi une
dimension religieuse entre un sud majoritairement animiste ou
chrétien et un nord plutôt musulman.
Si les choses continuent de la sorte, le
Soudan se trouvera, après trois ans, face à une fatalité qui
menacera son unité, à savoir la séparation du sud. « Cette
hypothèse est toujours possible si le bilan des 5 ans de
transition n’est pas satisfaisant pour les Sudistes. Ils
pourraient bien à cette heure choisir la séparation et ils
l’obtiendront », prévoit le Dr Hicham Ahmad.
Maha Al-Cherbini