Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | De la crise vers l’affront
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 6 au 13 décembre 2006, numéro 639

 

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Liban . L’opposition entend poursuivre son mouvement de protestation jusqu’à la chute du gouvernement Siniora. Ce dernier continue à clamer sa légitimité, comptant notamment sur un soutien international.

De la crise vers l’affront

Difficile de prévoir aujourd’hui quel sera le résultat du bras de fer entre l’opposition et le gouvernement au Liban. Seule certitude, la situation est dangereuse et tous les scénarios restent probables. Démission du gouvernement ? Entente entre les deux camps pour la formation d’un gouvernement d’union nationale ? Ou poursuite d’un statu quo dangereux ? Pour l’instant, chacun des deux bords campe sur ses positions alors que l’opposition tient, depuis vendredi, un sit-in illimité devant le siège du gouvernement, en crise depuis la démission, à la mi-novembre, des six ministres pro-syriens, dont les cinq chiites appartenant au Hezbollah et à Amal.

Tout en constituant le fer de lance de ces manifestations, le Hezbollah n’est pas la seule formation qui participe à ce sit-in. Y prennent part également le mouvement Amal, le Courant Patriotique Libre (CPL, du général chrétien Michel Aoun), ainsi que des partis libanais pro-syriens. Ceux-ci contestent, notamment, la création d’un tribunal sous l’égide de l’Onu sur l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafiq Hariri. Ils entendent tirer les bénéfices politiques de la « victoire » proclamée par le Hezbollah après la guerre de l’été contre Israël et imposer des législatives anticipées. D’autant plus que la légitimité du gouvernement n’est plus reconnue, ni par le chef de l’Etat Emile Lahoud, ni par le président du Parlement Nabih Berri, tous deux proches de Damas étant donné que la communauté chiite, un tiers des habitants du Liban, n’est plus représentée depuis la démission de ses ministres.

Le Hezbollah a prévenu qu’il poursuivrait sa campagne de mobilisation tant qu’un gouvernement d’union nationale ne verrait pas le jour dans le pays. Bénéficiant d’un soutien accru parmi la population chiite, le Hezbollah affirme aussi que le vrai combat se joue contre l’influence américaine. Pour lui, les Etats-Unis dominent désormais le pays du Cèdre au profit des intérêts d’Israël. « Nous voulons un gouvernement qui ne puisse pas être vendu », scandaient samedi les manifestants. « Ce gouvernement est une marionnette ».

Selon le Dr Ibrahim Al-Anani, professeur de droit international à l’Université de Aïn-Chams, « la raison principale dans la volonté de l’opposition de se débarrasser du cabinet Siniora est, non pas l’affaire du tribunal, mais son incapacité à remplir certaines fonctions gouvernementales en plus de sa soumission à certaines parties étrangères ».

Néanmoins, le cabinet n’a aucune intention de fléchir. « Seul le dialogue peut apporter une solution politique », a déclaré M. Siniora, réaffirmant sa volonté de rester à la tête du gouvernement. Il a appelé le Hezbollah à revenir à la table des négociations sans toutefois émettre de suggestions sur les moyens d’atteindre cet objectif. Fouad Siniora a rétorqué que son gouvernement « ne cédera pas » aux tentatives de rétablir la « tutelle » étrangère sur le Liban.

Il faisait allusion aux 29 années de présence syrienne au Liban (1976-2005), qui ont pris fin sous la pression de la communauté internationale et de la rue. Le cabinet ministériel aussi bien que le camp anti-syrien, au pouvoir depuis les élections de mai-juin 2005, soupçonnent Damas de vouloir rétablir sa tutelle sur le Liban et en particulier de vouloir torpiller le projet de tribunal international pour juger les assassins de Rafiq Hariri. Ce faisant, la majorité anti-syrienne a souligné sa détermination à faire face « à ce coup d’Etat et à protéger le Liban ».

« Le gouvernement ne tombera pas sous la pression de la rue, aussi longtemps que durera la manifestation », a assuré vendredi Saad Hariri, le chef de la majorité parlementaire anti-syrienne.

Soutien arabe et européen

Sur le plan politique, toutes les tentatives de rapprocher les points de vue ont jusqu’à présent échoué alors que des pays occidentaux et arabes, notamment le roi Abdallah d’Arabie saoudite et le président égyptien Hosni Moubarak, qui ont exprimé leur soutien au gouvernement de M. Siniora, ne cachent pas leur inquiétude. M. Moubarak a mis en garde samedi contre des ingérences étrangères qui risquent de « détruire » le Liban. En visite au Liban pour une mission de bons offices, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a souligné la « gravité de la situation ». Il a indiqué qu’il allait « travailler avec toutes les parties pour aboutir à une union nationale », après un entretien avec Fouad Siniora.

De leur côté, les chefs de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier, et britannique Margaret Beckett, ont exprimé samedi à Beyrouth leur soutien au gouvernement « démocratiquement élu » de M. Siniora. Steinmeier a surtout insisté sur le fait que l’Union européenne et l’Allemagne font de leur mieux pour préserver, non seulement le cessez-le-feu, mais aussi l’indépendance du Liban.

Le premier ministre français, Dominique de Villepin, a de même confirmé à son homologue libanais « le plein soutien de la France à l’action de son gouvernement en faveur d’un Liban souverain et démocratique » après la manifestation pro-syrienne à Beyrouth.

Cependant, malgré ce soutien, le gouvernement de Siniora est dans une situation bien délicate. Tout le monde s’accorde, en effet, à dire que la solution doit émaner des Libanais eux-mêmes et ne doit pas être dictée de l’extérieur. Toute ingérence étrangère ne fera qu’enflammer la situation. « Toute solution à la crise libanaise doit être constitutionnelle. C’est une affaire interne qui doit être réglée entre Libanais. Ce n’est pas la première fois que les Libanais organisent des manifestations pour afficher leurs opinions. Après l’assassinat de Hariri, les Libanais sont parvenus à faire tomber le gouvernement de l’époque, c’était celui de Omar Karamé », conclut le Dr Anani. Il n’est donc pas exclu d’assister dans les jours à venir à la démission du gouvernement Siniora.

Rania Adel

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