Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | A l’aube d’un tournant décisif ?
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 6 au 13 décembre 2006, numéro 639

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Monde Arabe

Iraq . Le président américain George Bush multiplie les rencontres destinées à trouver une issue à l’impasse iraqienne, alors que le rapport très attendu du Groupe d’études présidé par l’ancien secrétaire d’Etat James Baker doit être publié ce mercredi.

A l’aube d’un tournant décisif ?

120 morts en moyenne par jour. Tel est le triste record atteint aujourd’hui en Iraq, selon un rapport des Nations-Unies publié en octobre dernier. Depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iraq en mars 2003, jamais la violence n’a pris de telles proportions, d’autant plus que la majorité des morts sont victimes d’affrontements opposant les différentes communautés du pays, alors qu’au lendemain de la guerre, la violence visait largement les soldats américains et les forces de sécurité iraqiennes. 2006 aura donc été l’année où l’insurrection s’est muée en une guerre meurtrière entre confessions et communautés. Et aux Etats-Unis, pays qui a déclenché la guerre il y a trois ans pour se débarrasser du régime de Saddam Hussein, jugé alors « dangereux », on se demande toujours s’il faut aujourd’hui oser parler de « guerre civile » ou se contenter de termes moins forts, ou plutôt de termes plus évasifs qui ne confirment pas l’échec de la politique américaine en Iraq.

Mais au-delà de la polémique autour de l’appellation exacte qu’il faut donner, l’Administration américaine, devant le manque de perspectives, a été forcée de reconnaître qu’il faut formuler une nouvelle stratégie, notamment après la victoire électorale des Démocrates, le 7 novembre dernier, victoire due en premier lieu au mécontentement et au désarroi de la population américaine face à la mauvaise gestion de la guerre en Iraq.

Le président George Bush a ainsi multiplié les rencontres ces derniers jours avec des parties concernées par le conflit. Après sa visite la semaine dernière en Jordanie, où il a rencontré le premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki, M. Bush a reçu lundi à Washington le chef du principal parti chiite d’Iraq, Abdel-Aziz Hakim.

En recevant cette personnalité hautement influente dans les milieux chiites et dits proches de Téhéran, le président américain reconnaît en quelque sorte qu’il est impossible de parvenir à une solution sans l’implication des « alliés » de Téhéran, étant donné que l’Administration américaine refuse une implication directe de l’Iran dans tout règlement de la question sécuritaire en Iraq. Hakim dirige le Conseil suprême de la révolution islamique (CSRII), réfugié en Iran sous le régime de Saddam Hussein, et accusé par ses détracteurs d’être resté très lié à ce pays, qui fournirait armes et subsides à sa branche militaire, l’organisation Badr.

Mais les déclarations des uns et des autres à la suite de la visite de Hakim à Washington restent très floues. Au sujet du rôle présumé des voisins de l’Iraq dans la situation intérieure du pays, Abdel-Aziz Hakim a lancé lundi un appel pour que Bagdad conclue avec ses voisins des accords destinés à « lutter contre le terrorisme » dans la région, accords qu’il considère comme nécessaires pour « surmonter les obstacles qui entravent le progrès et la stabilité de l’Iraq ». Mais en même temps, Hakim a déclaré que l’Iraq ne serait pas un pays « où les autres pourraient avoir de l’influence, régionalement ou internationalement ». Le responsable chiite a aussi refusé toutes les tentatives pour que les problèmes iraqiens soient résolus au « niveau régional ou international », rejetant ainsi la proposition du secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, de tenir une conférence internationale sur l’Iraq. Une approche rejetée également par le premier ministre iraqien.

Abdel-Aziz Hakim a, en outre, créé la surprise en se déclarant opposé à un retrait immédiat des troupes américaines à l’issue d’un premier entretien avec la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, expliquant que le gouvernement iraqien « a demandé aux troupes américaines de rester en Iraq, tout en donnant davantage de responsabilité aux responsables et aux forces iraqiennes, afin qu’elles puissent résoudre les problèmes de terrorisme ».

Côté américain, les déclarations de George Bush étaient dénuées de tout contenu significatif. « Je lui ai dit que nous n’étions pas satisfaits de la vitesse à laquelle les progrès sont accomplis en Iraq et que nous voulions continuer à travailler avec le gouvernement souverain iraqien pour accomplir nos objectifs mutuels », s’est contenté de déclarer le président américain.

Rien donc n’a filtré de l’essentiel, à savoir le rôle de l’Iran, ou plutôt des alliés de l’Iran en Iraq. L’on s’attendait, avant la visite de Hakim, que les autorités américaines demandent au responsable iraqien de lutter contre l’influence de l’Iran sur les milices chiites iraqiennes, en échange de l’assurance que les Etats-Unis mettront en garde les pays arabes de la région contre tout soutien militaire à la communauté sunnite. « Chacun devra être prêt à des compromis pour satisfaire les demandes de son interlocuteur. Et le rôle de l’Iran ne peut qu’être évoqué, compte tenu des liens entre Hakim et Téhéran », avait estimé, il y a quelques jours, le député kurde iraqien Mahmoud Othman.

Mais il est encore tôt pour savoir de quels compromis il s’agit et si ces éventuels compromis pourront aider à améliorer la situation désastreuse que vit l’Iraq. D’autant plus que le CSRII n’est pas la seule mouvance à rassembler les chiites du pays. Et sa branche armée n’est pas la seule à être soupçonnée de recevoir subsides et armes de Téhéran et d’être impliquée dans l’assassinat de nombreux sunnites. Existe aussi sa rivale, l’armée du Mahdi du chef radical chiite Moqtada Sadr, incontournable dans tout règlement en Iraq. Les proches de ce dernier, de plus en plus populaire et farouchement anti-américain, ont cessé de soutenir le gouvernement. A cela s’ajoutent les sunnites. Autant de parties qu’il faut impliquer pour éviter une véritable guerre civile dans le pays.

Les recommandations de la commission Baker

Poursuivant ses entretiens au sujet de l’Iraq, le président américain doit aussi recevoir, ce mercredi à Washington, son allié, le premier ministre britannique Tony Blair. George Bush se retrouve ainsi dans une situation bien délicate, obligé de prendre des décisions sur le dossier iraqien. Décisions qui dépendent aussi de la donne américaine intérieure. C’est ce mercredi que le Groupe d’études sur l’Iraq, présidé par l’ancien secrétaire d’Etat James Baker, dévoilera ses recommandations, déjà considérées comme la meilleure chance de pousser le président américain George W. Bush à réorienter sa politique. La commission Baker devrait appeler l’Administration Bush à surmonter sa réticence à dialoguer avec la Syrie et l’Iran, pour les inviter à une conférence régionale sur l’Iraq, et préconiser un retrait progressif de l’essentiel des troupes de combat d’ici à début 2008. Mais nul ne sait dans quelle mesure les recommandations de la commission Baker pourraient réellement se traduire sur le terrain.

En outre, le Pentagone a confirmé, dimanche, l’authenticité d’une note de service rédigée par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, deux jours avant sa démission, survenue après la défaite électorale du Parti républicain qui a perdu le contrôle du Congrès. Cette note, obtenue par le quotidien New York Times, recommande un « ajustement majeur » en Iraq, évoquant notamment la possibilité d’une accélération du retrait des troupes. « Ce que font actuellement les forces américaines en Iraq ne fonctionne pas assez bien ou assez rapidement », écrit Donald Rumsfeld. Il recommande un redéploiement massif des unités américaines, une accélération de l’entraînement des forces de sécurité iraqiennes et le soutien des chefs de guerre iraqiens par le versement d’argent américain.

En attendant de voir le contenu exact des recommandations de la commission Baker, le conseiller à la sécurité nationale du président Bush, Stephen Hadley, a souligné, dimanche, d’une part que le président Bush réclamait lui aussi des changements depuis plusieurs mois, et, d’autre part, qu’il ne s’agissait que d’une proposition parmi d’autres. M. Hadley a souligné que l’Administration Bush ne se sentirait pas liéepar les conclusions du Groupe d’études. Le Pentagone et le Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche planchent également sur les options stratégiques en Iraq, ce qui, selon des experts, permettra à M. Bush de choisir les recommandations qu’il voudra. Pour M. Bush mais surtout pour les Iraqiens, la période à venir est donc décisive.

Abir Taleb

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.