Avec le durcissement de la crise politique
libanaise, les titres de la presse sont particulièrement
inquiétants : « Blocage total à Beyrouth », « Démonstration de
force chiite », « Des milliers de Libanais manifestent contre le
gouvernement », « La guerre des manifestations au Liban », « Le
fantôme de Nasrallah », « L’explosion au Liban », « La
cohabitation libanaise en péril », « L’opposition s’est exprimée,
le gouvernement tient bon ».
L’éditorial d’Al-Ahram demande aux Libanais
de ne pas permettre à une force étrangère de jouer avec la
stabilité et la sécurité de leur pays. « Malgré leurs différends
politiques, gouvernement et opposition doivent savoir qu’ils
sont avant tout les fils du Liban, et non pas ses ennemis »,
annonce-t-il.
Galal Doweidar met en garde les Libanais
contre ce qu’il appelle « l’inconnu » qui, semble-t-il, poussera
encore plus toute la nation arabe à la perte.
Mettant en avant les visées chiites,
l’écrivain Gamal Badawi explique dans le quotidien d’opposition
Al-Wafd que « lorsque les canons se taisent, Hassan Nasrallah
dévoile son visage confessionnel ; faisant oublier complètement
son nationalisme pour porter le visage chiite. D’office, il se
jette dans tourbillon chiite qui vise à changer la situation en
Iraq et dans le Golfe. Cela, dans le but d’installer l’empire
chiite sous la houlette de l’occupation américaine ». Prenant le
parti de Nasrallah, Saad Al-Hagrasse écrit, dans son éditorial
du quotidien Al-Alam Al-Yom, que cette « Intifada chiite n’est
pas juste une arme pour arriver au pouvoir. Il s’agit surtout de
défendre l’identité libanaise, nationaliste, arabe. Bien plus,
il s’agit de défendre d’autres capitales arabes que
l’Administration Bush tente de plonger dans des bains de sang ».
« Le Hezbollah a donné la preuve qu’il savait manifester
pacifiquement. De son côté, le pouvoir a laissé l’opposition
manifester librement », relevait An-Nahar, le principal
quotidien libanais. « L’opposition mobilise des centaines de
milliers de personnes et le siège du gouvernement n’a été levé
que grâce à l’intervention de l’armée », titrait An-Nahar.
Au contraire, l’écrivain Gamil Mattar affirme
dans le quotidien Al-Wafd que dans « le Liban actuel, il ne peut
y avoir de conflits confessionnels entre chiites et sunnites ».
En réalité, la situation au Liban « ne peut
être bénéfique qu’au gouvernement israélien », selon Ahmad
Hamrouche dans le magazine hebdomadaire Rose Al-Youssef. « Le
Hezbollah et ses partisans réussiront-ils à faire tomber le
gouvernement Siniora ? », s’interroge Mahmoud Bakri dans
l’hebdomadaire Al-Osboue.
« Les putschistes ont tenté d’encercler le
gouvernement mais leur plan a été mis en échec par l’armée »,
soulignait de son côté Al-Moustaqbal. Dans le quotidien L’Orient
le Jour, sous le titre « Le Liban s’enfonce dans la crise
politique », l’éditorialiste Issa Goraieb, se demande : « dans
l’état actuel de division et d’échauffement des esprits, qui
donc de tous les personnages, qui s’affrontent sur la scène
publique, serait-il en mesure de dire aux citoyens où nous irons
tous ensemble et dans quel piège nous fonçons tête baissée ? ».
Mettant en lumière les relations avec la
Syrie, l’éditorial du quotidien Al-Moustaqbal souligne : « Les
partisans du tandem Syrie-Iran ont enclenché leur tentative de
coup d’Etat. Ils sont menés par un seul camp (le Hezbollah) qui
n’a pas de programme politique et la participation des chrétiens
est minime ».
Nombreux de ceux qui aiment le Liban
s’inquiètent profondément de la situation dans laquelle se
trouve le pays. Car, comme l’explique Ahmad Al-Rabei dans le
quotidien saoudien Al-Charq Al-Awsat, les leaders politiques
entraînent leur pays dans des crises, des catastrophes et des
guerres, dont seul le simple citoyen libanais paye le prix.
Sur un ton plus optimiste, certains
éditorialistes pensent qu’il existe encore des portes de sortie.
« Seule la raison est une sortie possible de la crise actuelle
», affirme Zein Al-Abeidine Al-Rekabi dans Al-Charq Al-Awsat. Et
Mohamad Al-Achhob estime dans le quotidien londonien Al-Hayat
qu’il y a « des moyens d’aboutir à un gouvernement d’union
nationale, afin de respecter la démocratie ». L’écrivain
libanais Sélim Nassar propose « une solution régionale à la
crise libanaise ». Il est clair que l’image de la scène
libanaise est « effroyable et ouverte à tous les scénarios »,
conclut enfin Abdallah Al-Sénnaoui dans l’hebdomadaire nassérien
Al-Arabi.
Hoda Ghali