«
Assurer l’approvisionnement en énergie a préoccupé les acteurs
de l’économie mondiale, depuis le début du XXIe siècle. Ce qui
exige des différentes parties, producteurs et consommateurs, de
discuter ensemble de leurs besoins et retrouver ainsi la
stabilité du marché », a affirmé Sameh Fahmi, ministre égyptien
du Pétrole à l’inauguration de la table ronde, organisée par le
ministère du Pétrole en coopération avec le Forum International
de l’Energie (FIE) et l’Organisation des Pays Exportateurs du
Pétrole (OPEP).
Des délégations représentant 15 pays ont
participé à l’événement au Caire. Pendant deux jours, elles ont
discuté des menaces contre la stabilité du marché de l’énergie.
Les interlocuteurs sont tous tombés d’accord sur un point :
l’incertitude à l’égard de l’approvisionnement actuel et
prochain en énergie représente le principal défi. Chacun des
deux camps, producteurs et consommateurs, a jeté la
responsabilité sur l’autre.
Ainsi, pour les consommateurs, la tendance à
la hausse des prix perdure-t-elle depuis plus de 2 ans à cause
des producteurs. « L’industrie du pétrole est soumise aux
producteurs. Ces derniers font la pluie et le beau temps sur le
marché », lance Fawzi Bensarsa, conseiller en énergie et
directeur général des relations publiques de la Commission
européenne. Selon lui, la Russie par exemple, plus grand
producteur hors Opep, a tenté d’imposer à l’Union Européenne (UE)
de lui garantir une part de 40 % du marché, pour qu’elle accepte
de lui fournir du pétrole.
Les producteurs ne sont, cependant, pas une
masse homogène. L’Opep veille d’habitude à se distinguer des
autres producteurs, en renonçant à l’idée qu’elle représente les
intérêts purs et durs d’un cartel. Ainsi, Mohamed Barkindo,
secrétaire général de l’Opep réfute-t-il intégralement
l’accusation de Bensarsa. « Les producteurs de l’Opep déploient
au contraire toujours les efforts nécessaires pour stabiliser le
marché en répondant à ses besoins soudains », souligne-t-il. Il
rappelle l’intervention de l’Opep sur le marché l’année dernière
pour compenser le manque d’offre des pays hors Opep, et ce en
augmentant la capacité de production, ce qui a fait
immédiatement baissé les prix. Selon Barkindo, l’incertitude
provient plutôt du manque de statistiques exactes sur le niveau
de l’offre et de la demande dans le monde. « Certains pays
cachent des informations, ce qui nous empêche d’avoir des
prévisions exactes sur les réserves », s’insurge Barkindo. Il
donne l’exemple du marché américain qui a violé toutes les
prévisions, mercredi 29 novembre, quand un recul des réserves
des produits distillés (diesel et fioul de chauffage) d’un
million de baril par jour a été annoncé. C’était un choc pour
les analystes qui avaient au contraire prévu une hausse de 500
000 barils. Cela a poussé les cours du pétrole à la hausse pour
dépasser le seuil de 62 dollars mercredi dernier. Le plus haut
niveau depuis deux mois.
Ainsi, ce manque de transparence a-t-il accru
le facteur de l’incertitude, ce qui a porté atteinte aux
spéculateurs. En 2006, les opérateurs sur le marché mondial du
brut ont dû acheter à des prix très élevés et vendre à des prix
trop bas. « Ce qui ne fait qu’accentuer le déséquilibre du
marché », explique Ibrahim Seif de la société Holding pour le
gaz naturel.
Les cours du pétrole ont en fait connu de
fortes fluctuations pendant les deux dernières années. Ils ont
atteint leurs plus hauts niveaux en dépassant le plafond de 75
dollars vers la moitié de 2006. « Ces fluctuations reflètent des
contradictions entre le prévu et l’actuel. Il faut donc trouver
une base d’informations fiable et exacte pour mieux équilibrer
le marché », propose Sameh Fahmi.
Pénurie d’investissements
L’incertitude vis-à-vis des prévisions de
l’offre est également de mise en raison du manque
d’investissements alloués à cette industrie, malgré les cours
plus ou moins élevés. Ce qui ressemble à un cercle vicieux :
D’habitude ; les investissements augmentent quand les cours sont
en hausse. Mais l’incertitude vis-à-vis des cours entrave
l’investissement. Ainsi, Selon l’Opep, il faut investir à
hauteur de 100 milliards de dollars, afin de pouvoir répondre à
la hausse de la demande d’ici 2025. Car selon le scénario de
l’Opep, la demande de pétrole augmentera de 30 millions de
barils par jour d’ici 2025 (soit 1,5 mb/j annuellement). 80 % de
cette croissance proviendront des pays développés.
La production et par conséquent les
investissements requis sont concentrés dans des zones de hautes
tensions politiques et de guerres. Un facteur qui met de l’huile
sur le feu. Plus de guerres et de conflits ne signifie-t-il pas
plus d’incertitude ? Le ministre libyen, Choukri Ghanem, lance
la balle aux grands consommateurs, qui sont, à ses yeux, les
grands guerriers. « Les principaux pays consommateurs devraient
résoudre les problèmes politiques et apaiser les tensions
politiques. Le pétrole ne doit pas être une arme politique
utilisée pour réaliser des intérêts politiques », estime-t-il.
Il a donné l’exemple de son pays, largement affecté par les
sanctions économiques des Etats-Unis pendant plus de 20 ans. La
production libyenne en pétrole a, de ce fait, chuté de 3,5
millions de barils par jour (mb/j) à 1,7 mb/j.
Par ailleurs, Arne Walter, le secrétaire
général du Forum International de l’Energie (FIE), a, lui,
insisté sur l’importance du dialogue entre producteurs et
consommateurs, « non seulement au niveau national mais aussi au
niveau des sociétés multinationales », précise-t-il. Pour lui,
moins de dépendance par rapport au pétrole et au gaz naturel
peut mener à plus de stabilité en approvisionnement à long terme.
Walter suggère en particulier le recours à l’énergie nucléaire :
« Les consommateurs devraient désormais se libérer de leur
dépendance des producteurs. Et s’engager à diversifier leurs
sources d’énergie ».
Gilane Magdi