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 Semaine du 6 au 13 décembre 2006, numéro 639

 

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Arts

Festival du film du Caire. Le Festival du film du Caire réserve une place de choix à des œuvres arabes décapantes et originales, qui suscitent l’engouement des spectateurs.

Les nouveaux messagers

Souvent les images diffusées du monde arabe sont déconnectées du réel et manquent d’objectivité. Dès lors, le Festival international du film du Caire a pris l’initiative de proposer aux spectateurs une vingtaine de films arabes, prenant état du présent et participant à différentes sections : compétition des films arabes, section Arabes dans le cinéma international, section du Cinéma libanais et nouvelle compétition des films numériques.

On débusque donc dans cette programmation arrivée à point nommé, le long métrage algérien Barakat, première fiction réquisitoire de Djamila Sahraoui. En documentariste chevronnée, cette dernière met l’Algérie à nu, jetant la lumière sur un paysage altéré par des guerres fratricides successives. On y découvre aussi le combat des Algériennes engagées pour libérer le pays du joug des idées anachroniques. Au niveau des thématiques abordées, la corruption, qu’elle soit politique, économique ou sociale, s’impose également en premier lieu. Notamment dans le film omanais Al-Boom (la ville Al-Boom) réalisé par Khalid Abdel-Rahim Al-Zadjali. Malgré son niveau artistique assez médiocre, ce premier long métrage omanais essaye de dévoiler quelques vices sociaux qui se dissimulent derrière certaines traditions. Même son de cloche sur le film marocain Achwak al-qalb (les épines du cœur) réalisé par Hisham Ayouch et le film saoudien Keif al-hal (comment ça va ?!) réalisé par Izidore Musallam. En dépit de son esthétique un peu primitive, ce dernier instaure un débat parmi les Saoudiens sur la rigidité de certaines idées et coutumes ancestrales, qui enrayent l’évolution de leur société.

On trouve également une évaluation de l’Iraq de l’après-guerre dans le film iraqien Crossing the Dust (traverser la poussière) de Shawkat Amin Korki et l’impact des médias arabes dans le film tunisien TV’s Coming (la télé arrive) de Moncef Dhouib, qui a rencontré un grand succès lors de sa projection aux Journées cinématographiques de Carthage. Quant aux films tunisien Al-Khoshkhash (fleurs d’oubli) de Salma Baccar et syrien Elaqat amma (relations publiques) de Samir Zikri, projetés dans la section Cinéma arabe, ils abordent un nouvel état de rapports sociaux frappés parfois d’arbitraires.

Par ailleurs, dans la section dédiée au cinéma du pays du Cèdre, le film A Perfect Day (un jour parfait) de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, dont le titre est emprunté au comique troupier new-yorkais Lou Reed, est un second long métrage des deux co-réalisateurs, qui dresse un portrait du contexte précédant l’assassinat de Hariri, et anticipant sur les tribulations du présent.

Tous ces films ancrés dans le réel de leurs pays, traversé de conflits et de prospection de dynamiques d’avenir, ont su donc remporter l’adhésion du public en quête de message et d’éclaircissement sur les tumultes du présent.

Yasser Moheb

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3 QUESTIONS À

Daoud Abdel-Sayed, réalisateur égyptien et président du jury de la compétition des films numériques.

« Technique du futur »

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes, cette année, à la tête du jury de la compétition des films numériques. Comment percevez-vous cette mission ?

Daoud Abdel-Sayed : Je dois veiller par-dessus tout à ce que le jury exprime son point de vue et expose sa vision du cinéma. Les débats autour des films sont menés dans un esprit ouvert, car les festivals sont avant tout les lieux privilégiés d’échange d’idées et de rapprochement des sensibilités.

— Que pensez-vous de cette initiative de consacrer une compétition officielle au « D-cinéma » ?

— Le « D-cinéma » (Digital Cinema ou cinéma numérique) est incontestablement une technique du futur. Il est en grand essor partout dans le monde, vu son indépendance, loin des contraintes du marché et des exigences des films commerciaux. Le coût modéré du film numérique permet aux jeunes cinéastes de développer librement leur créativité. Il est très judicieux de la part du Festival du Caire de réserver une telle compétition à cette dynamique d’avenir.

— Cela conduira-t-il, selon vous, à un développement du cinéma numérique en Egypte ?

— Je pense que cela n’aura cependant pas lieu avant 5 ou 10 ans, lorsque des salles de projection numérique seront ouvertes. Car l’opération de formatage d’un film numérique en 35 mm peut coûter une somme parfois égale à son budget ! D’autre part, ces films ne sont pas rentables. Outre un marché local qui ne leur est pas encore accessible, les chaînes satellites leur préfèrent sans raison logique les films au format cinéma. Il manque donc au numérique un réseau de distribution à même d’encourager les cinéastes indépendants et les grands réalisateurs tels que Mohamad Khan, Khaïri Béchara et Yousri Nasrallah à créer des œuvres numériques de grande valeur.

Yasser Moheb

 




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