|
|
| |
|
Festival du film du Caire.
Le Festival du film du Caire réserve
une place de choix à des œuvres arabes décapantes et originales,
qui suscitent l’engouement des spectateurs.
Les nouveaux messagers
Souvent
les images diffusées du monde arabe sont déconnectées du réel et
manquent d’objectivité. Dès lors, le Festival international du
film du Caire a pris l’initiative de proposer aux spectateurs
une vingtaine de films arabes, prenant état du présent et
participant à différentes sections : compétition des films
arabes, section Arabes dans le cinéma international, section du
Cinéma libanais et nouvelle compétition des films numériques.
On débusque donc dans cette programmation
arrivée à point nommé, le long métrage algérien Barakat,
première fiction réquisitoire de Djamila Sahraoui. En
documentariste chevronnée, cette dernière met l’Algérie à nu,
jetant la lumière sur un paysage altéré par des guerres
fratricides successives. On y découvre aussi le combat des
Algériennes engagées pour libérer le pays du joug des idées
anachroniques. Au niveau des thématiques abordées, la
corruption, qu’elle soit politique, économique ou sociale,
s’impose également en premier lieu. Notamment dans le film
omanais Al-Boom (la ville Al-Boom) réalisé par Khalid
Abdel-Rahim Al-Zadjali. Malgré son niveau artistique assez
médiocre, ce premier long métrage omanais essaye de dévoiler
quelques vices sociaux qui se dissimulent derrière certaines
traditions. Même son de cloche sur le film marocain Achwak al-qalb
(les épines du cœur) réalisé par Hisham Ayouch et le film
saoudien Keif al-hal (comment ça va ?!) réalisé par Izidore
Musallam. En dépit de son esthétique un peu primitive, ce
dernier instaure un débat parmi les Saoudiens sur la rigidité de
certaines idées et coutumes ancestrales, qui enrayent
l’évolution de leur société.
On
trouve également une évaluation de l’Iraq de l’après-guerre dans
le film iraqien Crossing the Dust (traverser la poussière) de
Shawkat Amin Korki et l’impact des médias arabes dans le film
tunisien TV’s Coming (la télé arrive) de Moncef Dhouib, qui a
rencontré un grand succès lors de sa projection aux Journées
cinématographiques de Carthage. Quant aux films tunisien Al-Khoshkhash
(fleurs d’oubli) de Salma Baccar et syrien Elaqat amma
(relations publiques) de Samir Zikri, projetés dans la section
Cinéma arabe, ils abordent un nouvel état de rapports sociaux
frappés parfois d’arbitraires.
Par ailleurs, dans la section dédiée au
cinéma du pays du Cèdre, le film A Perfect Day (un jour parfait)
de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, dont le titre est
emprunté au comique troupier new-yorkais Lou Reed, est un second
long métrage des deux co-réalisateurs, qui dresse un portrait du
contexte précédant l’assassinat de Hariri, et anticipant sur les
tribulations du présent.
Tous ces films ancrés dans le réel de leurs
pays, traversé de conflits et de prospection de dynamiques
d’avenir, ont su donc remporter l’adhésion du public en quête de
message et d’éclaircissement sur les tumultes du présent.
Yasser Moheb |
|

|
 |
|
|
3 QUESTIONS À
Daoud Abdel-Sayed,
réalisateur égyptien et président du
jury de la compétition des films numériques.
« Technique du futur »
Al-Ahram Hebdo : Vous êtes, cette année, à la
tête du jury de la compétition des films numériques. Comment
percevez-vous cette mission ?
Daoud Abdel-Sayed :
Je dois veiller par-dessus tout à ce
que le jury exprime son point de vue et expose sa vision du
cinéma. Les débats autour des films sont menés dans un esprit
ouvert, car les festivals sont avant tout les lieux privilégiés
d’échange d’idées et de rapprochement des sensibilités.
— Que pensez-vous de cette initiative de
consacrer une compétition officielle au « D-cinéma » ?
— Le « D-cinéma » (Digital Cinema ou cinéma
numérique) est incontestablement une technique du futur. Il est
en grand essor partout dans le monde, vu son indépendance, loin
des contraintes du marché et des exigences des films commerciaux.
Le coût modéré du film numérique permet aux jeunes cinéastes de
développer librement leur créativité. Il est très judicieux de
la part du Festival du Caire de réserver une telle compétition à
cette dynamique d’avenir.
— Cela conduira-t-il, selon vous, à un
développement du cinéma numérique en Egypte ?
— Je pense que cela n’aura cependant pas lieu
avant 5 ou 10 ans, lorsque des salles de projection numérique
seront ouvertes. Car l’opération de formatage d’un film
numérique en 35 mm peut coûter une somme parfois égale à son
budget ! D’autre part, ces films ne sont pas rentables. Outre un
marché local qui ne leur est pas encore accessible, les chaînes
satellites leur préfèrent sans raison logique les films au
format cinéma. Il manque donc au numérique un réseau de
distribution à même d’encourager les cinéastes indépendants et
les grands réalisateurs tels que Mohamad Khan, Khaïri Béchara et
Yousri Nasrallah à créer des œuvres numériques de grande valeur.
Yasser Moheb |
|