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 Semaine du 6 au 13 décembre 2006, numéro 639

 

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Arts

Festival des clubs-théâtre . Deux ans après le terrible incendie survenu au palais de la culture de Béni- Souef, la 16e édition, organisée par l’Organisme de la culture populaire, a eu lieu au palais de la culture d’Anfouchi, à Alexandrie. Réflexion sur un projet ancien qui n’a pas fait ses preuves.

Amateurs sans hauteur

L’Organisme de la culture populaire suit le même modèle structurel de décentralisation qu’avait créé Malraux en France au moment de la fondation des maisons de la culture, dans les années soixante. Les palais en Egypte regroupent diverses activités : danse folklorique, chorale, arts plastiques, musique, etc. Les troupes de théâtre régionales, affiliées aux différents palais de province, sont formées de comédiens amateurs (c’est-à-dire qui n’ont pas suivi de cursus académique) et de metteurs en scène, eux aussi, tout autant amateurs (c’est-à-dire qui n’ont pas été formés d’une manière ou d’une autre). A raison d’un spectacle par an, ces troupes ont, au niveau financier, un statut semi-professionnel : tous les comédiens touchent une rémunération de sept L.E. par répétition et pour chaque représentation, une somme qui correspond aux frais de transport et à un verre de thé. Le metteur en scène, quant à lui, touche entre 2 500 et 7 000 L.E., tandis que les actrices venues du Caire pour sauver la situation (manque d’éléments féminins) gagnent en moyenne 2 000 L.E. Seule la troupe centrale, résidant dans la capitale, a sur le plan financier, un statut professionnel, ses membres sont des fonctionnaires salariés. De plus, ils reçoivent une prime pour chaque spectacle auquel ils participent. Sur le plan artistique, cela avance depuis les années soixante en suivant le même schéma : pièce didactique et moralisatrice — « le message » étant le souci fondamental des artistes — à résonance socio-politique ; interprétation épique pour conserver la distance obligatoire au phénomène de compréhension ; décor symbolique (plutôt explicatif) pour que rien n’échappe à l’audience et pour s’assurer de la clarté de l’intention si le texte demeure aux yeux de ses créateurs quelque peu incohérent ; chansons et danses viendront « adoucir » les dialogues ; parfois, des scènes jouées dans la salle pour plus d’interactivité. En définitive, un excès de zèle permanent et une énergie débridée dont le résultat n’est jamais en faveur du spectacle.

En 1990, Adel Al-Oleimi présente un projet qu’il croit moins formaté : la création de clubs-théâtre, à petit budget pour la production (aujourd’hui il s’élève à 1 000 L.E., prix fixe), avec un nombre restreint de participants. Très vite, ce sont les jeunes qui accaparent le domaine et déclarent souvent qu’ils vont faire un théâtre « autre » ou « différent ». A commencer par la rédaction du texte de leur propre œuvre, rares sont ceux qui mettent en scène des pièces du répertoire (d’un acte pour la plupart). Cette année, à Alexandrie, nous avons pu constater que les créations de la 16e édition du festival ressemblent étrangement à celles des années précédentes, c’est-à-dire qu’aucune nouvelle proposition n’a été présentée et que les clubs-théâtre donc ne font que répéter (en plus petit) les « classiques » des seniors. Il faudrait entendre par classiques « les désastres » de leurs aînés.

La lecture au premier degré de textes publiés nous donnera à voir par exemple de vraies créatures monstrueuses dans Messe noire de Leroy Jones, alors que l’idée porte sur la métamorphose métaphorique d’hommes en fauves tout en gardant une allure humaine ; car c’est de la brutalité et de la sauvagerie des hommes qu’il s’agit. Avec de vrais monstres sur la scène, on a plutôt l’impression d’assister à un conte de fées ou de voir les dragons de Grimm. Ainsi est annulée l’image, notre image, détestable, à laquelle on devrait s’identifier. Pour la détester.

Il en va de même pour Masques angéliques. De masques supposés virtuels — ceux que l’on porte en société et que personne ne soupçonne —, des masques blancs pour les comédiens et d’autres en couleur accrochés sur le rideau du fond de la scène ont annulé l’image fictive qui assurait un effet beaucoup plus profond. Car il ne faut pas rappeler qu’ « ôter » son masque c’est tout simplement (ou difficilement) changer de peau, de l’intérieur, sans artifice. Le reste des pièces ont présenté des idées sans aucune situation dramatique. On a dû alors assister au débit de longs récits cérébraux, sous forme d’interminables monologues. Comme dans Chambre sans fenêtre ou Corps vides à vendre.

Une belle surprise nous attendait cependant : L’homme et le rectangle. Texte et mise en scène de Mohamad Al-Sayed, interprété par deux merveilleux comédiens, Salah Al-Sayed et Omar Al-Mahammadi. Deux hommes se rencontrent et décident de jouer ensemble. L’un (sans nom) propose les règles du jeu. Il impose au second (K) de rentrer dans un rectangle. Une fois dedans, le premier le menace de le tuer s’il en sort. K, astucieux, se convainc du bonheur de se trouver dans un rectangle ! Cela n’empêchera pas le premier de le tuer à coups de revolver. Simple mais lourde de significations, à plusieurs facettes, cette pièce donne libre cours à l’imagination du spectateur. Libre d’interpréter à sa manière l’espace/rectangle, de comprendre le sens du pouvoir que matérialise l’homme au pistolet, d’envisager une autre fin …

Il nous reste à tirer une conclusion : les amateurs qui créent leurs spectacles au sein des clubs-théâtre, en cherchant la mort des écrivains et des metteurs en scène, ne savent pas que pour le faire, ils devraient s’armer de beaucoup d’outils et de technique pour pouvoir chasser ces démons gênants et stigmatiser leurs lois.

Menha el Batraoui

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