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Patrimoine.
Le Kazakhstan a offert à l’Egypte un donde 4,5 millions de
dollars pour contribuer au financement des travaux de
restauration de la mosquée du sultan Al-Zaher Beibars,
originaire de ce pays.
Des steppes de l’Asie
centrale
au cœur du Caire
Considérée
parmi les plus grandes mosquées du Caire, celle d’Al-Zaher
Beibars subit actuellement des travaux de restauration sans
précédent. Cette initiative est venue en fait suite à la
visite faite par le président Hosni Moubarak dernièrement au
Kazakhstan. Un don de 4,5 millions de dollars a été alloué à
l’Egypte pour effectuer ces travaux.
D’origine kazakh, l’illustre cavalier et sultan Al-Zaher
Beibars Al-Bendeqdari a régné sur l’Egypte entre 658 et 676 de
l’hégire (soit 1260-1277 de l’ère chrétienne). Il fut le
premier grand sultan de l’époque mamelouke et rendit à
l’Egypte un élan politique et militaire qui lui a permis de
faire face aux Croisés et aux Mongols. Ses campagnes
militaires ne l’ont en rien détourné de son intérêt pour
l’architecture. Il laissa de nombreux édifices, religieux et
civils dont cette grande mosquée, située sur la place qui
porte jusqu’à nos jour son nom Al-Zaher ou Al-Daher. A part
cette mosquée, ce souverain a laissé une madrassa (école
coranique), dont les vestiges sont visibles dans la rue
Al-Moëz, à Gamaliya, au cœur du Caire islamique, juste en face
du complexe du sultan Qalaoun. Construite entre 660 et 662 de
l’hégire (1262 et 1263), il ne reste de cette madrassa qu’une
partie de ses murs externes et du rez-de-chaussée actuellement
occupé par des magasins.
La construction de la mosquée a commencé en 665 de l’hégire
(1267) et a pris fin en 667 (1269). Son histoire, comme tout
autre bâtiment islamique, a connu des périodes de prospérité
et de déclin. Après avoir été une des plus grandes, plus
belles et plus célèbres mosquées du Caire, la mosquée Beibars
s’est exposée à plusieurs occupations. Lors de l’Expédition
française, les Français s’en servaient comme citadelle. Ils
ont utilisé les tours de la mosquée pour bombarder les
Egyptiens lors de la révolution du Caire contre l’occupation
française. Plus tard, Mohamad Ali pacha, vice-roi d’Egypte
(1805-1840), a transformé la mosquée en usine pour la
fabrication de différents genres de savon. Lors de
l’occupation britannique, les militaires anglais l’ont
transformée en abattoir pour les porcs. A l’époque moderne, et
précisément lors de la guerre de 1956, les autorités
égyptiennes se sont servies de la cour de la mosquée comme
abri pour les familles égyptiennes contre les attaques des
avions de l’ennemi. C’est ce que raconte Abdallah Kamel,
professeur d’histoire islamique à l’Université de Ganoub
Al-Wadi (sud de la vallée).
Des vestiges à préserver
Aujourd’hui, et après toutes ces violations, il ne reste de la
mosquée que ses murs extérieurs, quelques arches et quelques
ornements gravés dans la pierre ou en stuc.
A noter que le plan original de la mosquée est similaire à
ceux des grandes mosquées du Caire. Il devait y avoir des
arches, des arcades et des colonnes en marbre. Sa cour
intérieure (sahn) était entourée de quatre péristyles (riwaq).
La mosquée possédait autrefois une coupole qui était si grande
qu’elle s’étendait sur neuf travées, tandis que les dômes des
autres mosquées n’en couvraient qu’une seule. La mosquée
possédait aussi un superbe minaret qui se dressait au milieu
de la façade ouest, au-dessus de l’entrée principale. La
coupole et le minaret ont été détruits dans les périodes de
son occupation.
Ce que le visiteur peut encore voir aujourd’hui ce sont les
quatre façades de l’édifice qui sont construites avec des
pierres de grande taille, avec des fenêtres arquées dans la
partie supérieure des murs et des crêtes en cascade en haut du
parapet. La mosquée se caractérise aussi par ses trois entrées
monumentales. « En général, les édifices religieux ne
possèdent qu’une seule porte monumentale. Celui de Beibars en
possède cependant trois », souligne Mohsen Sayed Ali,
directeur général des antiquités du Caire et de Guiza. Cette
mosquée est également remarquable pour ses reliefs qui se
trouvent dans ses quatre coins et pour les trois entrées
monumentales de ses façades. La plus grande de ces entrées se
situe au milieu de la façade ouest, à l’opposé du mihrab
(niche). Cette entrée, ainsi que les deux autres situées dans
les façades nord et sud, sont décorées d’alcôves aux sommets
arqués ou de niches aux coupoles en stalactites. La plupart de
ces éléments décoratifs s’inspiraient des façades de la
mosquée d’Al-Aqmar, située au cœur du Caire fatimide, et celle
d’Al-Saleh Talaie et de l’entrée de la madrassa Al-Salehiya
(du nom du maître de Beibars, Al-Saleh Najmeddine Ayyoub). A
l’exception d’une partie consacrée à la prière, la mosquée est
devenue aujourd’hui un jardin public.
Négligence égyptienne ?
Lors d’une récente visite au Caire, le ministre de la Culture
du Kazakhstan, en compagnie de l’ambassadeur de son pays en
Egypte, ont parcouru la mosquée Al-Zaher Beibars et ont eu
connaissance de l’état actuel du monument. Un état regrettable
en fait. C’est ainsi que le Kazakhstan a décidé de contribuer
à un projet qui vise à une restauration rapide de la mosquée
et son sauvetage d’une dégradation totale. Pour sa part,
Abdallah Kamel estime l’affaire plus ou moins insolite. «
Pourquoi faut-il attendre un don pour restaurer nos monuments
? Est-ce que l’Egypte n’a pas de fonds pour financer le projet
de restauration de la mosquée Beibars ? », se demande-t-il.
Pour lui, il est incompréhensible de négliger pendant toutes
ces années un tel joyau de l’architecture islamique. Sur ce,
Mohsen Sayed Ali confirme que deux projets pour la
restauration de la mosquée Al-Zaher Beibars ont été présentés
au Conseil Suprême des Antiquités (CSA) dans les années 90 par
deux architectes égyptiens, Saleh Lameï et l’ingénieur Tareq
Al-Mori. Mais, la divergence des points de vue des deux
architectes et d’autres problèmes, pour la plupart financiers,
ont retardé l’exécution de ce projet. Après trois ans
d’études, le comité permanent du CSA a accepté un des deux
projets présentés. Mais depuis, le CSA n’a entamé que des
travaux concernant le changement du réseau de drainage
sanitaire. Le don du Kazakhstan est venu donc à temps pour
continuer les travaux initiés par le CSA. « Le don du
Kazakhstan sera transmis à l’Egypte en trois phases : la
première, qui est en fait la plus grande, sera présentée au
début du mois de janvier 2007. Comptant deux millions de
dollars, elle sera utilisée pour la restauration des bases de
fondation de la mosquée et le traitement du sol. La deuxième
phase, qui est de un million et demi de dollars, comprend des
travaux concernant les murs intérieurs et extérieurs de la
mosquée, alors que la dernière phase qui compte un million de
dollars traitera tous les différents éléments décoratifs de
l’édifice », explique Abdallah Al-Attar, conseiller
archéologique du CSA. Ce dernier affirme que les travaux
devront prendre fin en juin 2007 .
Amira
Samir
Samah Ziad
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Beibars,
un héros
épique
Beibars,
Al-Malek Al-Zaher
Rokneddine Al-Salehi
Al-Beibars,
était un
Mamelouk du
prince Alaeddine Al-Bendeqdari.
Il est né à Kiptchak dans le Turkestan vers 1223 et fut vendu
comme esclave à Damas après l’invasion mongole dans les années
1240. Envoyé en Egypte, il entre au service d’un nouveau
maître, le dernier sultan ayyoubide,
Al-Malek Al-Saleh
Najmeddine, comme garde du corps,
qui lui fait donner une formation militaire. Il participe
activement au coup d’Etat qui renverse la dynastie ayyoubide
et se traduit par l’assassinat de Touran
Shah, le fils d’Al-Saleh, en 1250.
Au service du sultan mamelouk Qoutoz,
il remporte sur les Mongols la victoire de
Aïn Djalout,
en 1260, qui sauve l’Egypte des destructions massives que
vient de subir Bagdad. A son retour au Caire, il renverse le
sultan Qoutoz, qui lui refusait le
poste de gouverneur de la Syrie, et accéda, par ruse et
perfidie, au trône d’Egypte en 658 de l’hégire (1260), avec
pour nouveau titre Al-Malek
Al-Zaher (le roi victorieux). Il
fut ainsi le quatrième et l’un des plus grands sultans de la
dynastie mamelouke baharite. Il
accueille Al-Moustansir
Billah, l’un des survivants de la
famille des Abbassides, dont il fait un calife fantoche, mais
qui lui confère une légitimité supplémentaire. Administrateur
efficace, il crée une marine de guerre, une armée permanente,
restaure les routes et organise un remarquable service postal.
Son objectif principal, durant la suite de son règne, est la
destruction des Etats croisés, ou du moins ce qu’il en reste.
Il lance une offensive en 1261 et s’empare de Césarée (février
1261). Puis Beibars s’empare
successivement de la forteresse des Templiers de Safed
(juillet 1266), de Jaffa (mars 1268) et enfin du célèbre krak
des Chevaliers, le 8 février 1271. Les Croisés obtiennent
l’alliance des Mongols, ce qui contraint
Beibars à signer une trêve de dix ans. Il en profite
pour s’emparer de Masyad, la
forteresse du nord de la Syrie (1272), ainsi que de Césarée de
Cappadoce, enlevée aux Seldjoukides. Les 17 années du règne de
Beibars se soldent par un total de
36 campagnes. Sur les 9 batailles engagées contre les Mongols,
une seule, la dernière, est due à l’initiative du sultan, les
autres pouvant être considérées comme des contre-attaques. Il
y eut cinq engagements contre la Petite Arménie. Véritable
artisan du relèvement musulman au Moyen-Orient face à la
menace mongole et aux restes de la présence des Croisés, il
est devenu le héros d’un roman de chevalerie, très populaire
dans le monde arabe, le
Sirat
Al-Malek Al-Zaher.
Beibars meurt de poison à Damas en
1277, et échoue dans sa tentative pour rendre le sultanat
héréditaire dans sa famille .
S. Z.
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