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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Patrimoine. Le Kazakhstan a offert à l’Egypte un donde 4,5 millions de dollars pour contribuer au financement des travaux de restauration de la mosquée du sultan Al-Zaher Beibars, originaire de ce pays.

Des steppes de l’Asie centrale
 au cœur du Caire

Considérée parmi les plus grandes mosquées du Caire, celle d’Al-Zaher Beibars subit actuellement des travaux de restauration sans précédent. Cette initiative est venue en fait suite à la visite faite par le président Hosni Moubarak dernièrement au Kazakhstan. Un don de 4,5 millions de dollars a été alloué à l’Egypte pour effectuer ces travaux.

D’origine kazakh, l’illustre cavalier et sultan Al-Zaher Beibars Al-Bendeqdari a régné sur l’Egypte entre 658 et 676 de l’hégire (soit 1260-1277 de l’ère chrétienne). Il fut le premier grand sultan de l’époque mamelouke et rendit à l’Egypte un élan politique et militaire qui lui a permis de faire face aux Croisés et aux Mongols. Ses campagnes militaires ne l’ont en rien détourné de son intérêt pour l’architecture. Il laissa de nombreux édifices, religieux et civils dont cette grande mosquée, située sur la place qui porte jusqu’à nos jour son nom Al-Zaher ou Al-Daher. A part cette mosquée, ce souverain a laissé une madrassa (école coranique), dont les vestiges sont visibles dans la rue Al-Moëz, à Gamaliya, au cœur du Caire islamique, juste en face du complexe du sultan Qalaoun. Construite entre 660 et 662 de l’hégire (1262 et 1263), il ne reste de cette madrassa qu’une partie de ses murs externes et du rez-de-chaussée actuellement occupé par des magasins.

La construction de la mosquée a commencé en 665 de l’hégire (1267) et a pris fin en 667 (1269). Son histoire, comme tout autre bâtiment islamique, a connu des périodes de prospérité et de déclin. Après avoir été une des plus grandes, plus belles et plus célèbres mosquées du Caire, la mosquée Beibars s’est exposée à plusieurs occupations. Lors de l’Expédition française, les Français s’en servaient comme citadelle. Ils ont utilisé les tours de la mosquée pour bombarder les Egyptiens lors de la révolution du Caire contre l’occupation française. Plus tard, Mohamad Ali pacha, vice-roi d’Egypte (1805-1840), a transformé la mosquée en usine pour la fabrication de différents genres de savon. Lors de l’occupation britannique, les militaires anglais l’ont transformée en abattoir pour les porcs. A l’époque moderne, et précisément lors de la guerre de 1956, les autorités égyptiennes se sont servies de la cour de la mosquée comme abri pour les familles égyptiennes contre les attaques des avions de l’ennemi. C’est ce que raconte Abdallah Kamel, professeur d’histoire islamique à l’Université de Ganoub Al-Wadi (sud de la vallée).

 

Des vestiges à préserver

Aujourd’hui, et après toutes ces violations, il ne reste de la mosquée que ses murs extérieurs, quelques arches et quelques ornements gravés dans la pierre ou en stuc.

A noter que le plan original de la mosquée est similaire à ceux des grandes mosquées du Caire. Il devait y avoir des arches, des arcades et des colonnes en marbre. Sa cour intérieure (sahn) était entourée de quatre péristyles (riwaq). La mosquée possédait autrefois une coupole qui était si grande qu’elle s’étendait sur neuf travées, tandis que les dômes des autres mosquées n’en couvraient qu’une seule. La mosquée possédait aussi un superbe minaret qui se dressait au milieu de la façade ouest, au-dessus de l’entrée principale. La coupole et le minaret ont été détruits dans les périodes de son occupation.

Ce que le visiteur peut encore voir aujourd’hui ce sont les quatre façades de l’édifice qui sont construites avec des pierres de grande taille, avec des fenêtres arquées dans la partie supérieure des murs et des crêtes en cascade en haut du parapet. La mosquée se caractérise aussi par ses trois entrées monumentales. « En général, les édifices religieux ne possèdent qu’une seule porte monumentale. Celui de Beibars en possède cependant trois », souligne Mohsen Sayed Ali, directeur général des antiquités du Caire et de Guiza. Cette mosquée est également remarquable pour ses reliefs qui se trouvent dans ses quatre coins et pour les trois entrées monumentales de ses façades. La plus grande de ces entrées se situe au milieu de la façade ouest, à l’opposé du mihrab (niche). Cette entrée, ainsi que les deux autres situées dans les façades nord et sud, sont décorées d’alcôves aux sommets arqués ou de niches aux coupoles en stalactites. La plupart de ces éléments décoratifs s’inspiraient des façades de la mosquée d’Al-Aqmar, située au cœur du Caire fatimide, et celle d’Al-Saleh Talaie et de l’entrée de la madrassa Al-Salehiya (du nom du maître de Beibars, Al-Saleh Najmeddine Ayyoub). A l’exception d’une partie consacrée à la prière, la mosquée est devenue aujourd’hui un jardin public.

 

Négligence égyptienne ?

Lors d’une récente visite au Caire, le ministre de la Culture du Kazakhstan, en compagnie de l’ambassadeur de son pays en Egypte, ont parcouru la mosquée Al-Zaher Beibars et ont eu connaissance de l’état actuel du monument. Un état regrettable en fait. C’est ainsi que le Kazakhstan a décidé de contribuer à un projet qui vise à une restauration rapide de la mosquée et son sauvetage d’une dégradation totale. Pour sa part, Abdallah Kamel estime l’affaire plus ou moins insolite. « Pourquoi faut-il attendre un don pour restaurer nos monuments ? Est-ce que l’Egypte n’a pas de fonds pour financer le projet de restauration de la mosquée Beibars ? », se demande-t-il. Pour lui, il est incompréhensible de négliger pendant toutes ces années un tel joyau de l’architecture islamique. Sur ce, Mohsen Sayed Ali confirme que deux projets pour la restauration de la mosquée Al-Zaher Beibars ont été présentés au Conseil Suprême des Antiquités (CSA) dans les années 90 par deux architectes égyptiens, Saleh Lameï et l’ingénieur Tareq Al-Mori. Mais, la divergence des points de vue des deux architectes et d’autres problèmes, pour la plupart financiers, ont retardé l’exécution de ce projet. Après trois ans d’études, le comité permanent du CSA a accepté un des deux projets présentés. Mais depuis, le CSA n’a entamé que des travaux concernant le changement du réseau de drainage sanitaire. Le don du Kazakhstan est venu donc à temps pour continuer les travaux initiés par le CSA. « Le don du Kazakhstan sera transmis à l’Egypte en trois phases : la première, qui est en fait la plus grande, sera présentée au début du mois de janvier 2007. Comptant deux millions de dollars, elle sera utilisée pour la restauration des bases de fondation de la mosquée et le traitement du sol. La deuxième phase, qui est de un million et demi de dollars, comprend des travaux concernant les murs intérieurs et extérieurs de la mosquée, alors que la dernière phase qui compte un million de dollars traitera tous les différents éléments décoratifs de l’édifice », explique Abdallah Al-Attar, conseiller archéologique du CSA. Ce dernier affirme que les travaux devront prendre fin en juin 2007 .

Amira Samir
Samah Ziad

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Beibars
, un héros épique

Beibars, Al-Malek Al-Zaher Rokneddine Al-Salehi Al-Beibars, était un Mamelouk du prince Alaeddine Al-Bendeqdari. Il est né à Kiptchak dans le Turkestan vers 1223 et fut vendu comme esclave à Damas après l’invasion mongole dans les années 1240. Envoyé en Egypte, il entre au service d’un nouveau maître, le dernier sultan ayyoubide, Al-Malek Al-Saleh Najmeddine, comme garde du corps, qui lui fait donner une formation militaire. Il participe activement au coup d’Etat qui renverse la dynastie ayyoubide et se traduit par l’assassinat de Touran Shah, le fils d’Al-Saleh, en 1250. Au service du sultan mamelouk Qoutoz, il remporte sur les Mongols la victoire de Aïn Djalout, en 1260, qui sauve l’Egypte des destructions massives que vient de subir Bagdad. A son retour au Caire, il renverse le sultan Qoutoz, qui lui refusait le poste de gouverneur de la Syrie, et accéda, par ruse et perfidie, au trône d’Egypte en 658 de l’hégire (1260), avec pour nouveau titre Al-Malek Al-Zaher (le roi victorieux). Il fut ainsi le quatrième et l’un des plus grands sultans de la dynastie mamelouke baharite. Il accueille Al-Moustansir Billah, l’un des survivants de la famille des Abbassides, dont il fait un calife fantoche, mais qui lui confère une légitimité supplémentaire. Administrateur efficace, il crée une marine de guerre, une armée permanente, restaure les routes et organise un remarquable service postal. Son objectif principal, durant la suite de son règne, est la destruction des Etats croisés, ou du moins ce qu’il en reste. Il lance une offensive en 1261 et s’empare de Césarée (février 1261). Puis Beibars s’empare successivement de la forteresse des Templiers de Safed (juillet 1266), de Jaffa (mars 1268) et enfin du célèbre krak des Chevaliers, le 8 février 1271. Les Croisés obtiennent l’alliance des Mongols, ce qui contraint Beibars à signer une trêve de dix ans. Il en profite pour s’emparer de Masyad, la forteresse du nord de la Syrie (1272), ainsi que de Césarée de Cappadoce, enlevée aux Seldjoukides. Les 17 années du règne de Beibars se soldent par un total de 36 campagnes. Sur les 9 batailles engagées contre les Mongols, une seule, la dernière, est due à l’initiative du sultan, les autres pouvant être considérées comme des contre-attaques. Il y eut cinq engagements contre la Petite Arménie. Véritable artisan du relèvement musulman au Moyen-Orient face à la menace mongole et aux restes de la présence des Croisés, il est devenu le héros d’un roman de chevalerie, très populaire dans le monde arabe, le Sirat Al-Malek Al-Zaher. Beibars meurt de poison à Damas en 1277, et échoue dans sa tentative pour rendre le sultanat héréditaire dans sa famille .

S. Z.

 




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