Changer les caractéristiques de la matière, contrôler les atomes, les
déplacer … Voilà ce qui constitue l’essence de la nanotechnologie prônée par le
professeur Mohamed Salah El Naschie,
ingénieur et physicien égyptien.
L’alchimiste du nano
Le ministre chinois de
l’Education le considère comme la personnalité du XXIe siècle. Le prix Nobel en
matière de physique, l’an dernier, a d’ailleurs déclaré que son professeur, le
Dr El Naschie, l’aurait mérité plus que lui-même. « Le prix s’est trompé de
chemin », a-t-il commenté.
Ce savant égyptien vivant à
l’étranger, notamment entre la Grande-Bretagne et l’Arabie saoudite, se trouve
au Caire depuis novembre dernier. Il a pour objectif de convaincre les
autorités égyptiennes de construire un Centre pour la nanotechnologie. D’ailleurs,
le président du Parlement égyptien, Ahmad Fathi Sourour, a convoqué la
commission industrielle du Parlement pour être à l’écoute de ce spécialiste. Et
le premier ministre l’a reçu également. « C’est simple, je rêve de voir
l’Egypte, ma patrie, le meilleur pays du monde », s’exclame El Naschie, qui a
passé sa vie d’un avion à l’autre, donnant des cours de physique et
d’ingénierie dans les universités du monde entier.
Son père, Salah El Naschie, lui
a inculqué un nationalisme bien ancré. Il a toujours répété à ses trois enfants
Mohamad, Saïd et Amr, que le nationalisme est une condition sine qua non pour
la vie. Nostalgie ou rêve d’une patrie qu’il a peu connue ? C’est de toute
façon le credo de ce savant, fils d’un officier et d’une mère aristocrate. Il
garde un beau souvenir d’une enfance heureuse qui s’est déroulée brièvement en
Egypte. Car toute la famille a dû quitter pour le Koweït, suite à des problèmes
en série survenus après la Révolution de 1952.
Ses valeurs, il ne les doit pas
uniquement à sa petite famille, mais aussi à une personnalité de marque : père
Ludovic. Ce dernier, d’origine prussienne et de nationalité allemande, a été
comme un parrain pour lui. En fait, c’est grâce à lui que Mohamed s’est rendu
en Allemagne pour parachever ses études et s’installer avec la famille Ludovic.
« Il m’a beaucoup appris : le sens de la dignité, de l’honnêteté, de l’honneur,
de la précision, de l’organisation … », se rappelle-t-il.
Un jour, il avait voulu acheter
des voitures d’occasion en Allemagne pour les revendre en Angleterre à des prix
exorbitants. Père Ludovic lui a dit alors sur un ton réprobateur : « Tu
gagnerais de l’argent mais saurais-tu dormir la nuit ? ». Plus tard, il a
quitté l’Allemagne pour la France. « Mes parents continuaient à m’envoyer une
somme mensuelle pensant que j’étais en train d’étudier là-bas. Lorsqu’ils ont
découvert que je m’amusais simplement à Paris, ils m’ont coupé les vivres ».
Il rit à haute voix, se
rappelant sa période parisienne. La culture et la civilisation françaises l’ont
beaucoup attiré. Les scientistes français comme Lagrange, Poisson et Pascal,
lesquels ont continué les travaux de Newton en mécanique, l’ont beaucoup
influencé. « René Descartes, le philosophe et mathématicien français, a dit :
Je pense donc je suis. Effectivement, je voue un grand respect aux Français »,
dit El Naschie.
Bien qu’il ait étudié
l’ingénierie à l’Université de Hanovre en Allemagne, c’est la physique qu’il
considère comme sa science favorite. D’ailleurs, il a élaboré une théorie
physique, mêlant la théorie de la relativité d’Albert Einstein et la théorie
quantique. Ce, avant de s’unir aux savants qui font appel à l’usage de la
nanotechnologie (visant à mieux contrôler les atomes séparément). Il est même
allé jusqu’à établir un centre spécialisé en Arabie saoudite.
La soixantaine passée, El
Naschie paraît dans la quarantaine. Grand, brun, il est fier de ses origines
paysannes. « Je suis fellah », dit-il humblement. « Je viens d’un village
appelé El Ghawabine, près de la ville de Faraskour, dans le gouvernorat de
Damiette ».
Ce fils du Delta, expatrié
depuis belle lurette, a choisi de se marier avec l’élue égyptienne de son cœur.
Dr Mervat, une amie d’enfance qu’il a épousée tardivement. Sans elle, il ne
peut ni prendre rendez-vous, ni utiliser son ordinateur. « Nous avons deux
filles : Chérine, une architecte de 26 ans, et Sonia, 21 ans, qui poursuit ses
études en physiothérapie. Sonia est atteinte d’une maladie rare faisant que les
cellules du corps s’entre-attaquent ». Ici, c’est le père qui parle évoquant la
douleur de sa fille qui ne peut se rendre à l’université que deux jours par
semaine. « Elle est brillante. J’espère trouver une solution à sa maladie par
le biais de la nanotechnologie », enchaîne-t-il.
De nouveau, il s’agit de sa
science magique et suffisamment mystérieuse aux yeux de plusieurs. « C’est
comme une alchimie », se disent les non-spécialistes. Et El-Naschie raconte
l’histoire comme dans un conte de fées.
Le but de la nanotechnologie
moléculaire et des recherches en cours actuellement, est d’arriver à ce
contrôle précis et individuel des atomes. Et par conséquent, assurer un
meilleur contrôle de l’univers, car « tout ce que nous pouvons voir, toucher,
ou sentir est constitué d’un faible nombre d’atomes différents. L’air est
principalement composé d’atomes d’oxygène, d’azote et de carbone. L’eau est
composée d’atomes d’hydrogène et d’oxygène. Les êtres vivants sont
principalement composés d’atomes de carbone, d’hydrogène et d’oxygène et ainsi
de suite ».
Le savant explique, comme durant
un cours de vulgarisation. Il peut partir pendant des heures sur ce sujet,
expliquant comme un alchimiste la différence d’agencement entre les atomes. Ainsi,
dit-il, par exemple, l’unique différence entre un diamant et un morceau de
charbon est une différence d’atomes ; tous les deux étant constitués d’atomes
de carbone. « Si cette technologie est efficacement mise au point, elle
engendrera des bouleversements inimaginables aussi bien dans les domaines
technique, qu’économique et social. Ils dépasseront en tout cas ceux engendrés
par les révolutions industrielles, mécaniques et informatiques des deux siècles
précédents. Cela s’effectuera durant une période beaucoup plus courte »,
souligne El Naschie qui donne des exemples étranges, assurant qu’un des points
fondamentaux de la maîtrise de la nanotechnologie est la création d’une machine
de taille moléculaire, capable de se dupliquer elle-même.
« Nous pourrons, par exemple,
construire de minuscules nano-robots, capables de se déplacer à l’intérieur du
corps humain, voire dans les cellules du corps humain, à la recherche d’agents
infectieux, de cellules cancéreuses, pour les détruire directement. Le
nano-robot pourrait éventuellement faire des opérations cardiaques sans
chirurgie, puis disparaître sans laisser trace dans le corps humain », explique
El Naschie.
Il va encore plus loin disant
qu’à travers les nanotechnologies, on peut aider le corps humain à se
reconstituer et se raccommoder tout seul après les interventions chirurgicales.
« Une femme qui a perdu son sein à cause d’un cancer pourra avoir un autre que
son propre corps pourrait reconstituer lui-même grâce aux nanotechnologies ».
Recyclage complet des déchets,
purification de l’eau, les usages sont multiples, et aux yeux d’aucuns, le
savant peut passer pour Merlin l’enchanteur. Pourtant, Yousri Hassan,
professeur de physique à l’Université d’Al-Azhar, juge légitime le rêve de son
collègue expatrié : « la science n’a pas de frontières. Pourquoi l’Egypte
sera-t-elle condamnée à être à l’écart ? ». El Naschie lui-même se défend : «
Le monde change. Maintenant, on n’explique plus ce que c’est la nanotechnologie
mais on est en train de vendre les produits fabriqués grâce à cette
technologie. De la vitre qui ne se salit pas, des tissus pare-balles, du cuir
qui résiste à l’eau, etc. Je souhaiterais que l’Egypte s’affilie au cercle des
pays appliquant la nanotechnologie. C’est un cercle qui réunit la
superpuissance que représentent les Etats-Unis et un pays aussi pauvre que
l’Inde. De même, il regroupe en son sein la Chine, le pays à la plus grande
population mondiale, et Israël avec sa population restreinte. L’Arabie saoudite
vient de se joindre au groupe, pourquoi pas l’Egypte ? ». Le savant se dit prêt
à tout laisser tomber pour venir vivre dans son appartement de Zamalek et
procurer la nanotechnologie à l’Egypte. Ainsi, pourra-t-on changer les
caractéristiques des matières et révolutionner l’industrie.
Dalia Abdel-Salam