Al-Ahram Hebdo, Visages | Mohamed Salah El Naschie
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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Visages

Changer les caractéristiques de la matière, contrôler les atomes, les déplacer … Voilà ce qui constitue l’essence de la nanotechnologie prônée par le professeur Mohamed Salah El Naschie, ingénieur et physicien égyptien.

L’alchimiste du nano

Le ministre chinois de l’Education le considère comme la personnalité du XXIe siècle. Le prix Nobel en matière de physique, l’an dernier, a d’ailleurs déclaré que son professeur, le Dr El Naschie, l’aurait mérité plus que lui-même. « Le prix s’est trompé de chemin », a-t-il commenté.

Ce savant égyptien vivant à l’étranger, notamment entre la Grande-Bretagne et l’Arabie saoudite, se trouve au Caire depuis novembre dernier. Il a pour objectif de convaincre les autorités égyptiennes de construire un Centre pour la nanotechnologie. D’ailleurs, le président du Parlement égyptien, Ahmad Fathi Sourour, a convoqué la commission industrielle du Parlement pour être à l’écoute de ce spécialiste. Et le premier ministre l’a reçu également. « C’est simple, je rêve de voir l’Egypte, ma patrie, le meilleur pays du monde », s’exclame El Naschie, qui a passé sa vie d’un avion à l’autre, donnant des cours de physique et d’ingénierie dans les universités du monde entier.

Son père, Salah El Naschie, lui a inculqué un nationalisme bien ancré. Il a toujours répété à ses trois enfants Mohamad, Saïd et Amr, que le nationalisme est une condition sine qua non pour la vie. Nostalgie ou rêve d’une patrie qu’il a peu connue ? C’est de toute façon le credo de ce savant, fils d’un officier et d’une mère aristocrate. Il garde un beau souvenir d’une enfance heureuse qui s’est déroulée brièvement en Egypte. Car toute la famille a dû quitter pour le Koweït, suite à des problèmes en série survenus après la Révolution de 1952.

Ses valeurs, il ne les doit pas uniquement à sa petite famille, mais aussi à une personnalité de marque : père Ludovic. Ce dernier, d’origine prussienne et de nationalité allemande, a été comme un parrain pour lui. En fait, c’est grâce à lui que Mohamed s’est rendu en Allemagne pour parachever ses études et s’installer avec la famille Ludovic. « Il m’a beaucoup appris : le sens de la dignité, de l’honnêteté, de l’honneur, de la précision, de l’organisation … », se rappelle-t-il.

Un jour, il avait voulu acheter des voitures d’occasion en Allemagne pour les revendre en Angleterre à des prix exorbitants. Père Ludovic lui a dit alors sur un ton réprobateur : « Tu gagnerais de l’argent mais saurais-tu dormir la nuit ? ». Plus tard, il a quitté l’Allemagne pour la France. « Mes parents continuaient à m’envoyer une somme mensuelle pensant que j’étais en train d’étudier là-bas. Lorsqu’ils ont découvert que je m’amusais simplement à Paris, ils m’ont coupé les vivres ».

Il rit à haute voix, se rappelant sa période parisienne. La culture et la civilisation françaises l’ont beaucoup attiré. Les scientistes français comme Lagrange, Poisson et Pascal, lesquels ont continué les travaux de Newton en mécanique, l’ont beaucoup influencé. « René Descartes, le philosophe et mathématicien français, a dit : Je pense donc je suis. Effectivement, je voue un grand respect aux Français », dit El Naschie.

Bien qu’il ait étudié l’ingénierie à l’Université de Hanovre en Allemagne, c’est la physique qu’il considère comme sa science favorite. D’ailleurs, il a élaboré une théorie physique, mêlant la théorie de la relativité d’Albert Einstein et la théorie quantique. Ce, avant de s’unir aux savants qui font appel à l’usage de la nanotechnologie (visant à mieux contrôler les atomes séparément). Il est même allé jusqu’à établir un centre spécialisé en Arabie saoudite.

La soixantaine passée, El Naschie paraît dans la quarantaine. Grand, brun, il est fier de ses origines paysannes. « Je suis fellah », dit-il humblement. « Je viens d’un village appelé El Ghawabine, près de la ville de Faraskour, dans le gouvernorat de Damiette ».

Ce fils du Delta, expatrié depuis belle lurette, a choisi de se marier avec l’élue égyptienne de son cœur. Dr Mervat, une amie d’enfance qu’il a épousée tardivement. Sans elle, il ne peut ni prendre rendez-vous, ni utiliser son ordinateur. « Nous avons deux filles : Chérine, une architecte de 26 ans, et Sonia, 21 ans, qui poursuit ses études en physiothérapie. Sonia est atteinte d’une maladie rare faisant que les cellules du corps s’entre-attaquent ». Ici, c’est le père qui parle évoquant la douleur de sa fille qui ne peut se rendre à l’université que deux jours par semaine. « Elle est brillante. J’espère trouver une solution à sa maladie par le biais de la nanotechnologie », enchaîne-t-il.

De nouveau, il s’agit de sa science magique et suffisamment mystérieuse aux yeux de plusieurs. « C’est comme une alchimie », se disent les non-spécialistes. Et El-Naschie raconte l’histoire comme dans un conte de fées.

Le but de la nanotechnologie moléculaire et des recherches en cours actuellement, est d’arriver à ce contrôle précis et individuel des atomes. Et par conséquent, assurer un meilleur contrôle de l’univers, car « tout ce que nous pouvons voir, toucher, ou sentir est constitué d’un faible nombre d’atomes différents. L’air est principalement composé d’atomes d’oxygène, d’azote et de carbone. L’eau est composée d’atomes d’hydrogène et d’oxygène. Les êtres vivants sont principalement composés d’atomes de carbone, d’hydrogène et d’oxygène et ainsi de suite ».

Le savant explique, comme durant un cours de vulgarisation. Il peut partir pendant des heures sur ce sujet, expliquant comme un alchimiste la différence d’agencement entre les atomes. Ainsi, dit-il, par exemple, l’unique différence entre un diamant et un morceau de charbon est une différence d’atomes ; tous les deux étant constitués d’atomes de carbone. « Si cette technologie est efficacement mise au point, elle engendrera des bouleversements inimaginables aussi bien dans les domaines technique, qu’économique et social. Ils dépasseront en tout cas ceux engendrés par les révolutions industrielles, mécaniques et informatiques des deux siècles précédents. Cela s’effectuera durant une période beaucoup plus courte », souligne El Naschie qui donne des exemples étranges, assurant qu’un des points fondamentaux de la maîtrise de la nanotechnologie est la création d’une machine de taille moléculaire, capable de se dupliquer elle-même.

« Nous pourrons, par exemple, construire de minuscules nano-robots, capables de se déplacer à l’intérieur du corps humain, voire dans les cellules du corps humain, à la recherche d’agents infectieux, de cellules cancéreuses, pour les détruire directement. Le nano-robot pourrait éventuellement faire des opérations cardiaques sans chirurgie, puis disparaître sans laisser trace dans le corps humain », explique El Naschie.

Il va encore plus loin disant qu’à travers les nanotechnologies, on peut aider le corps humain à se reconstituer et se raccommoder tout seul après les interventions chirurgicales. « Une femme qui a perdu son sein à cause d’un cancer pourra avoir un autre que son propre corps pourrait reconstituer lui-même grâce aux nanotechnologies ».

Recyclage complet des déchets, purification de l’eau, les usages sont multiples, et aux yeux d’aucuns, le savant peut passer pour Merlin l’enchanteur. Pourtant, Yousri Hassan, professeur de physique à l’Université d’Al-Azhar, juge légitime le rêve de son collègue expatrié : « la science n’a pas de frontières. Pourquoi l’Egypte sera-t-elle condamnée à être à l’écart ? ». El Naschie lui-même se défend : « Le monde change. Maintenant, on n’explique plus ce que c’est la nanotechnologie mais on est en train de vendre les produits fabriqués grâce à cette technologie. De la vitre qui ne se salit pas, des tissus pare-balles, du cuir qui résiste à l’eau, etc. Je souhaiterais que l’Egypte s’affilie au cercle des pays appliquant la nanotechnologie. C’est un cercle qui réunit la superpuissance que représentent les Etats-Unis et un pays aussi pauvre que l’Inde. De même, il regroupe en son sein la Chine, le pays à la plus grande population mondiale, et Israël avec sa population restreinte. L’Arabie saoudite vient de se joindre au groupe, pourquoi pas l’Egypte ? ». Le savant se dit prêt à tout laisser tomber pour venir vivre dans son appartement de Zamalek et procurer la nanotechnologie à l’Egypte. Ainsi, pourra-t-on changer les caractéristiques des matières et révolutionner l’industrie.

Dalia Abdel-Salam

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Jalons

1943 : Naissance au Caire.

1968 : Diplôme d’ingénierie de l’Université de Hanovre, en Allemagne.

1974 : Doctorat en mécanique applicable de l’Université de Londres.

1990 : Publication d’une revue scientifique bimensuelle à Londres, Chaos, Soliton and Fractals.

2002 : L’Egypte lui rend hommage à l’occasion de la troisième Fête des sciences à l’Université du Caire.

2003 : Hommage des Universités de Francfort et du Caire.

 

 

 




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