Réussir la séparation des pouvoirs
Ibrahim Ayad
Al-Maraghi
Sous-secrétaire d’Etat au ministère
de
la Coopération internationale
Le gouvernement a commencé à prendre des mesures efficaces
pour mettre en application le programme électoral du président
Moubarak et des projets qui s’y rapportent. Parallèlement,
l’Assemblée du peuple et le Conseil consultatif ont commencé
l’étude de ces projets ainsi que la discussion des programmes
du gouvernement.
Le programme du président a adopté des idées précises
concernant la réforme constitutionnelle et législative, dont
les plus importantes sont l’augmentation des prérogatives du
Conseil des ministres dans l’exercice du pouvoir exécutif et
le renforcement du rôle du Parlement dans le contrôle des
travaux du gouvernement. Cependant, ceci implique la nécessité
de trouver de nouveaux mécanismes pour réaliser une
coopération fructueuse entre le gouvernement et le Parlement.
Notons que cette coopération ne peut se réaliser qu’à la
lumière du principe de la séparation des pouvoirs. Par
conséquent, les tentatives de renforcer cette coopération
signifient la nécessité de définir ce principe et d’examiner
les textes constitutionnels régissant la relation entre les
deux pouvoirs législatif et exécutif.
Le principe de la séparation des trois pouvoirs, législatif,
exécutif et judiciaire, est le fondement de tout régime
démocratique. Il suppose que les fonctions de l’Etat se
divisent en trois : la législation, l’exécution et la justice,
l’objectif étant de protéger les prérogatives de chaque
pouvoir et d’empêcher les interférences.
La séparation entre les pouvoirs a une influence directe sur
le régime politique. En effet, la séparation totale crée un
régime présidentiel politique ayant des caractéristiques
différentes du régime politique parlementaire basé sur la
séparation flexible ou relative entre les pouvoirs.
La Constitution égyptienne adopte le principe de la séparation
des pouvoirs. Cependant, en examinant les articles
constitutionnels, on découvre une certaine interférence entre
les deux pouvoirs exécutif et législatif. En effet, les
pratiques du pouvoir exécutif, représenté par le chef d’Etat,
ont une relation directe avec le déroulement des travaux du
pouvoir législatif. Par exemple, le
chef de l’Etat prend des décisions ayant force de loi en cas
d’absence de l’Assemblée du peuple et en cas d’urgence
(article 147). Il peut aussi inviter à la tenue de l’Assemblée
pour sa session parlementaire ordinaire ou pour une réunion
extraordinaire en cas de nécessité (articles 101 et 102). De
plus, le président de la République a le droit de dissoudre le
Parlement après avoir effectué un référendum populaire
(article 136) et aussi de proposer des projets de loi, des
amendements aux lois, de refuser des lois, de les ratifier ou
de les promulguer (articles 109, 112 et 113).
Par contre, la Constitution octroie au pouvoir législatif des
prérogatives qu’il exerce et par l’intermédiaire desquelles il
peut influencer le pouvoir exécutif. Par exemple, le
gouvernement doit soumettre le projet du budget à l’Assemblée
du peuple deux mois au moins avant le début de l’exercice
financier, et le budget ne peut être appliqué sans
l’approbation de l’Assemblée du peuple (article 115). De plus,
le gouvernement n’a pas le droit d’octroyer des crédits ou de
s’engager dans des projets impliquant la dépense de fonds de
la trésorerie de l’Etat sans l’approbation de l’Assemblée du
peuple. Par ailleurs, les députés ont le droit de demander des
comptes au premier ministre et aux autres ministres (articles
124 et 125). Enfin, l’Assemblée du peuple a le droit de
retirer la confiance au gouvernement (articles 126, 127 et 128)
.