Al-Ahram Hebdo, Opinion | Wahid Abdel-Méguid, L’Egypte et la crise libanaise
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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Opinion

L’Egypte et la crise libanaise

Wahid Abdel-Méguid
Politologue

La crise libanaise est la plus dangereuse des crises, qui s’étend de l’Est de la Méditerranée au Golfe arabe. La petite terre du Liban s’est transformée en une véritable poudrière. Sur cette terre libanaise s’enchevêtrent les grandes crises tels que le conflit palestino-israélien, la crise nucléaire iranienne, la guerre iraqienne et la crise syro-israélo-américaine, rendant la situation au Proche-Orient de plus en plus complexe. N’oublions pas de mentionner, dans ce contexte, le conflit interne escaladant à l’ombre d’une polarisation politico-stratégique aiguë. Cette dernière renferme en effet une composante confessionnelle susceptible de prendre davantage de terrain à cause des répercussions de la guerre confessionnelle et ethnique en Iraq. Et ceci a eu lieu en vertu d’un règlement interne entre les forces libanaises à la base, conclu en 1989 à travers l’accord de Taëf. Mais ce compromis était également une formule régionale et internationale et a stipulé que les Maronites et d’autres factions chrétiennes devaient renoncer à la protection française du Liban et qu’en contrepartie, les musulmanes renonceraient à leur union avec la Syrie.

A cause de cette formule, il était donc normal que toute divergence entre les forces libanaises acquiert un aspect sans nul doute régional et international. Si cette divergence avait dépassé une certaine limite et un certain plafond, elle aurait pu s’étendre davantage et s’incorporer à d’autres crises régionales. La scène libanaise a vécu plusieurs scénarios de la sorte, dont les plus dangereux ont eu lieu en 1958 et 1975. Cependant, le fait que la crise libanaise actuelle rejoigne la série des crises qui secouent la région de la Méditerranée jusqu’au Golfe est un indice plus inquiétant, car si la situation explose et la confrontation politique entre les coalitions-clés (du 8 mars et du 14 mars) muait, elles pourraient donner naissance à un heurt politique.

C’est ce que croient les Egyptiens qui poussent la chansonnette de la démocratie et trouvent que la solution réside dans la rue, car une telle crise ne peut être appréhendée qu’à travers un dialogue sérieux avec les citoyens. Nous parlons ici d’une importante division entre deux projets contradictoires dont le seul dénominateur commun concerne l’identité libanaise dans sa quintessence et pas seulement dans son régime politique. En contrepartie, un règlement censé de la crise pourrait en quelque sorte freiner l’escalade éventuelle d’autres crises régionales.

La question qui se trouve à l’ordre du jour, voire qui s’impose de manière urgente, est celle du rôle de l’Egypte qui a été longtemps absente du Liban à cause de circonstances qui n’existent plus aujourd’hui. L’Egypte a approuvé, dans le cadre d’une entente arabe en 1976, que la Syrie tienne un rôle essentiel au Liban. Mais cette entente était nécessaire compte tenu des événements de l’époque. Envers et contre tout, la Syrie est allée très loin et a interprété excessivement et comme ça l’arrangeait ce « mandat ». Ainsi, elle a mis des lignes rouges au niveau des relations du Liban avec les autres pays arabes, y compris l’Egypte.

Les circonstances qui ont poussé l’Egypte à prendre en considération la forte susceptibilité syrienne à propos du dossier Libanais ont changé d’une manière qui ne lui permet pas de rester à l’écart à un moment où la crise s’aggrave, prévoyant d’enflammer la région entière. L’intervention de l’Egypte pour désamorcer la crise est nécessaire.

N’oublions pas que l’Egypte peut présenter ce que les autres pays ne peuvent pas, surtout lorsqu’elle regarde la question via un prisme stratégique. Il est à noter que les médiateurs et ceux qui présentent des initiatives actuellement ne s’attaquent guère aux dimensions stratégiques. La crise dans son essence dépasse de loin les dossiers qui font aujourd’hui l’objet de graves divergences tels que le gouvernement d’union nationale, jusqu’à la présidence de la République et le tribunal international. Elle transcende également le différend enraciné sur la question des armes du Hezbollah.

Ces divergences, parmi tant d’autres qui refont surface aujourd’hui, ne sont que le reflet du conflit entre deux projets contradictoires. L’un vise à transformer le Liban en une arène de résistance et de confrontations entre les forces hostiles à la nation. L’autre vise à faire du Liban un modèle de réforme, de reconstruction, de développement, de prospérité et de liberté.

Il n’en demeure pas moins que ces deux projets cachent des intérêts arrivistes, des ambitions et des relations avec des forces extérieures au détriment de la patrie.

Et donc les accusations de déloyauté et de dépendance entre ces deux camps s’accumulent. Les adeptes du projet de la résistance armée accusent l’autre camp de vouloir mettre le Liban sous tutelle américano-française. Alors qu’eux, en contrepartie, sont accusés de vouloir imposer une tutelle irano-syrienne sur le Liban.

A l’ombre d’une telle contradiction, les solutions apportées à ces divergences qui s’imposent et avec lesquelles traitent les initiatives actuelles ne seront pas radicales et ne feront qu’ajourner de plusieurs mois la confrontation latente. Toutes ces initiatives, avec à leur tête celle de la Ligue arabe, ne proposent que des calmants et autres sédatifs pour stopper momentanément la fièvre, sans parvenir pour autant à une guérison définitive.

C’est pourquoi si un succès est réalisé pour mettre un terme à la crise à travers la création d’institutions constitutionnelles au lieu de la rue, l’Egypte sera en mesure de trouver un règlement historique entre ces deux projets contradictoires, soit une solution finale à la crise.

Dans ce cas-là, l’Egypte sera compensée de sa longue absence du Liban et de sa non présence directe dans les initiatives proposées et assumera son devoir à redéterminer l’essence du Liban, ainsi que son rôle à travers un nouveau compromis historique qui remplacerait la charte nationale et l’accord de Taëf ou qui leur apportera des ajouts.

Le contenu de ce règlement historique devra être déterminé par les différents acteurs libanais à travers un dialogue national bien enraciné et dont les parrains seront l’Egypte, en coopération avec la Ligue arabe et probablement avec l’OCI (l’Organisation de la Conférence Islamique). Pour que ce parrainage aboutisse et soit efficace et productif, il présuppose qu’il soit relancé à partir d’une vision qui garantirait le bien-être du Liban de demain qui ne peut en aucun cas se cantonner à une arène de résistance ou à un marché ouvert où le droit national n’aurait pas lieu. L’Egypte peut proposer une conception préliminaire pour la nouvelle formule libanaise qui reposerait sur des concessions mutuelles entre les partisans des deux projets contradictoires et qui servirait d’arrière-plan pour un dialogue où elle serait le parrain. Ce rôle suppose de négocier avec la Syrie et l’Iran et en même temps avec l’Amérique et la France. La crise libanaise n’est pas purement interne, elle est gravement complexe. Il faut lui apporter un remède alliant vision claire et médiation impartiale. Seule l’Egypte est en mesure d’assumer cette tâche difficile.

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