Se jouer des Arabes
Salama
A. Salama
La
tournée du premier ministre britannique Blair dans la région
n’avait nullement pour objectif la relance du processus de
paix, comme on l’a dit. Elle avait plutôt pour objectif de
raviver le rôle colonial de la Grande-Bretagne en renforçant
les conflits et les différends selon le principe de diviser
pour mieux régner. Blair n’a pas apporté une initiative de
paix. Il a plutôt incité le président palestinien Abou-Mazen à
se dresser contre le Hamas et à organiser des élections
législatives et présidentielles coûte que coûte en promettant
d’apporter tout le soutien britannique. Il a terminé sa
tournée par une visite aux Emirats, où il a réitéré la demande
faite par Condoleezza Rice quand elle a rencontré au Caire les
ministres des pays du Golfe et de la Jordanie. Il a, en effet,
invité à la création d’une coalition des modérés face aux
extrémistes, soit une coalition arabe des pays sunnites
modérés contre l’Iran chiite et ses amis dans la région. Dans
ce cadre, Blair a placé toutes les raisons de l’échec qui ont
mené au déclenchement de la violence confessionnelle en Iraq,
au trébuchement du processus de paix en Palestine et à
l’explosion de la crise libanaise.
Il est clair que Blair poursuit une stratégie qui n’a pas
changé, surtout après que Bush a renoncé au dialogue avec
Damas et Téhéran afin de renforcer les différends entre les
Arabes et les Perses, entre les chiites et les sunnites, et
surtout entre les pays arabes modérés pro-américains, qui ne
cachent pas leurs craintes de la sortie rapide des Américains
de l’Iraq, laissant le pouvoir entre les mains d’une majorité
chiite soutenue par l’Iran, et entre le défi stratégique que
représente désormais l’Iran avec ses capacités nucléaires.
Blair utilise les mêmes vieux prétextes comme la guerre contre
le terrorisme et la diffusion de la démocratie, bien que les
Etats-Unis et la Grande-Bretagne soient les responsables du
renforcement du terrorisme et de l’avortement de la démocratie
dans la région.
Le plus dangereux est que les Arabes commencent à croire ces
prétentions afin d’exagérer le danger de l’expansion chiite,
du nucléaire et de l’hégémonie régionale croissante de l’Iran
sur les crises de la région, que ce soit au Soudan, en
Palestine, au Liban ou en Iraq. De plus, il y a une campagne
pour tromper les médias afin de raviver le feu de l’hostilité
confessionnelle contre les chiites et contre l’Iran, dans une
tentative de détourner les regards des aventures américaines
destructives dans la région.
Une campagne d’exagération difficile à croire est lancée
contre l’Iran. Selon celle-ci, l’Iran aurait fondé un Etat
chiite au sein de l’Iraq, et la pensée chiite aurait gagné du
terrain dans de nombreux villages et villes du Soudan. On
divulgue des racontars selon lesquels des villages sunnites du
Liban et de la Syrie se seraient convertis au chiisme en
échange de pots-de-vin. Quels sont ces musulmans qui peuvent
être achetés ? De plus, Israël prétend que des centaines de
membres du Hamas suivent des entraînements en Iran et au sein
du Hezbollah au Liban. Ce ne sont que des mensonges que rien
ne prouve. Si un Etat chiite s’est fondé en Iraq, c’est avec
le soutien des Etats-Unis.
Le soulèvement des sentiments d’hostilité contre les chiites
et contre l’Iran n’est certainement pas le meilleur moyen
d’affronter le pouvoir iranien. Il vaut mieux que les Arabes
songent à une stratégie intelligente pour concurrencer l’Iran
ou pour coopérer avec lui .