Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy, Entre la civilisation de l’Andalousie et le terrorisme !
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Opinion

Entre la civilisation de l’Andalousie et le terrorisme !

Mohamed Salmawy

Le visiteur de l’Andalousie se trouve perplexe entre son ancien patrimoine, témoin de la relation intime qui a lié l’Espagne à la civilisation arabe, et les craintes qui ont plané après l’explosion sanglante perpétrée en mars 2004 par les éléments islamistes dans la gare centrale de Madrid.

Le même jour de la visite que j’ai effectuée à Cordoue pour me rendre à sa fameuse mosquée que je considère comme la plus belle du monde, j’ai appris la nouvelle de l’arrestation de 11 personnes qui fomentaient une nouvelle opération terroriste. Selon les journaux, l’un de ces éléments n’est autre que Karim Abdel-Salam Mohamad (32 ans), d’origine marocaine, entretenant des relations avec trois soldats des troupes régulières, tous musulmans. L’objectif affiché étant d’obtenir des informations sur les réserves d’armes dans deux bases militaires. Quant aux 10 autres, ce ne sont que des Espagnols appartenant à un groupe nommé le Mouvement salafiste unilatéral.

Ces nouvelles ont ravivé les événements de mars 2004 qui sont encore gravés dans la mémoire du peuple espagnol. Pour eux, c’est un tournant important. Certains ont essayé d’exploiter cette affaire pour confirmer que la véritable appartenance des Espagnols est tournée vers l’Europe, surtout après leur adhésion à l’Union Européenne (UE). Par ailleurs, ils voudraient prouver également qu’ils étaient visés par les groupes islamistes comme le reste des Européens, et que leur longue et ancienne histoire avec les Arabes ainsi que leur culture commune ayant duré 8 siècles n’ont pas arrangé les choses.

Je vois les empreintes de cette culture commune toujours aussi vivantes dans la ville de Cordoue qui est plus accessible si je la compare à mon ancienne visite il y a 5 ans. Et ceci grâce au TGV, train qui fait le trajet de Madrid à Cordoue en 1h40 minutes au lieu de trois heures. J’ai eu l’occasion de visiter la plupart des mosquées du monde, de la Turquie au Maroc, mais la mosquée de Cordoue n’a pas d’égale. Elle a été édifiée par Abdel-Rahmane Ier en 788 et achevée par son fils Hicham qui lui a ajouté le minaret. Les gouverneurs d’Andalousie ont chacun à leur tour fait des ajouts depuis Abdel-Rahmane II jusqu’à Al-Mansour. Toutefois, le mihrab (niche) de Abdel-Rahmane Ier demeure l’un des modèles de l’art islamique les plus sublimes avec sa simplicité classique. Tout ce décor est en contradiction avec la cathédrale catholique qui a été bâtie plus tard au milieu de la mosquée à l’époque de Charles V avec ses ornements dorés qui aveuglent la vue tellement ils sont éclatants.

Si les opérations terroristes que l’Espagne est en train de vivre à l’époque contemporaine insinuent que leurs auteurs ne peuvent en aucun cas appartenir à une civilisation aussi sublime et qu’ils incarnent la culture de la destruction et de l’effusion de sang, la mosquée de Cordoue demeurera, elle, à jamais le témoin de la noblesse et de la grandeur de la civilisation arabo-islamique qui a légué à l’Espagne les plus belles constructions. C’étaient les bâtisseurs de la cathédrale qui avaient démoli ce chef-d’œuvre artistique pour ériger la cathédrale au centre de la mosquée. Charles V, qui s’est rendu pour inaugurer la cathédrale, a prononcé sa phrase célèbre qui exprime son regret en disant : « Vous avez démoli ce qui est d’une beauté inégalée pour construire du déjà vu ».

Le patrimoine arabe en Espagne est témoin d’une civilisation de construction et de prospérité. Madrid, qui est à l’emplacement où se croisaient les eaux des fleuves et des sources, a été édifiée par les Arabes.

Ainsi, on ne peut négliger l’effort de l’Institut égyptien des études islamiques destiné à présenter une réalité culturelle différente de ce qui est diffusé par les groupes islamistes qui se sont infiltrés parmi nous. Dans l’institut édifié par le doyen de la littérature arabe Taha Hussein, au cœur de Madrid, j’ai rencontré le maître des orientalistes espagnols, Pedro Martinez Montabez, professeur de littérature arabe à l’Université d’Autonoma qui a parlé de l’intérêt accordé à notre prix Nobel Naguib Mahfouz au début des années 1960. Il a démontré que c’était à cause du patrimoine culturel commun que l’Espagne a été le premier pays à se rendre compte de la valeur du grand prix Nobel Naguib Mahfouz. Dans le même institut géré par le professeur de littérature espagnole, le Dr Abdel-Fattah Awad, le poète espagnol Fernando De Agrida a lu un de ses poèmes exprimant son amour pour l’Egypte et dont voici un extrait :

J’aime l’Egypte

J’adore sa capitale, Le Caire

Pour une raison en moi

Ce ne sont pas les pyramides éternelles

ni le tourisme passager

qui m’attirent vers cette ville

Mais deux noms et deux images

que le temps n’altérera jamais

Ils ont vécu ensemble dans ma mémoire

Et leurs empreintes ... éternelles dans mon imaginaire ... avec un sentiment d’immortalité

Ce sont mes deux amours : Oum Kalsoum et surtout Naguib Mahfouz

Sa voix retentit avec ses histoires

Je suis ému en pensant aux deux

Bien que l’intérêt accordé à Naguib Mahfouz et à la culture de l’Egypte moderne soit vif dans le reste des pays du monde, on sent toutefois en Espagne le prolongement naturel d’un ancien patrimoine commun. C’est pour cette raison probablement que les traductions des œuvres de Naguib Mahfouz sont en espagnol dans leur majorité. Un nombre qui atteint les 39 livres. Les traductions en français et en anglais prennent les places suivantes.

Néanmoins, malgré ce rapprochement historique et culturel, des événements interviennent pour entraver ce prolongement. A nouveau, les événements sanglants de mars 2003 ont été rouverts avec cette cellule qui a été arrêtée et avec ce qui a été déclenché dans les journaux par l’un des guides de la sécurité lorsqu’il a déclaré avoir mis en garde la police espagnole dans un rapport qu’il a présenté en octobre 2003 contre l’opération de mars 2004, sans que personne ne s’y soucie. D’ailleurs, l’ex-ministre de l’Intérieur, Angel Acibaz, a nié savoir quelque chose sur ce rapport. Mais ces deux événements ont ravivé dans la mémoire des gens non pas le passé dont l’Andalousie est le témoin et le présent que les arabisants espagnols connaissent bien, mais plutôt les événements du 11 mars 2004 qui ont fait 191 victimes parmi des civils innocents. 

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.