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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Soudan . En donnant son accord pour une opération de paix conjointe de l’Onu et de l’Union africaine au Darfour sans pour autant accepter clairement le déploiement de Casques bleus, Khartoum garde une position équivoque et joue la carte du temps.

Le « oui, mais » de Khartoum

Sous peine de devoir faire face à une action coercitive de la communauté internationale, le Soudan a annoncé dimanche avoir accepté une opération de paix de l’Onu et de l’Union Africaine (UA) au Darfour, mais sans accepter clairement la présence de Casques bleus sur le terrain exigée par la communauté internationale. « On ne peut dévoiler la teneur (exacte) de la réponse avant qu’elle n’atteigne son destinataire, qui est M. Annan », a déclaré le chef du département de la paix au ministère des Affaires étrangères soudanais, Sadek Al-Mulki. Mais il a ajouté que « la réponse du gouvernement est une réponse favorable qui est de nature à préparer le terrain, à travers le soutien de l’Onu à la Force africaine, à une solution au conflit du Darfour ». Mulki n’a toutefois pas indiqué clairement si la réponse soudanaise comporte une acceptation du déploiement de Casques bleus, au nombre de 20 000, sur le terrain comme l’exigent notamment les Etats-Unis.

Pour l’instant donc, rien n’est clair quant aux intentions de Khartoum. Cette ambiguïté dans la position soudanaise traduit en fait, selon les observateurs, une simple tactique pour gagner du temps. Auparavant, le Soudan s’était dit prêt uniquement à accepter un soutien logistique de l’Onu à la Force africaine (Amis,) composée de 7 000 hommes, jugée inefficace car mal équipée et sous-financée. Mais Khartoum s’est trouvé face à un choix difficile : accepter une force de l’Onu ou subir d’éventuelles sanctions par la communauté internationale. « Le Soudan veut maintenir son autorité sur la région du Darfour. Mais en même temps, il était obligé d’accepter une force de maintien de la paix. Il a fallu trouver cette formule de force hybride UA-Onu. En acceptant ce principe, Khartoum veut gagner du temps d’autant plus que le délai imposé par les Etats-Unis approche » explique Abdel-Ghaffar Chokr, directeur du Centre des études arabes. En effet, les Etats-Unis avaient affirmé que le Soudan a jusqu’au 1er janvier pour accepter une force de paix de l’Onu au Darfour.

Cependant, cette tactique ne risque pas de suffire pour mettre Khartoum à l’abri. Andrew Natsios, l’émissaire américain pour ce conflit, a en effet indiqué avoir demandé aux autorités soudanaises rencontrées à Khartoum la semaine dernière d’accepter le déploiement avant la fin de l’année au Darfour d’un groupe de 60 représentants de l’Onu actuellement cantonnés dans la capitale. Qui plus est, Washington réclame que les autorités de Khartoum acceptent « par écrit » un plan de l’Onu pour le déploiement de 20 000 Casques bleus au Darfour. « J’ai dit publiquement que faire des menaces n’était pas très productif, mais nous allons avoir une approche différente en janvier et il y a un plan pour faire cela », a déclaré Natsios. « Nous avons besoin de progrès sur le terrain, au Darfour, avant la fin de l’année », a-t-il ajouté, en refusant de parler des alternatives à un refus du Soudan d’un déploiement de forces de l’Onu. Parmi les options disponibles figuraient l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne au Darfour, de sanctions contre le Soudan et d’éventuelles poursuites contre des responsables soudanais pour crimes contre l’humanité.

De l’autre côté, Annan tente d’obtenir un progrès sur ce dossier, avant de quitter ses fonctions début 2007, pour favoriser une solution au Darfour. Annan espère aussi que les émissaires de l’UA et de l’Onu sur le Darfour, respectivement Salem Ahmed Salem et Jan Eliasson parviendront à « une même analyse sur les moyens de résoudre le conflit au Darfour et entameront, dans les plus brefs délais, une médiation entre le gouvernement soudanais et les parties non signataires de l’accord de paix ».

Les violences continuent

Entre-temps, la violence n’a jamais cessé sur le terrain, plusieurs affrontements ont eu lieu la semaine dernière. Samedi dernier, une attaque armée attribuée à des « éléments non identifiés » a causé la mort d’un policier et trois blessés. Cette dernière n’est pas la seule. L’armée soudanaise affirme avoir tué 200 rebelles la semaine dernière en repoussant une attaque massive contre la ville de Kutum, un chiffre qui n’a jamais été annoncé pour une seule opération contre les rebelles du Darfour. C’est la deuxième fois en cinq jours que l’armée soudanaise, qui n’annonce que rarement ses offensives, dit avoir fait face à des rebelles. Elle a affirmé qu’ils appartenaient au Front de salut national, coalition née ces derniers mois de groupes non signataires de l’accord de paix au Darfour.

De leur côté, les rebelles du Darfour ont affirmé avoir notamment tué treize officiers soudanais et abattu deux hélicoptères lors de ces mêmes affrontements.

Mais, le Soudan a affirmé samedi qu’il respectait le cessez-le-feu au Darfour et a attribué les violences actuelles aux non signataires de l’accord de paix signé en mai à Abuja. « C’est le Front national de salut qui commet actuellement les actes de violences en s’attaquant aux positions du gouvernement et du mouvement de Minnawi », a affirmé Al-Mulk. « Nous défendons seulement », a-t-il ajouté. Mulki a toutefois assuré que son gouvernement était prêt à accepter une initiative de la communauté internationale pour une cessation des hostilités à « condition que celle-ci exerce des pressions sur les factions non signataires de l’accord d’Abuja et les incite à choisir la paix et la négociation ».

Maha Salem

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