Soudan .
En donnant son accord pour une opération de paix conjointe de
l’Onu et de l’Union africaine au Darfour sans pour autant
accepter clairement le déploiement de Casques bleus, Khartoum
garde une position équivoque et joue la carte du temps.
Le « oui, mais » de Khartoum
Sous
peine de devoir faire face à une action coercitive de la
communauté internationale, le Soudan a annoncé dimanche avoir
accepté une opération de paix de l’Onu et de l’Union Africaine
(UA) au Darfour, mais sans accepter clairement la présence de
Casques bleus sur le terrain exigée par la communauté
internationale. « On ne peut dévoiler la teneur (exacte) de la
réponse avant qu’elle n’atteigne son destinataire, qui est M.
Annan », a déclaré le chef du département de la paix au
ministère des Affaires étrangères soudanais, Sadek Al-Mulki.
Mais il a ajouté que « la réponse du gouvernement est une
réponse favorable qui est de nature à préparer le terrain, à
travers le soutien de l’Onu à la Force africaine, à une
solution au conflit du Darfour ». Mulki n’a toutefois pas
indiqué clairement si la réponse soudanaise comporte une
acceptation du déploiement de Casques bleus, au nombre de 20
000, sur le terrain comme l’exigent notamment les Etats-Unis.
Pour l’instant donc, rien n’est clair quant aux intentions de
Khartoum. Cette ambiguïté dans la position soudanaise traduit
en fait, selon les observateurs, une simple tactique pour
gagner du temps. Auparavant, le Soudan s’était dit prêt
uniquement à accepter un soutien logistique de l’Onu à la
Force africaine (Amis,) composée de 7 000 hommes, jugée
inefficace car mal équipée et sous-financée. Mais Khartoum
s’est trouvé face à un choix difficile : accepter une force de
l’Onu ou subir d’éventuelles sanctions par la communauté
internationale. « Le Soudan veut maintenir son autorité sur la
région du Darfour. Mais en même temps, il était obligé
d’accepter une force de maintien de la paix. Il a fallu
trouver cette formule de force hybride UA-Onu. En acceptant ce
principe, Khartoum veut gagner du temps d’autant plus que le
délai imposé par les Etats-Unis approche » explique
Abdel-Ghaffar Chokr, directeur du Centre des études arabes. En
effet, les Etats-Unis avaient affirmé que le Soudan a jusqu’au
1er janvier pour accepter une force de paix de l’Onu au
Darfour.
Cependant, cette tactique ne risque pas de suffire pour mettre
Khartoum à l’abri. Andrew Natsios, l’émissaire américain pour
ce conflit, a en effet indiqué avoir demandé aux autorités
soudanaises rencontrées à Khartoum la semaine dernière
d’accepter le déploiement avant la fin de l’année au Darfour
d’un groupe de 60 représentants de l’Onu actuellement
cantonnés dans la capitale. Qui plus est, Washington réclame
que les autorités de Khartoum acceptent « par écrit » un plan
de l’Onu pour le déploiement de 20 000 Casques bleus au
Darfour. « J’ai dit publiquement que faire des menaces n’était
pas très productif, mais nous allons avoir une approche
différente en janvier et il y a un plan pour faire cela », a
déclaré Natsios. « Nous avons besoin de progrès sur le
terrain, au Darfour, avant la fin de l’année », a-t-il ajouté,
en refusant de parler des alternatives à un refus du Soudan
d’un déploiement de forces de l’Onu. Parmi les options
disponibles figuraient l’imposition d’une zone d’exclusion
aérienne au Darfour, de sanctions contre le Soudan et
d’éventuelles poursuites contre des responsables soudanais
pour crimes contre l’humanité.
De l’autre côté, Annan tente d’obtenir un progrès sur ce
dossier, avant de quitter ses fonctions début 2007, pour
favoriser une solution au Darfour. Annan espère aussi que les
émissaires de l’UA et de l’Onu sur le Darfour, respectivement
Salem Ahmed Salem et Jan Eliasson parviendront à « une même
analyse sur les moyens de résoudre le conflit au Darfour et
entameront, dans les plus brefs délais, une médiation entre le
gouvernement soudanais et les parties non signataires de
l’accord de paix ».
Les violences continuent
Entre-temps, la violence n’a jamais cessé sur le terrain,
plusieurs affrontements ont eu lieu la semaine dernière.
Samedi dernier, une attaque armée attribuée à des « éléments
non identifiés » a causé la mort d’un policier et trois
blessés. Cette dernière n’est pas la seule. L’armée soudanaise
affirme avoir tué 200 rebelles la semaine dernière en
repoussant une attaque massive contre la ville de Kutum, un
chiffre qui n’a jamais été annoncé pour une seule opération
contre les rebelles du Darfour. C’est la deuxième fois en cinq
jours que l’armée soudanaise, qui n’annonce que rarement ses
offensives, dit avoir fait face à des rebelles. Elle a affirmé
qu’ils appartenaient au Front de salut national, coalition née
ces derniers mois de groupes non signataires de l’accord de
paix au Darfour.
De leur côté, les rebelles du Darfour ont affirmé avoir
notamment tué treize officiers soudanais et abattu deux
hélicoptères lors de ces mêmes affrontements.
Mais, le Soudan a affirmé samedi qu’il respectait le
cessez-le-feu au Darfour et a attribué les violences actuelles
aux non signataires de l’accord de paix signé en mai à Abuja.
« C’est le Front national de salut qui commet actuellement les
actes de violences en s’attaquant aux positions du
gouvernement et du mouvement de Minnawi », a affirmé Al-Mulk.
« Nous défendons seulement », a-t-il ajouté. Mulki a toutefois
assuré que son gouvernement était prêt à accepter une
initiative de la communauté internationale pour une cessation
des hostilités à « condition que celle-ci exerce des pressions
sur les factions non signataires de l’accord d’Abuja et les
incite à choisir la paix et la négociation ».
Maha Salem