Témoignage.
Dans Doyen, de Beyrouth à Bagdad, trente ans de chroniques, le
journaliste espagnol Tomás
Alcoverro livre son regard sur les
événements qui secouent le Moyen-Orient. Présentation de
l’ouvrage et de l’auteur, en visite au Caire.
Un pont entre deux mondes
Dès
sa sortie en Espagne, le livre de Tomás
Alcoverro El
Decano de Beirut a Bagdad,
treinta anos
de Crónicas (le doyen de Beyrouth
à Bagdad, trente ans de chroniques) est devenu un véritable
document sur les faits survenus dans cette région. Son auteur
accumule dans son bagage un nombre de prix et décorations
comme L’Ordre d’Isabel
la Catholique (Orden de
Isabel la
Catolica), les prix Godo,
Gaziel,
Cirilo Rodriguez et Ortega
et Gasset. Et a également reçu,
récemment, le prestigieux Prix International du journalisme
Manuel Vazquez
Montalban (Premio
Internacional de
Periodismo Manuel
Vazquez
Montalban), considéré comme étant l’un des plus
importants d’Espagne.
Chroniqueur du journal La Vanguardia
et doyen des correspondants vivant au Moyen-Orient,
Tomás
Alcoverro vit à Beyrouth depuis le début des années
1970 et a été témoin des plus grands événements ayant eu lieu
dans la région, comme les 15 années de guerre civile au Liban,
l’invasion d’Israël à Beyrouth en 1982, le carnage de Sabra et
Chatila, puis la guerre entre
l’Iraq et l’Iran, les première et deuxième guerres du Golfe.
Mais ce n’est pas uniquement par sa fine narration des faits
ou par la lucidité avec laquelle il les traite que se
distingue le travail de Tomás
Alcoverro. « Cet ami de Barcelone,
qui vit dans cette fascinante ville de Beyrouth depuis 1972,
s’est transformé en un pont entre les deux mondes et auquel
l’on doit inévitablement avoir recours, si nous ne voulons pas
nous perdre dans le labyrinthe levantin », écrit l’éminente
écrivaine et journaliste espagnole Maruja
Torres dans la préface du livre en ajoutant : « La lecture de
ce livre est comme une promenade dans la mémoire de cette
région, établie par un correspondant qui possède une vision
très singulière de l’évolution des faits et son travail
contribue sans doute à l’éclaircissement de la perception de
nombreux lecteurs. Et ceci, car sa vision claire et limpide
des faits s’oppose aux fausses images et informations niaises
divulguées ailleurs et qui, très souvent, n’ont pour seul
objectif que de confondre les opinions publiques ».
Le livre possède ainsi une valeur inestimable en raison de son
profond compromis avec les valeurs de justice, de vérité,
d’objectivité et d’équilibre, rares
dans la couverture médiatique occidentale des événements ayant
lieu au Moyen-Orient. « Malheureusement, il y a des faits que
l’on ne peut ni traiter ni présenter comme étant équivalents
ou sur un pied d’égalité. J’aime toujours donner comme exemple
la couverture de la dernière guerre entre Israël et le
Hezbollah, l’été dernier. L’on ne pouvait pas comparer la
dimension de la dévastation créée par les attaques
israéliennes sur le Liban avec les dommages créés en Israël
par les roquettes Katioucha du Hezbollah. Pourtant, partout
dans le monde, on les présentait comme étant équivalents »,
explique Tomás
Alcoverro.
Mais au-delà de la valeur géopolitique et historique de El
Decano de
Beirut a Badgad se trouve
sans doute le coté humain de Tomás
Alcoverro traduit dans la
sensibilité de son récit et son style à la fois littéraire et
poétique. Et ses chroniques sont comme un journal quasi épique
d’une région déchirée par un conflit brutal, sordide et
fortement marquée par la souffrance et l’injustice. «
Lorsqu’il s’agit de parler du Moyen-Orient, l’on ne peut pas
compter sur les analyses, car elles n’y durent jamais très
longtemps. Ce qui reste donc, c’est le côté palpable et
concret de la vie et des événements : les personnes et leurs
histoires », conclut l’auteur.
Randa
Achmawi