Al-Ahram Hebdo, Idées |Tomás Alcoverro,  Un pont entre deux mondes
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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Idées

Témoignage. Dans Doyen, de Beyrouth à Bagdad, trente ans de chroniques, le journaliste espagnol Tomás Alcoverro livre son regard sur les événements qui secouent le Moyen-Orient. Présentation de l’ouvrage et de l’auteur, en visite au Caire.  

Un pont entre deux mondes 

Dès sa sortie en Espagne, le livre de Tomás Alcoverro El Decano de Beirut a Bagdad, treinta anos de Crónicas (le doyen de Beyrouth à Bagdad, trente ans de chroniques) est devenu un véritable document sur les faits survenus dans cette région. Son auteur accumule dans son bagage un nombre de prix et décorations comme L’Ordre d’Isabel la Catholique (Orden de Isabel la Catolica), les prix Godo, Gaziel, Cirilo Rodriguez et Ortega et Gasset. Et a également reçu, récemment, le prestigieux Prix International du journalisme Manuel Vazquez Montalban (Premio Internacional de Periodismo Manuel Vazquez Montalban), considéré comme étant l’un des plus importants d’Espagne.

Chroniqueur du journal La Vanguardia et doyen des correspondants vivant au Moyen-Orient, Tomás Alcoverro vit à Beyrouth depuis le début des années 1970 et a été témoin des plus grands événements ayant eu lieu dans la région, comme les 15 années de guerre civile au Liban, l’invasion d’Israël à Beyrouth en 1982, le carnage de Sabra et Chatila, puis la guerre entre l’Iraq et l’Iran, les première et deuxième guerres du Golfe. Mais ce n’est pas uniquement par sa fine narration des faits ou par la lucidité avec laquelle il les traite que se distingue le travail de Tomás Alcoverro. « Cet ami de Barcelone, qui vit dans cette fascinante ville de Beyrouth depuis 1972, s’est transformé en un pont entre les deux mondes et auquel l’on doit inévitablement avoir recours, si nous ne voulons pas nous perdre dans le labyrinthe levantin », écrit l’éminente écrivaine et journaliste espagnole Maruja Torres dans la préface du livre en ajoutant : « La lecture de ce livre est comme une promenade dans la mémoire de cette région, établie par un correspondant qui possède une vision très singulière de l’évolution des faits et son travail contribue sans doute à l’éclaircissement de la perception de nombreux lecteurs. Et ceci, car sa vision claire et limpide des faits s’oppose aux fausses images et informations niaises divulguées ailleurs et qui, très souvent, n’ont pour seul objectif que de confondre les opinions publiques ».

Le livre possède ainsi une valeur inestimable en raison de son profond compromis avec les valeurs de justice, de vérité, d’objectivité et d’équilibre, rares dans la couverture médiatique occidentale des événements ayant lieu au Moyen-Orient. « Malheureusement, il y a des faits que l’on ne peut ni traiter ni présenter comme étant équivalents ou sur un pied d’égalité. J’aime toujours donner comme exemple la couverture de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, l’été dernier. L’on ne pouvait pas comparer la dimension de la dévastation créée par les attaques israéliennes sur le Liban avec les dommages créés en Israël par les roquettes Katioucha du Hezbollah. Pourtant, partout dans le monde, on les présentait comme étant équivalents », explique Tomás Alcoverro.

Mais au-delà de la valeur géopolitique et historique de El Decano de Beirut a Badgad se trouve sans doute le coté humain de Tomás Alcoverro traduit dans la sensibilité de son récit et son style à la fois littéraire et poétique. Et ses chroniques sont comme un journal quasi épique d’une région déchirée par un conflit brutal, sordide et fortement marquée par la souffrance et l’injustice. « Lorsqu’il s’agit de parler du Moyen-Orient, l’on ne peut pas compter sur les analyses, car elles n’y durent jamais très longtemps. Ce qui reste donc, c’est le côté palpable et concret de la vie et des événements : les personnes et leurs histoires », conclut l’auteur.

Randa Achmawi

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