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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Environnement

Aménagement du Territoire. Un projet gouvernemental, encore à l’étude, prévoit d’installer un million de personnes sur le pourtour du lac Nasser d’ici 2017. L’expert égyptien en écologie, Mohamad Abdel-Fattah Al-Qassas, s’en inquiète car il s’agit d’une réserve d’eau stratégique pour le pays.

« Le développement des ressources du lac Nasser doit être basé sur la conservation »

 

Al-Ahram Hebdo : Le Haut-Barrage d’Assouan a créé le lac artificiel Nasser. Quelle est aujourd’hui l’importance de ce lac pour l’Egypte ?

Mohamad Abdel-Fattah Al-Qassas : Pour bien faire comprendre son importance, il faut commencer par citer quelques chiffres. Le lac Nasser mesure 500 km de long, dont 292 km en Egypte. Les 208 km restants appartiennent au Soudan. Ils forment dans ce pays le lac d’Al-Nouba. La largeur du lac varie entre 10 et 30 km. La superficie est de 6 275 km2 : 5 248 km2 pour le lac Nasser et 1 027 km2 pour le lac d’Al-Nouba. Le lac entier est d’une capacité de retenue de 157 milliards de m3 d’eau, soit la seconde au monde après celle du Zambèze (Afrique australe). Le lac Nasser est aussi le seul au monde dans une région si sèche, dont les températures sont très élevées, et les taux d’évaporation importants atteignant 8,1 millimètres en hiver et 16,2 millimètres en été.

Le lac Nasser revêt une importance stratégique pour l’Egypte du fait de sa capacité à retenir l’eau, qui protège l’Egypte et le Soudan des dangers des variations annuelles des ressources en eau du Nil. De plus, le lac occasionne une grande diversité biologique sur son site. Le Nil est sur le parcours d’oiseaux migrateurs. Les derniers recensements révèlent que 200 000 oiseaux passent l’hiver sur le lac. En outre, le lac a créé un environnement sain pour la production du poisson. En 1966, le lac produisait 751 tonnes de poisson, ce chiffre est passé à 34 106 tonnes en 1981. 10 à 15 % de la production de poisson en Egypte provient du lac Nasser. Le lac a de même amélioré les conditions de communication et de transport entre le Soudan (Wadi Halfa) et l’Egypte (Assouan). Il a également amélioré tout ce qui concerne l’agriculture côtière et le développement touristique.

— Le plan gouvernemental de développement du lac prévoit de placer, d’ici à 2017, un million de personnes sur ses rives. Qu’en pensez-vous ?

— Dans le contexte d’un tel plan, et pour garantir un développement durable de ce site, il faut que la gestion du lac et le développement de ses ressources soient basés sur la conservation. Ce n’est pas un secret de dire que l’écosystème du lac a commencé à souffrir car des limites ont déjà été franchies. Il faut aujourd’hui tirer la sonnette d’alarme. La situation est grave : les algues meurent et se décomposent sous la lumière du soleil. Les analyses des échantillons de l’eau du lac révèlent que le nombre de bactéries a augmenté de 1 000 fois en 22 ans (de 1974 à 1996).

— Vous affirmez donc que le projet de développement du lac Nasser est dangereux ?

— Bien sûr, très dangereux. Je le dis et le répète au gouvernement : laissez le lac Nasser tranquille ! Pour réaliser le développement durable qui a été adopté par les conférences internationales de Rio en 1992 et de Johannesburg en 2002, la gestion des ressources doit reposer sur des bases écologiques et environnementales. Le projet de développement du gouvernement aborde plusieurs thèmes comme celui de la préservation de l’eau, la production de l’énergie, la pêche des poissons, les hôtels flottants et les cargos, et enfin l’agriculture côtière.

— Quels genres de dommages ces activités peuvent-elles causer au lac ?

— Ces activités vont engendrer divers dangers écologiques, comme par exemple la détérioration de la qualité de l’eau. Il ne faut pas oublier que tous les lacs égyptiens souffrent de la pollution de l’eau et le lac Nasser est jusqu’à présent le seul à avoir de l’eau propre. La production de ce lac en poisson constitue la ressource essentielle d’exportation de poissons égyptiens. Alors, il faut protéger le lac des polluants, qu’ils viennent de l’irrigation agricole ou des bateaux de croisière. Il est également nécessaire de procéder à des analyses régulières pour suivre les qualités chimique et biologique de l’eau du lac afin de savoir jusqu’à quel point la qualité de l’eau a été influencée par les différentes activités. Personnellement, je suis contre l’agriculture côtière sur le lac car l’agriculture elle-même et les habitations qui l’accompagneront seront des sources de dangers environnementaux qui menaceront à jamais le lac. Quant au développement touristique, le nombre de bateaux de croisière est actuellement limité (6 à 8 unités). Ces croisières figurent parmi les sources de pollution du lac mais celle-ci est contrôlée et suivie de près. Si le nombre de bateaux s’accroît, le danger s’aggravera. Par ailleurs, le nombre des bateaux de pêche sur le lac est aujourd’hui de 2 000, contre 200 il y a quelques années. Ces bateaux n’ont pas d’équipement pour le traitement des déchets. Je peux vous citer aussi la propagation des algues. Ou encore le sable du Désert occidental qui se dirige vers le bassin du lac. La liste des dangers est longue.

— La solution est-elle le renoncement pur et simple au développement du lac ?

— Non, nous voulons encourager son développement, mais de manière raisonnable. De façon à prendre et à donner, en même temps, au lac. J’espère que le gouvernement repensera son plan et qu’il accordera plus d’importance à l’avis des scientifiques qui ne veulent pour l’Egypte que davantage de prospérité.

Propos recueillis par
Dalia Abdel-Salam

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