Iran .
Après de longues tergiversations entre les grandes puissances,
le Conseil de sécurité a finalement adopté des sanctions
contre le pays pour son refus de suspendre ses activités
nucléaires.
Coup dur pour Téhéran
Quatre
mois après l’expiration de la date butoir, le 31 août, fixée à
l’Iran par la résolution 1 696 du Conseil de sécurité, pour
suspendre l’enrichissement d’uranium sous peine de sanctions,
le Conseil de sécurité de l’Onu a fini, samedi, par adopter,
au bout de deux mois de négociations acharnées entre
Occidentaux d’un côté, Russes et Chinois de l’autre, une
résolution sanctionnant l’Iran pour son refus de suspendre ses
activités nucléaires sensibles. Adoptée à l’unanimité, la
résolution 1 737 impose à l’Iran des sanctions économiques et
commerciales dans des domaines soigneusement délimités :
enrichissement d’uranium, retraitement, projets liés aux
réacteurs à l’eau lourde et développement des missiles
balistiques.
Rédigée par les trois pays européens qui négocient avec l’Iran
ce dossier (France, Grande-Bretagne et Allemagne), la
résolution réitère l’exigence maintes fois exprimée par la
communauté internationale que l’Iran suspende immédiatement
ses activités sensibles. Elle avertit Téhéran que le Conseil
sera prêt à prendre d’autres mesures s’il ne s’y conforme pas
dans deux mois. Le Conseil de sécurité de l’Onu réclame un
rapport au chef de l’Agence Internationale de l’Energie
Atomique (AIEA) dans les 60 jours pour savoir si l’Iran s’est
conformé à la résolution. Si Téhéran se conforme à la 1 737,
les sanctions seront suspendues, voire levées.
« Ces sanctions constituent une première défaite pour Téhéran.
La stratégie iranienne, qui misait sur la division des
Occidentaux pour se mettre à l’abri des sanctions, a ainsi
échoué car les Occidentaux ont enfin réussi à surmonter leurs
différends. Même si les sanctions de samedi ne sont pas
sévères, elles sont d’une grande importance car elles ouvrent
la voie à d’autres beaucoup plus efficaces si Téhéran n’arrête
pas ses activités d’enrichissement », affirme le Dr Hicham
Ahmad, professeur à la faculté d’économie et des sciences
politiques, à l’Université du Caire.
En effet, le texte de la résolution adoptée samedi a été
amendé plusieurs fois, depuis sa première mise en circulation
au Conseil de sécurité le 23 octobre, à cause de l’opposition
de la Russie, qui a d’importants intérêts économiques en Iran,
où elle construit notamment la centrale nucléaire de Bouchehr.
Pressés d’aboutir avant Noël, les Européens avaient fait,
jeudi, une concession importante à Moscou en supprimant du
texte une interdiction de voyager à l’étranger, qui devait
viser douze Iraniens liés aux programmes nucléaire et
balistique de leur pays. Cette mesure a été transformée en une
simple restriction aux voyages de ces personnes, beaucoup
moins contraignante, sur l’insistance de la Russie. Aussi,
l’ambassadeur russe à l’Onu, Vitaly Tchourkine, s’est-il
déclaré, samedi, satisfait de la résolution 1 737 : « La
Russie a pris tous les risques dans ses contacts avec la
partie iranienne et ses partenaires au sein du groupe des six
puissances chargées du dossier pour que le problème nucléaire
iranien soit résolu sans recourir aux sanctions.
Malheureusement, nous n’y sommes pas arrivés », a-t-il ainsi
justifié la position de son pays. Selon les analystes, Moscou
ne pourrait rien faire de plus pour sauver Téhéran car il doit
également protéger ses intérêts avec les Occidentaux qui sont
beaucoup plus importants que ceux en Iran : « Ce qui intéresse
la Russie en Iran, c’est le fonctionnement de la centrale de
Bouchehr. Quant à la Chine, ce qui l’intéresse en Iran c’est
le pétrole. Mais, ceci ne signifie pas que le soutien de ces
deux pays à Téhéran sera sans limites car, en fin de compte,
Moscou et Pékin sont contre la possession par Téhéran de
l’arme nucléaire », explique le Dr Hicham Ahmad.
Contrairement à la plupart d’autres pays, de l’Europe à
l’Extrême-Orient, qui ont exprimé leur satisfaction quant à
l’annonce de l’adoption de la résolution 1 737, les Etats-Unis
ont appelé le monde à durcir, de plus en plus, le ton contre
l’Iran, jugeant ces mesures insuffisantes : « Nous ne pensons
pas que cette résolution suffit à elle-même. Nous voulons que
la communauté internationale aille au-delà », affirme le
numéro trois du département d’Etat, Nicholas Burns.
L’Iran minimise la 1 737
Comme prévu, et malgré les sanctions, l’Iran refuse de
fléchir. A peine la résolution était-elle votée, que Téhéran a
affirmé qu’il ne fera pas la moindre concession sur ses droits
nucléaires. Dimanche, le président iranien a qualifié la
résolution du Conseil de sécurité de « morceau de papier » qui
ne pourra pas diviser les rangs du peuple iranien. En première
réponse à la résolution de l’Onu, Téhéran a affirmé, dimanche,
qu’il va entamer l’installation de 3 000 centrifugeuses pour
enrichir l’uranium sur le site nucléaire de Natanz (centre).
L’Iran avait déjà installé deux chaînes de 164 centrifugeuses
à Natanz. « Nous avons dit par le passé que si les Occidentaux
voulaient instrumentaliser le Conseil de sécurité, cela
n’aurait aucune influence sur nous mais nous rendrait plus
déterminés à poursuivre plus rapidement nos objectifs dans le
domaine nucléaire », a affirmé Ali Larijani, le chef des
négociateurs nucléaires iraniens, ajoutant que « l’adpotion de
cette résolution montre que les Occidentaux veulent enlever
toute crédibilité au Conseil de sécurité ». Pour sa part, le
porte-parole des Affaires étrangères, Mohammad Ali Hosseini, a
affirmé, dimanche, que l’Agence Internationale de l’Energie
Atomique (AIEA) ne doit pas s’attendre à ce que l’Iran ait le
même niveau de coopération après le vote par le Conseil de
sécurité d’une résolution lui imposant des sanctions. Déjà, à
la veille de la réunion du Conseil de sécurité, l’intention de
la République islamique était sans illusion. Vendredi, le
président iranien Mahmoud Ahmadinejad a assuré que rien
n’arrêterait l’Iran dans son programme nucléaire : « Les
Etats-Unis et les Européens savent très bien qu’ils ne peuvent
rien faire contre l’Iran et leurs pressions ne feront pas
revenir ce pays en arrière dans sa volonté de se doter
pleinement d’une technologie nucléaire pacifique », a défié M.
Ahmadinejad, ajoutant que l’Occident doit accepter de vivre
avec un Iran nucléaire.
En effet, cet infléchissement iranien était largement attendu
par la plupart des experts politiques qui jugent le régime
iranien « indomptable ». « Il était prévisible que les
sanctions n’ébranlent pas Téhéran. Dès le début de la crise,
ce pays se montre déterminé à poursuivre son objectif malgré
toutes les pressions. En plus, il est très difficile au
président Ahmadinejad de faire marche arrière car il a réussi
à faire du programme nucléaire iranien un objectif national.
Tout recul, à l’heure actuelle, sera jugé par son peuple comme
un relâchement ou une concession impardonnable , ce qui
ruinera sa crédibilité aux yeux de son peuple », analyse
Mohamad Abbass, expert dans les affaires iraniennes au Centre
des Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram (CEPS).
Cela dit, Téhéran doit calmer le jeu car les affaires ont pris
un tournant beaucoup plus dangereux. Même si les sanctions de
samedi sont « symboliques » ou « psychologiques », elles
peuvent ouvrir la voie à d’autres beaucoup plus graves,
allant, peut-être, jusqu’au recours à la force. Une hypothèse
que M. Abbass juge « possible » : « Si Téhéran n’obtempère
pas, les Etats-Unis pourront bien faire de la résolution du
Conseil de sécurité un prétexte légitime pour frapper l’Iran
comme ils l’ont fait en Iraq. Ils pourraient même le frapper
d’une manière unilatérale, sans attendre l’approbation du
Conseil de sécurité comme c’était le cas de l’Iraq », prévoit
M. Abbass, estimant que le régime iranien est désormais
enlisé.
Maha Al-Cherbini