Al-Ahram Hebdo,Monde | Coup dur pour Téhéran
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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Iran . Après de longues tergiversations entre les grandes puissances, le Conseil de sécurité a finalement adopté des sanctions contre le pays pour son refus de suspendre ses activités nucléaires. 

Coup dur pour Téhéran 

Quatre mois après l’expiration de la date butoir, le 31 août, fixée à l’Iran par la résolution 1 696 du Conseil de sécurité, pour suspendre l’enrichissement d’uranium sous peine de sanctions, le Conseil de sécurité de l’Onu a fini, samedi, par adopter, au bout de deux mois de négociations acharnées entre Occidentaux d’un côté, Russes et Chinois de l’autre, une résolution sanctionnant l’Iran pour son refus de suspendre ses activités nucléaires sensibles. Adoptée à l’unanimité, la résolution 1 737 impose à l’Iran des sanctions économiques et commerciales dans des domaines soigneusement délimités : enrichissement d’uranium, retraitement, projets liés aux réacteurs à l’eau lourde et développement des missiles balistiques.

Rédigée par les trois pays européens qui négocient avec l’Iran ce dossier (France, Grande-Bretagne et Allemagne), la résolution réitère l’exigence maintes fois exprimée par la communauté internationale que l’Iran suspende immédiatement ses activités sensibles. Elle avertit Téhéran que le Conseil sera prêt à prendre d’autres mesures s’il ne s’y conforme pas dans deux mois. Le Conseil de sécurité de l’Onu réclame un rapport au chef de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) dans les 60 jours pour savoir si l’Iran s’est conformé à la résolution. Si Téhéran se conforme à la 1 737, les sanctions seront suspendues, voire levées.

« Ces sanctions constituent une première défaite pour Téhéran. La stratégie iranienne, qui misait sur la division des Occidentaux pour se mettre à l’abri des sanctions, a ainsi échoué car les Occidentaux ont enfin réussi à surmonter leurs différends. Même si les sanctions de samedi ne sont pas sévères, elles sont d’une grande importance car elles ouvrent la voie à d’autres beaucoup plus efficaces si Téhéran n’arrête pas ses activités d’enrichissement », affirme le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté d’économie et des sciences politiques, à l’Université du Caire.

En effet, le texte de la résolution adoptée samedi a été amendé plusieurs fois, depuis sa première mise en circulation au Conseil de sécurité le 23 octobre, à cause de l’opposition de la Russie, qui a d’importants intérêts économiques en Iran, où elle construit notamment la centrale nucléaire de Bouchehr. Pressés d’aboutir avant Noël, les Européens avaient fait, jeudi, une concession importante à Moscou en supprimant du texte une interdiction de voyager à l’étranger, qui devait viser douze Iraniens liés aux programmes nucléaire et balistique de leur pays. Cette mesure a été transformée en une simple restriction aux voyages de ces personnes, beaucoup moins contraignante, sur l’insistance de la Russie. Aussi, l’ambassadeur russe à l’Onu, Vitaly Tchourkine, s’est-il déclaré, samedi, satisfait de la résolution 1 737 : « La Russie a pris tous les risques dans ses contacts avec la partie iranienne et ses partenaires au sein du groupe des six puissances chargées du dossier pour que le problème nucléaire iranien soit résolu sans recourir aux sanctions. Malheureusement, nous n’y sommes pas arrivés », a-t-il ainsi justifié la position de son pays. Selon les analystes, Moscou ne pourrait rien faire de plus pour sauver Téhéran car il doit également protéger ses intérêts avec les Occidentaux qui sont beaucoup plus importants que ceux en Iran : « Ce qui intéresse la Russie en Iran, c’est le fonctionnement de la centrale de Bouchehr. Quant à la Chine, ce qui l’intéresse en Iran c’est le pétrole. Mais, ceci ne signifie pas que le soutien de ces deux pays à Téhéran sera sans limites car, en fin de compte, Moscou et Pékin sont contre la possession par Téhéran de l’arme nucléaire  », explique le Dr Hicham Ahmad.

Contrairement à la plupart d’autres pays, de l’Europe à l’Extrême-Orient, qui ont exprimé leur satisfaction quant à l’annonce de l’adoption de la résolution 1 737, les Etats-Unis ont appelé le monde à durcir, de plus en plus, le ton contre l’Iran, jugeant ces mesures insuffisantes : « Nous ne pensons pas que cette résolution suffit à elle-même. Nous voulons que la communauté internationale aille au-delà », affirme le numéro trois du département d’Etat, Nicholas Burns.

L’Iran minimise la 1 737

Comme prévu, et malgré les sanctions, l’Iran refuse de fléchir. A peine la résolution était-elle votée, que Téhéran a affirmé qu’il ne fera pas la moindre concession sur ses droits nucléaires. Dimanche, le président iranien a qualifié la résolution du Conseil de sécurité de « morceau de papier » qui ne pourra pas diviser les rangs du peuple iranien. En première réponse à la résolution de l’Onu, Téhéran a affirmé, dimanche, qu’il va entamer l’installation de 3 000 centrifugeuses pour enrichir l’uranium sur le site nucléaire de Natanz (centre). L’Iran avait déjà installé deux chaînes de 164 centrifugeuses à Natanz. « Nous avons dit par le passé que si les Occidentaux voulaient instrumentaliser le Conseil de sécurité, cela n’aurait aucune influence sur nous mais nous rendrait plus déterminés à poursuivre plus rapidement nos objectifs dans le domaine nucléaire », a affirmé Ali Larijani, le chef des négociateurs nucléaires iraniens, ajoutant que « l’adpotion de cette résolution montre que les Occidentaux veulent enlever toute crédibilité au Conseil de sécurité ». Pour sa part, le porte-parole des Affaires étrangères, Mohammad Ali Hosseini, a affirmé, dimanche, que l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) ne doit pas s’attendre à ce que l’Iran ait le même niveau de coopération après le vote par le Conseil de sécurité d’une résolution lui imposant des sanctions. Déjà, à la veille de la réunion du Conseil de sécurité, l’intention de la République islamique était sans illusion. Vendredi, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a assuré que rien n’arrêterait l’Iran dans son programme nucléaire : « Les Etats-Unis et les Européens savent très bien qu’ils ne peuvent rien faire contre l’Iran et leurs pressions ne feront pas revenir ce pays en arrière dans sa volonté de se doter pleinement d’une technologie nucléaire pacifique », a défié M. Ahmadinejad, ajoutant que l’Occident doit accepter de vivre avec un Iran nucléaire.

En effet, cet infléchissement iranien était largement attendu par la plupart des experts politiques qui jugent le régime iranien « indomptable ». « Il était prévisible que les sanctions n’ébranlent pas Téhéran. Dès le début de la crise, ce pays se montre déterminé à poursuivre son objectif malgré toutes les pressions. En plus, il est très difficile au président Ahmadinejad de faire marche arrière car il a réussi à faire du programme nucléaire iranien un objectif national. Tout recul, à l’heure actuelle, sera jugé par son peuple comme un relâchement ou une concession impardonnable , ce qui ruinera sa crédibilité aux yeux de son peuple », analyse Mohamad Abbass, expert dans les affaires iraniennes au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram (CEPS).

Cela dit, Téhéran doit calmer le jeu car les affaires ont pris un tournant beaucoup plus dangereux. Même si les sanctions de samedi sont « symboliques » ou « psychologiques », elles peuvent ouvrir la voie à d’autres beaucoup plus graves, allant, peut-être, jusqu’au recours à la force. Une hypothèse que M. Abbass juge « possible » : « Si Téhéran n’obtempère pas, les Etats-Unis pourront bien faire de la résolution du Conseil de sécurité un prétexte légitime pour frapper l’Iran comme ils l’ont fait en Iraq. Ils pourraient même le frapper d’une manière unilatérale, sans attendre l’approbation du Conseil de sécurité comme c’était le cas de l’Iraq », prévoit M. Abbass, estimant que le régime iranien est désormais enlisé.

Maha Al-Cherbini

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