Al-Ahram Hebdo, Bilan Egypte | Tensions sur tous les fronts
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Bilan Egypte

Bilan 2006. Gel des réformes, accidents en série, bras de fer entre l’Etat et les magistrats, opposition laminée ... Les lendemains des élections 2005 déchantent.

Tensions sur tous les fronts
Serial Titanic

Avec le naufrage du ferry Al-Salam et la collision des deux trains à Qalioub au sud du Caire, l’année 2006 aura été indéniablement celle des catastrophes. La nuit du 3 au 4 février, le ferry Al-Salam 98 avec plus de 1 400 personnes à bord, effectue la liaison entre Djeddah en Arabie saoudite et le port égyptien de Safaga lorsque soudainement vers 1h du matin toute liaison avec l’appareil est interrompue. La réaction des autorités est trop lente et il aurait fallu quelque temps avant de réaliser qu’une tragédie venait de se produire. Le ferry avait coulé en mer Rouge faisant 1 033 victimes et 385 blessés. La majorité des passagers étaient des Egyptiens de la Haute-Egypte, travaillant en Arabie saoudite et au Koweït. Problème technique ou erreur humaine ? Y a-t-il eu négligence de la part de l’équipage ou des autorités ? L’accident alimente les interrogations et tandis que l’enquête se met péniblement en place, on apprend le lendemain du drame, que Mamdouh Ismaïl, propriétaire de la compagnie Al-Salam qui gère le ferry s’est envolé pour Londres. L’opinion publique est en colère et c’est la cas également de la presse.

Deux enquêtes menées par une commission parlementaire et par le bureau du procureur général socialiste, révèlent des défaillances en matière de maintenance et de sécurité à bord du ferry naufragé, alors que l’enquête menée par le procureur général a innocenté le propriétaire faisant porter la responsabilité de la catastrophe au capitaine du ferry, tué dans l’accident.

Le dossier sera clos quelques semaines plus tard. Les familles des victimes ont reçu une indemnisation de la compagnie Al-Salam, chaque famille de victime a reçu 300 000 L.E. et chaque rescapé 50 000 L.E.

Mais à peine ce dossier venait-il d’être clos qu’une autre catastrophe allait frapper l’Egypte. Le 21 août deux trains l’un venant de Mansoura et l’autre de Banha, dans le Delta, entrent en collision à Qalioub, à 20 km au nord du Caire. Bilan : une soixantaine de morts et 140 blessés, la plupart appartenant aux couches sociales les plus défavorisées.

Les deux catastrophes ont révélé la négligence et le laisser-aller, caractéristiques des responsables des services de transport. Le manque de financement, la détérioration des infrastructures, mais surtout l’absence de mesures punitives contre les fonctionnaires et hauts responsables fautifs sont à la base de ce genre d’accidents. « Le problème est loin d’être celui du secteur des transports, la négligence et la corruption frappent tous les domaines et tous les services offerts aux citoyens, et tant que cette situation perdurera, il ne faudra pas s’attendre à trouver une solution », commente Hussein Abdel-Razeq, du parti du Rassemblement.

Le phénomène

Talaat Al-Sadate

A l’occasion de la commémoration de la disparition du président Anwar Al-Sadate, assassiné le 6 octobre 1981, le député Talaat Al-Sadate, neveu de l’ex-président, avait accusé la haute hiérarchie militaire d’être impliquée dans l’assassinat de son oncle. « Le raïs a bel et bien été exécuté » avait-il déclaré sur une chaîne de télévision. « C’était un coup d’Etat monté par ses plus proches collaborateurs, les islamistes n’étant que des exécutants », avait-il déclaré. Talaat avait réclamé aussi l’ouverture d’une enquête parlementaire sur la mort de son oncle, faute de quoi il envisageait de diligenter une enquête internationale, comme pour l’assassinat de Rafiq Hariri, l’ancien premier ministre libanais. Il a également incriminé Américains, Israéliens et certains dirigeants arabes. Suite à ces propos, Al-Sadate avait été arrêté et déféré devant la justice militaire qui l’a condamné à un an de prison ferme pour « humiliation des forces armées ». Plusieurs députés ont déclaré leur solidarité avec Talaat, notamment le groupe des 88 députés islamistes qui ont publié un communiqué appelant le président Moubarak à annuler le verdict. Sans être forcément de l’avis du député qui purge sa peine, des députés indépendants ainsi que plusieurs organisations de droits de l’homme ont regretté le fait que la loi donne au président de la République l’autorité de faire juger une personne civile devant un tribunal militaire. L’affaire Sadate a suscité une réflexion sur l’amendement de cette loi .

Gamal en première ligne

L’année 2006 a noté le quatrième congrès général du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir). Le 19 Septembre, 2 800 membres du PND se sont réunis pour trois jours à l’occasion du quatrième congrès du parti organisé sous le slogan « Nouvelle pensée et nouveau départ vers l’avenir ». Le congrès a été précédé par une importante campagne de publicité visant à améliorer l’image du parti en se « rapprochant » des simples citoyens.

Mais le congrès a été surtout marqué par une présence intensive de Gamal Moubarak, président du puissant comité des politiques et fils du président de la République. Eclipsant les autres cadres du PND, Gamal est apparu dans toutes les séances publiques multipliant les discours et les conférences de presse. Il s’est exprimé sur la politique étrangère rejetant la vision du grand Moyen-Orient prônée par les Américains et a évoqué d’autres questions sensibles comme l’ambition de l’Egypte d’acquérir l’énergie nucléaire civile. De quoi renforcer son image d’axe central du parti. Le dossier des réformes constitutionnelles qui devait être la pierre angulaire du congrès a été brièvement abordé dans le discours de clôture prononcé par le président Moubarak.

« On ne peut voir dans ce congrès qu’une simple propagande pour le PND », estime Diaa Rachwane, du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Après ce congrès, le PND a préféré examiner le dossier de la réforme « à huis clos » .

La grogne des juges

Lancée l’an dernier, la bataille des juges pour obtenir leur indépendance s’est poursuivie en 2006. Le bras de fer a continué entre les juges, représentés par leur Club, et le gouvernement, représenté par le ministère de la Justice. La comparution des deux juges Mahmoud Mékki et Hicham Al-Bastawissi, devant un conseil de compétence pour avoir dénoncé publiquement des cas de fraude lors des élections législatives de 2005, a provoqué des manifestations de soutien au centre du Caire, des manifestations qui, d’ailleurs, ont été sévèrement réprimées par la police. Les juges ont cru enregistrer une victoire partielle quand le Parlement a promulgué une nouvelle loi sur l’autorité judiciaire sous l’ex-ministre de la Justice, Mahmoud Aboul-Leil. Mais le remplacement de celui-ci par le ministre actuel, Mamdouh Mareï, a été perçu comme un signe de mauvais augure par l’ensemble des juges. Un pessimisme qui s’est avéré bien justifié, puisque dès son arrivée, le nouveau ministre n’a pas tardé à bloquer le budget des clubs des juges. Depuis, des rumeurs ont circulé sur un nouveau projet de loi visant à placer le Club des juges, apparenté à un syndicat, sous la tutelle du ministère.

« L’indépendance de la justice reste inachevée et le chemin est encore long », estiment les juges militants. De leur côté, ils ont commencé  à élaborer une nouvelle loi, plus ambitieuse que celle mijotée dans la cuisine du ministère, quant à l’indépendance de la justice .

Haro sur la grippe aviaire

Depuis l’annonce de la découverte de virus H5N1 en Egypte, l’état d’alerte a été déclaré dans tous les gouvernorats. Un comité national de lutte contre la grippe aviaire a été formé de représentants des ministères concernés ainsi que de spécialistes. Il avait le rôle de lutter contre cette épidémie. Plusieurs mesures ont été prises : abattre toutes les volailles se trouvant à proximité des zones où ont été trouvés des échantillons de tests positifs, l’arrêt de la vente et le transport des oiseaux d’intérieur et la fermeture de tous les magasins de vente des volatiles. Les mesures d’abattage, les restrictions prises par les autorités et la peur des consommateurs ont d’ores et déjà provoqué de pertes quotidiennes de 10 millions de livres égyptiennes. Aussi plusieurs activités ont été affectées par le virus et des milliers ont perdu leur gagne-pain. Ainsi les éleveurs et commerçants ont manifesté devant l’Asssemblée du peuple pour demander au gouvernement de leur trouver une solution. Celui-ci a promis des indemnisations tout en appelant les médias à assumer leur responsabilité dans la sensibilisation.

Le grand retour de Maximos

En juillet 2006, le prêtre dissident Maximos Ier, alias Max Michel, a annoncé la fondation de sa propre église. Ses problèmes avec l’église mère datent de plusieurs décennies. Alors qu’il faisait des études de théologie dans l’école du clergé, ses critiques ininterrompues contre la hiérarchie ecclésiastique, lui ont valu l’interdiction de prêcher parmi les fidèles. Lorsque les pressions se sont accentuées, il a décidé de se tourner vers une autre église orthodoxe susceptible de lui donner plus de liberté. Après des années passées aux Etats-Unis, il a ressurgi avec sa nouvelle congrégation « parallèle » à l’église copte.

Si Maximos et sa pensée ont été refusés par les milieux coptes, son affaire a ouvert le débat sur la démocratisation de l’église de sorte à tolérer les différences. Pas question pour le moment .

Confessions à couteaux tirés

Le mois d’avril a témoigné d’un triple attentat à l’arme blanche contre les fidèles de trois églises d’Alexandrie. Bilan, un mort et cinq blessés. Le criminel, un « déséquilibré mental » selon la police, est âgé de 25 ans. Il a fait irruption dans trois églises, l’une à la suite de l’autre, avant d’être arrêté. Suite à cette attaque des affrontements sanglants ont eu lieu entre coptes et musulmans dans la ville, faisant un mort et de nombreux blessés. Ces événements ont fait craindre le spectre du retour des affrontements des années 1970. Officiellement, pourtant, l’affaire a été considérée comme un acte insignifiant et isolé, qui plus est, l’œuvre d’un « déséquilibré mental » .

Le scoop présidentiel

Sous le soleil brûlant d’un jour d’été, des dizaines de journalistes défilent dans les rues du centre-ville en direction du syndicat. Toujours pancartes à la main et aux cris : « Nous voulons une presse libre ». Le Parlement est en train de débattre un nouveau projet de loi sur la publication, stipulant la peine de prison pour les cas d’atteinte à l’intégrité financière. Ce jour-là, 28 journaux se sont éclipsés en signe de protestation contre l’adoption de la nouvelle loi qui n’est plus qu’une affaire de temps. Coup de théâtre : le président Moubarak intervient et demande l’annulation de l’article en question.

Les journalistes se gardent de tout triomphalisme : s’ils viennent de marquer une victoire, la nouvelle loi adoptée n’éloigne pas le spectre de la prison qui guette les journalistes, notamment ceux qui osent porter atteinte au président de la République, à un chef d’Etat étranger, aux institutions publiques, aux forces armées, au pouvoir judiciaire ... La liste est longue, aussi longue que le combat pour la liberté de la presse.

L’opposition en déroute

2006 aura vu le parti Néo-Wafd connaître ses jours les plus difficiles depuis son retour à la scène politique en 1984. Avril : Le siège du parti se transforme en un vrai champ de bataille. 23 personnes ont été blessées par balles au cours d’affrontements entre les partisans de Noamane Gomaa, président du parti démis de ses fonctions, et ceux de son successeur Mahmoud Abaza. Les partisans fervents envahissent le siège du parti, armés de barres de fer et de bâtons, voire de pistolets. Le siège du parti est saccagé et une aile entière du bâtiment a brûlé. « L’origine du problème réside dans la difficulté de créer un parti, ceci amène les clans rivaux au sein des partis à entrer en conflit dans l’espoir d’évincer l’adversaire au lieu de faire scission, car créer un parti est un vrai parcours du combattant », estime Gamal Fahmi membre du conseil du Syndicat des journalistes. D’autres, comme le chercheur Amr Hachem, pointent du doigt les machinations d’un gouvernement qui veut voir imploser un à un les partis d’opposition . 

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