BILAN 2006
Mauvaise récolte
D’une année à l’autre, le gouvernement traîne les mêmes problèmes avec un
effet boule de neige. Pour s’en sortir en 2007, il devra conforter la
croissance et la réorienter au profit des plus pauvres, dompter une inflation
galopante et créer un demi-million d’emplois.
Une croissance en trompe-l’œil
Un taux de croissance de 6,9 %,
une augmentation de 56 % des exportations non pétrolières, un taux de
croissance industrielle de 7,2 %, telles ont été les manchettes des pages
économiques de la presse nationale, la semaine dernière. Fier de ses
réalisations au niveau économique cette année, le gouvernement semble oublier
qu’avant de célébrer ces chiffres, il faut une analyse plus précise de leur
signification.
Oui, il s’agit du meilleur taux
de croissance jamais enregistré en Egypte depuis 15 ans, comme s’en est vanté
Ahmad Nazif, le premier ministre, lors de la présentation du bilan du
gouvernement devant le Parlement, la semaine dernière. Et cela contre 4,6 % en
2004/2005 et 4,1 % un an auparavant et 3,2 % les deux précédentes années. Mais
lorsqu’on parle de croissance, il s’agit d’une croissance durable et soutenue
qui pourra mener à une avancée notable de l’économie d’un pays ainsi qu’à une
amélioration du niveau de vie des citoyens. Or, ce n’est pas le cas de
l’Egypte, selon Samir Radwane, directeur du Forum des études économiques. « Il
faut maintenir ce taux de croissance pendant 10 années consécutives pour
réaliser ces objectifs », assure-t-il. Il rappelle le temps du règne d’Anouar
Al-Sadate, où l’Egypte a connu des taux de croissance de 12 % pendant quelques
années, accompagnés toutefois d’une propagation de la pauvreté car cette
croissance était basée sur la spéculation et la croissance de secteurs non
productifs.
En passant en revue les facteurs
qui ont mené à cette hausse considérable de la croissance économique du pays,
on trouve en tête de liste la croissance du secteur pétrolier, plus précisément
les exportations de gaz naturel. En effet, ce secteur, à savoir celui des
extractions, selon les termes du rapport de la Banque Centrale d’Egypte (BCE),
a connu une augmentation de 20,8 % par rapport à l’année précédente. « Les
exportations du gaz naturel ont contribué à elles seules à une augmentation de
1 % du PIB », assure Samir Radwane. Donc le premier facteur de cette croissance
est dicté par la hausse des prix internationaux du pétrole. « Un facteur dont
le gouvernement ne doit pas se vanter, car il n’a pas œuvré à le réaliser »,
ironise Ibrahim Al-Essawi, économiste. Et d’ajouter que le gouvernement ne doit
pas non plus être fier d’avoir exporté de grandes quantités de Gaz Naturel
Liquéfié (GNL). « On exporte une source d’énergie épuisable, certains estiment
que le pétrole s’épuisera en Egypte d’ici 10 ans et le gaz naturel dans une
trentaine d’années. Même si ces estimations sont pessimistes, elles restent
valables », explique Ibrahim Al-Essawi.
Déjà, des membres du
gouvernement critiquent les grandes exportations de gaz naturel.
Le ministre de l’Investissement
est lui-même contre cette mesure et plaide pour sa révision. En outre, l’Egypte
a signé plusieurs contrats d’exportation de gaz naturel à long terme. Ce qui
fait qu’elle en perd beaucoup.
« Le gouvernement a signé des
contrats d’exportation de GNL pour 20 ans à 3 dollars le m3 et le lendemain,
les prix sont passés à 5 dollars. La Russie, par exemple, ne signe que des
contrats d’un an », déplore Samir Radwane.
L’autre secteur qui a témoigné
d’une croissance notable est celui de la construction, avec 14 %. Un secteur là
encore non productif. « On ne peut pas créer une vraie croissance en se basant
sur la construction de logements de luxe, d’hôtels et de cités balnéaires »,
commente Al-Essawi. Ce secteur a été suivi de celui des télécommunications, qui
a connu une augmentation de 10,3 %, et les revenus du Canal de Suez, qui ont
augmenté de 9,4 %. On reste toujours loin des secteurs de la production
industrielle sur laquelle on peut tabler pour créer une croissance durable et
influente. Son taux de croissance a aussi augmenté, ce qui est positif, mais il
reste encore faible.
En revanche, les exportations
non pétrolières ont connu une vraie hausse. Ce qui peut vraiment être considéré
comme un plus pour l’économie égyptienne. « Beaucoup d’entreprises étrangères
souhaiteraient fabriquer certains composants de leurs produits en Egypte. Le
QIZ a aussi contribué à cette hausse des exportations. Des secteurs, comme ceux
de l’agroalimentaire et du textile, commencent à s’épanouir », assure Samir
Radwane.
« Un vrai développement présume
un taux de croissance industriel une fois et demie supérieur au taux de
croissance », insiste Al-Essawi.
Marwa Hussein
Illusoire baisse du chômage
Fin 2006, le ministre du
Développement économique, Osmane Mohamad Osmane, s’est félicité des bons chiffres
du chômage, passés de 11,7 % en 1998 à 7,8 % en 2006. Selon lui, cette baisse
est due à une hausse de la croissance qui a atteint 7,1 %. Selon une très
récente enquête sur le marché du travail en Egypte, menée par le Forum de
recherches économiques (ERF), en coopération avec le Conseil de la population
et de l’aide technique et l’Organisme central de mobilisation publique et des
statistiques (Capmas), l’emploi de la main-d’œuvre a augmenté et le nombre
absolu de chômeurs est actuellement de 2 millions, contre 2,4 en 1998. Mais
Ragui Asaad, président du Conseil de la population et coordinateur de
l’enquête, signale que chaque personne travaillant au moins une heure par
semaine est considérée comme employée. Il a de même inclus dans son compte les
employés du secteur informel. Et d’ajouter : « La grande majorité des diplômés
ne ressentent pas une telle amélioration. Le taux de chômage dans le
Grand-Caire n’a pas baissé. Il a même augmenté chez les hommes ». Il ajoute
qu’il est vrai que les diplômés obtiennent aujourd’hui leur premier emploi plus
vite qu’autrefois, mais cela n’est pas le plus important. Car de quel genre
d’emploi s’agit-il et à quel salaire est embauché le diplômé ? Quelles sont ses
conditions de travail ? « En Egypte, un nouveau phénomène commence à apparaître
et à se renforcer : les employés en dessous du seuil de pauvreté », avertit
Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie à l’Université du Caire.
Ce qui est vrai. Selon l’indice
de la qualité de travail 2005 de l’Organisation Internationale du Travail
(OIT), l’Egypte est très mal classée, comparée à la région de l’Asie de l’Est
et du Pacifique, de l’Amérique Latine ou encore des pays de l’Europe de l’Est. Il
faut dire que les emplois créés ces huit dernières années l’ont été
majoritairement dans les régions rurales et dans le secteur informel. « Ces
emplois sont caractérisés par des bas salaires, et une absence d’assurances
sociales et de santé. Les employés sont privés de leurs congés annuels et même
de contrats de travail », affirme Abdel-Khaleq.
Pour sortir de cette
problématique, comme l’affirme Aliya Al-Mahdi, professeure d’économie à
l’Université du Caire, la croissance du secteur industriel est la seule
solution. « Celle-ci doit au moins être de 7 ou 8 % par an, contre 4,5 %
actuellement pour absorber la main-d’œuvre croissante », précise-t-elle. Ce
secteur industriel a absorbé 27,3 % de l’ensemble de la main-d’œuvre du secteur
privé non agricole en 2006, alors que cette part était de 32,3 % en 1998. Cela
lui permettrait de juguler les mauvais emplois, et mettrait fin à sa douce
symphonie de la réduction (illusoire) du chômage.
Dahlia Réda
Le cercle vicieux de la dette intérieure
Le gouvernement a emprunté en
une seule année 511 milliards de L.E. Cette somme dépasse de loin l’ensemble de
tout ce que le pays produit en un an.
La dette intérieure de 435
milliards de L.E. en 2005 est passée à 511 milliards de L.E. Soit une hausse de
17,5 %. Pourquoi le gouvernement a-t-il développé cette mauvaise habitude
d’emprunter des sommes énormes ? Pour pouvoir couvrir les dépenses, qui
dépassent de loin les revenus. « Sinon comment pourrions-nous subventionner
l’enseignement, la santé et les revenus des démunis ? », s’est défendu le
ministre des Finances, Youssef Boutros-Ghali, devant la commission du budget et
du plan du Parlement.
Argument réfuté par Abdallah
Chéhata, professeur assistant à l’Université du Caire. Chéhata considère que
l’endettement public a une dimension sociale, mais inverse. Il est considéré
comme une redistribution des revenus, mais vers les plus riches. En fait, le
gouvernement emprunte ces sommes auprès des banques et des institutions
financières égyptiennes, dans lesquelles les plus aisés déposent leur argent. Et
pour s’endetter, le gouvernement est obligé de payer des intérêts, qui
représentent, à eux seuls, le quart des dépenses du dernier exercice financier.
« C’est-à-dire que le gouvernement prive la population du quart du budget
chaque année, pour pouvoir rembourser les intérêts de sa dette intérieure. Imaginez
ce que peuvent faire 50 milliards de L.E. de plus par an alloués aux secteurs
de la santé ou de l’enseignement », explique Chéhata.
Gawdate Al-Malte, président de
l’Agence Centrale des Comptes (ACC), accuse de sa part le gouvernement de
gaspillage des fonds publics. Selon les chiffres de cette haute instance de
surveillance, le tiers de la dette intérieure en 2005-2006 a été allouée au
remboursement de la dette intérieure de l’année précédente. C’est-à-dire que le
gouvernement est piégé dans un cercle vicieux, s’endettant pour rembourser ses
dettes. « Et là, il faut tirer une sonnette d’alarme », dit Al-Malte. Avis
partagé par Osmane Mohamad Osmane, ministre du Développement économique. Gouvernement
contre gouvernement ? Oui, et pour Al-Malte, c’est très sérieux, surtout que
les chiffres révélés par le ministère des Finances diffèrent de ceux de l’ACC. Mais
le premier pas du remède n’est-il pas la formulation d’un bon diagnostic de la
maladie ?
Pire encore, comme le révèle
Al-Malte, les organismes publics ont dépassé leurs budgets annuels de 8
milliards de L.E. sans autorisation du Parlement, ce qui est illégal. « Ces
sommes dépensées hors budget ne sont pas basées sur des études de faisabilité,
et dans la plupart des cas sont versées dans des projets inutiles »,
lance-t-il. « Les primes des fonctionnaires ne sont pas distribuées aux petits
fonctionnaires, mais plutôt à une minorité de hauts responsables fortunés »,
renchérit-il.
En fait, la dette publique
égyptienne est le double de la moyenne de celles des pays en développement. Et,
pour Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie à l’Université du Caire, elle va
encore augmenter si le gouvernement ne revoit pas sa politique financière et
monétaire actuelle. Et ce, selon une étude qu’il a effectuée en septembre 2006.
Gouda prouve que la dette intérieure augmente tant que le déficit du budget de
l’Etat persiste. Ce qui est le cas en Egypte, caractérisée par un déficit entre
2 et 3 %, depuis la fin des années 1990. De plus, la dette est également
poussée à la hausse si les taux d’intérêts dépassent ceux de la croissance, ce
qui est aussi le cas depuis la fin des années 1990.
Salma Hussein
Pauvreté, le talon d’Achille
Si l’Etat a réussi à améliorer
la croissance de 6,9 % cette année, il n’a pas réussi à réduire la pauvreté. Selon
les chiffres officiels, 20 % de la population égyptienne vit actuellement en
dessous du seuil de pauvreté (l’opposition parle de 40 %). Une autre tranche de
20 %, appartenant à la classe moyenne, est plus que jamais vulnérable, selon
une étude non publiée de la Banque Mondiale (BM).
Selon la même étude, si le
pouvoir d’achat de cette classe ne baisse que de 1,2 L.E. par mois, le nombre
de pauvres devrait doubler pour atteindre 30 millions de personnes. Par
ailleurs, la même étude prouve que la croissance qui est annoncée tous les ans
depuis 6 années n’a profité qu’aux riches et a accentué les disparités sociales
entre les Egyptiens.
Une autre étude réalisée par le
Centre égyptien des études économiques (ECES) plaide pour une modification de
la politique des dépenses publiques pour éliminer ce fossé et réduire la
pauvreté, et pour une révision de la politique des subventions qui profite à
tout le monde, même à ceux qui n’en ont pas besoin, et qui a prouvé son
inefficacité. En effet, selon l’étude, près de 13,6 millions de personnes n’ont
pas accès aux produits de première nécessité.
« Pour réduire cette disparité,
l’Etat doit modifier le système des subventions et celui des impôts sur le
revenu. La nouvelle loi sur les impôts a réduit les catégories de
contribuables. On devrait avoir des catégories plus diversifiées. De même, les
taxes, comme la TVA, augmentent de plus en plus, ce qui représente plus de
pression sur les pauvres », souligne Ibrahim Al-Essawi, économiste.
Des chiffres inquiétants qui, en
partie, illustrent les effets de la politique de libéralisation menée par le
gouvernement depuis les années 1990. Alors que le développement du secteur
privé était censé créer plus d’emplois, le taux de chômage atteint, selon les
chiffres officiels, 7,8 %. Les chômeurs et les travailleurs indépendants,
notamment ceux qui travaillent seuls, sont particulièrement touchés par la
pauvreté.
Le sud de l’Egypte est la région
la plus touchée par la pauvreté. Selon l’étude du Centre égyptien des études
économiques, plus de 60 % des pauvres se trouvent dans cette région. La
pauvreté demeure concentrée dans les zones rurales, en Haute-Egypte en
particulier : son incidence y est près de 2 fois plus élevée que dans les zones
rurales du sud de l’Egypte. « La pauvreté s’est stabilisée dans des régions
mais elle a augmenté dans le sud de l’Egypte. Les pauvres dans ces villages
n’ont pas accès aux services de première nécessité ni à l’aide directe du
ministère des Affaires sociales. Une large tranche de ces habitants n’ont même
pas de carte d’identité », souligne Sahar Nasr, économiste à la BM.
Résultat des courses : les 40 %
de la population qui travaillent dans l’agriculture émigrent vers Le Caire pour
chercher du travail. Ces agriculteurs, dont les salaires sont réduits, finissent
par travailler dans le secteur informel. Raison pour laquelle l’étude de l’ECES
plaide pour un soutien du secteur agricole afin d’augmenter sa productivité et
de réduire la pauvreté du sud. Malheureusement, le sud de l’Egypte n’a pas
encore réussi à gagner l’intérêt du gouvernement. Selon la Banque mondiale, 85
% du budget de l’Etat est consacré au Caire, alors que les gouvernorats ne
reçoivent qu’un pourcentage médiocre variant entre 15 et 17 %. Selon Sahar
Nasr, la politique des dépenses publiques du gouvernement doit changer afin de
consacrer une plus grande part aux autres gouvernorats de la République. « Le
gouvernement doit établir les infrastructures nécessaires en Haute-Egypte et
dans les zones rurales afin d’attirer les investissements à même d’améliorer la
situation des habitants de cette région », assure-t-elle.
Avis partagé par Samir Radwane,
président du Centre économique pour les recherches (ERF). Il assure que la
seule solution pour s’attaquer à la pauvreté est de créer de nouveaux emplois. Mais
les investissements ne font pas de miracle. L’Etat doit élaborer une politique
claire dans tous les secteurs du travail.
La seule réalité est qu’en
attendant que le gouvernement s’attaque à la pauvreté, la misère pèse de plus
en plus sur les Egyptiens. Jusqu’à quand ?
Ibtessam Zayed
L’inflation sans plafond
Les prix ne cessent d’augmenter.
Biens et services, rien n’échappe à la flambée. Ce cycle infernal a gagné de
l’ampleur en juillet dernier et ne ralentit pas depuis. Depuis cette date, il y
a aussi les carburants (essence, gasoil et gaz naturel), puis les moyens de
transport qui ont augmenté de 20 à 30 %. Les tarifs routiers ont également
doublé. L’électricité, l’eau. Tout. L’indice des prix des consommateurs, comme
l’a signalé le ministre du Développement économique, Osmane Mohamad Osmane, est
passé de 8 % en juillet dernier à 11,8 % en novembre, dépassant ainsi les
prévisions de 10 % maximum en fin d’année. Le taux d’inflation est passé ainsi
de 7,1 % en 2005 à 7,8 en 2006.
En ce moment même, les prix
grimpent encore davantage, car la demande augmente avec l’arrivée du grand
Baïram et des festivités du Nouvel an. Cela s’observe surtout dans les denrées
alimentaires et l’électroménager. Selon des experts, l’inflation sera d’au
moins 25 % l’année prochaine, ce que les chiffres officiels sont loin de
refléter. Pour Omniya Helmi, spécialiste au Centre des études économiques
(ECES), ces derniers ne montrent que la tendance. C’est-à-dire que les taux
officiels ne reflètent qu’une part de l’énorme hausse. Un expert économique
interrogé par l’Hebdo donne, sous couvert de l’anonymat, une explication à cela
: « Pour mesurer le taux d’inflation, le gouvernement adopte un panier. Il
tient compte de plusieurs critères : le poids de chaque élément du panier, la
nature, le prix, etc. Mais il semble que le choix fait par le gouvernement et
la valeur accordée aux biens et services soient inexacts. Le gouvernement
choisit souvent des produits subventionnés et donc à prix peu variables. Il
délaisse, par exemple, la viande et le lait dont les prix ne cessent
d’augmenter ». Un sondage effectué fin 2004 par le Parti National Démocrate
(PND, au pouvoir) a montré que la population classe les prix comme leur
problème principal. « Comment répondre aux besoins de ma famille avec mon
maigre salaire ? », se demande Ibrahim, fonctionnaire. Car l’augmentation des
prix ne va pas de pair avec les salaires. Et au citoyen d’encaisser.
Revers de la médaille
L’inflation n’est en fait que le
revers de la médaille d’une politique économique entamée il y a deux ans,
depuis l’arrivée du gouvernement Nazif. Son objectif principal est de relancer
l’économie et d’encourager l’investissement et la croissance. Pour cela, il
doit accepter une inflation élevée. C’est une des rares conventions de la
théorie économique. La Banque Centrale d’Egypte (BCE) a décidé une baisse du
taux d’intérêt sur les crédits bancaires pour encourager l’investissement. Elle
a, en outre, tenté de stabiliser le taux de change, élément indispensable à la
stabilité économique. Or, pour atteindre ces deux objectifs, le gouvernement a
été obligé de sacrifier le taux d’inflation, c’est-à-dire accepter son
augmentation. Pire encore, le gouvernement a également réduit les taxes sur les
bénéfices des entreprises pour les pousser à investir davantage. Une démarche
qui a été accompagnée d’une autre baisse des tarifs douaniers sur les
importations des équipements et matières premières. Ces mesures plus ou moins
positives ont des conséquences négatives sur les revenus de l’Etat. Ceux-ci ont
été conduits à la baisse pendant plus de deux ans. Mais le gouvernement estime
que ce déficit est temporaire, et qu’il se résorbera quand les réformes
économiques auront produit tous leurs effets.
Le gouvernement parie donc sur
la croissance. Plus de croissance signifie plus de produits sur le marché et
donc une baisse des prix. Un pari que Mohamad Fathi Saqr, conseiller du
ministre du Développement économique, ne croit pas possible. Il affirme que «
le gouvernement alimente l’inflation en augmentant les salaires des
fonctionnaires ainsi que les subventions en espèces aux plus démunis. Des
hausses médiocres qui ne satisfont personne et qui donnent une excuse aux
commerçants pour augmenter leurs prix. Ces hausses s’inscrivent aux dépens des
investissements publics indispensables à l’accélération de la croissance ».
Que ce pari de la croissance
soit tenu ou pas, l’inflation galopante accentue la pauvreté et le chômage. Ce
cercle vicieux ne nécessite-t-il pas l’intervention rapide du gouvernement ? Surtout
que le Fonds Monétaire International (FMI) a déclaré à la fin de la semaine
dernière que l’inflation est le principal handicap de l’économie égyptienne.
Le premier ministre, Ahmad
Nazif, a admis devant l’Assemblée du peuple, lors de la présentation du bilan
du gouvernement la semaine dernière, que la hausse des prix est inquiétante. Il
a également promis d’entreprendre une série de mesures visant à maintenir,
voire à réduire le taux d’inflation. Il s’agit, en fait, de renforcer la
surveillance sur les commerçants, de procurer des quantités supplémentaires de
produits essentiels et avant tout d’augmenter les salaires des fonctionnaires
afin de pouvoir faire face à la hausse des prix. Une dernière mesure que le
citoyen attend depuis bien longtemps ...
Névine Kamel