Al-Ahram Hebdo,Bilan  Monde | Arabie saoudite, terrain miné
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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Bilan Monde

BILAN 2006. Le régime de Riyad, apparemment stable, n’échappe pas aux divisions confessionnelles. Les Etats-Unis pourraient être tentés de déstabiliser le pays via sa minorité chiite. 

Arabie saoudite, terrain miné 

« C’est une situation hypothétique et nous travaillons dur pour l’éviter, mais si les choses tournent mal en Iraq, comme un nettoyage ethnique, nous pensons que nous serons impliqués dans la guerre » ... « Depuis le début de la crise en Iraq et la formation du gouvernement, le royaume a dit qu’il se tenait à équidistance de toutes les factions en Iraq, nous ne nous plaçons pas en défenseurs d’une quelconque faction ou secte iraqienne ». Un tas de propos incohérents concernant le soutien saoudien aux sunnites iraqiens en cas de retrait rapide américain de leur pays. Suite à ces propos, l’Arabie saoudite a été sujet de beaucoup d’interrogations. Essaye-t-elle d’éviter une nouvelle confrontation avec les chiites du pays pour ne pas être objet de division comme la plupart de ses voisins arabes ? En effet, le régime wahhabite a depuis toujours été sujet de conflits internes avec les habitants de la région sud, à savoir les chiites. Les chiites saoudiens ont toujours souffert de leur spécificité ethnique. Une série d’affrontements sanglants ont marqué leur histoire, dont le plus célèbre a été en 1979 lorsqu’ils ont manifesté contre la politique du gouvernement saoudien demandant à celui-ci de les considérer comme de vrais citoyens et de leur procurer un quota de pétrole se trouvant sur leurs terres. Le gouvernement leur a envoyé 20 000 hommes de la sécurité nationale pour mettre fin à leurs mouvements. Il en a résulté des dizaines de morts et des centaines de blessés outre l’arrestation de 1 200 personnes. Des affrontements qui se sont répétés même de manière beaucoup moins intense.

Cela dit, pour Emad Gad, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, le gouvernement saoudien arrive à bien contrôler la situation. « Le gouvernement saoudien arrive à bien maîtriser les médias ainsi que l’espace géographique pour éviter la pénétration de quiconque à l’intérieur de cet espace chiite ». Cette catégorie reste donc assez isolée à l’intérieur de l’Etat. C’est peut-être cette position qui a poussé les Etats-Unis à penser à cette idée de division.

Selon les hypothèses américaines, le phénomène de balkanisation qui a touché les Etats arabes serait susceptible d’atteindre l’Arabie saoudite qui, selon eux, peut aussi être sujet de division. Moustapha Magdi, chercheur au Centre d’études arabes et africaines, explique : « Tous ces conflits ne peuvent jamais faire de stabilité dans cet Etat. Bien au contraire, ils peuvent mener à une division réelle qui aura sûrement lieu d’ici 10 ou 20 ans ». Et d’ajouter : « Le vrai danger, aujourd’hui, est la présence de facteurs externes, représentés notamment par les Etats-Unis, qui présageraient cette division ». Selon Mohamad Abdel-Salam, chercheur au CEPS, les Saoudiens ont d’autres craintes que le problème chiite. Parmi les plus grands problèmes du royaume figure le terrorisme, qui a vu le jour sur leur territoire. « Les Saoudiens sont terrorisés par l’idée du retour des anciens militants d’Iraq ».

Toujours la donne chiite

Pour les Américains, si l’Arabie saoudite se divise, tout le monde arabe se divisera. Hypothèses qui laissent beaucoup d’interrogations autour de l’intention américaine vis-à-vis de ce pays. Pour Ahmed Youssef, directeur de l’Institut des recherches et des études arabes, l’Amérique s’intéresse à l’Arabie saoudite car elle est l’un des plus grands pays du Golfe et le plus important en ressources pétrolières. « Les Américains savent très bien qu’il s’agit d’un régime fondé sur la culture du conservatisme. Pour eux, si ce conservatisme disparaît, cela contaminera tous les autres Etats », explique-t-il.

D’après le plan américain du « grand Moyen-Orient », imaginé par l’ancien colonel américain Ralph Peters, les nouvelles frontières de cet Etat, comme tous les autres pays arabes, seront basées sur l’ethnie et la religion. La partie sud de cet Etat constituerait, selon ce plan, un super-Etat chiite arabe auquel s’ajouteraient les provinces sud de l’Iraq en majorité, des champs pétrolifères du Chatt Al-Arab iranien. La partie Est du Royaume saoudien, pétrolifère, serait aussi rattachée à cet Etat avec le Koweït, qui y serait enclavé. Il propose aussi l’établissement d’un Etat islamique constitué de La Mecque et de la Médina, qui serait alors un Etat sunnite. Pour Moustapha Magdi, Washington veut maîtriser les sources pétrolières et donner à Israël des frontières élargies. « Les Etats-Unis essayent de reformuler le monde entier selon leur propre volonté et leurs intérêts. Le pétrole et Israël sont les deux facteurs selon lesquels ils bougent », lance-t-il. Effectivement, Washington possède des mécanismes réels qui pourront très facilement influencer la rue saoudienne. Il suffit, comme l’explique Emad Gad, que les Américains parviennent à s’adresser directement aux chiites saoudiens pour les pousser à se révolter ou même à ouvrir les dossiers des droits de l’homme. « Je ne crois pas que les Américains aient pris la décision de peur d’encourager cette division. S’ils l’avaient voulu, ils auraient bougé depuis longtemps ». Et d’ajouter : « Mais est-ce que c’est dans leur intérêt ? Ils se posent encore la question, surtout que dernièrement, ils ont vu que la rue arabe est plus extrémiste que les pouvoirs eux-mêmes ». Et des analystes de rappeler qu’en abritant les lieux saints de l’islam, une division du royaume aurait des effets imprévisibles.

Il existe donc une potentielle division de ce grand Etat arabe que ce soit sous l’égide des Etats-Unis ou bien comme résultat de sa politique intérieure. Le seul moyen d’éviter cette division serait que la famille royale commence à traiter les chiites comme étant de simples citoyens. « Diviser un pays n’est pas facile. Mais il ne faut pas nier que ce qui s’est passé en Iraq peut bien influencer les pays alentours, surtout les pays du Golfe qui renferment des chiites. Il faudrait donc absolument faire face à ce dangereux phénomène », conclut Ahmed Youssef.

Chaïmaa Abdel-Hamid

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