BILAN 2006.
Le plus grand pays d’Afrique, une mosaïque d’ethnies et de
religions, des richesses pétrolières à conquérir ... le Soudan
est l’exemple par excellence d’un pays au bord de
l’éclatement.
L’échec programmé de l’Etat soudanais
Cela
doit faire bientôt deux ans depuis la signature des accords de
paix entre le nord et le sud, mais le Soudan est loin de vivre
dans la stabilité. L’ombre d’une séparation du sud pèse sur le
pays et avec elle la crise du Darfour et tout un scénario de
division. Une balkanisation du plus grand pays d’Afrique.
N’est-il pas un prototype de multiples divisions religieuses,
ethniques et socioéconomiques : entre musulmans et chrétiens,
Arabes et Africains, nomades et sédentaires ? C’est dans ce
pays qu’on a témoigné de la plus longue guerre civile du
continent débutée en 1983, entre le nord et le sud, faisant
près d’un million et demi de morts. L’accord de paix globale,
signé à Nairobi entre l’Armée de libération du sud et le
gouvernement de Khartoum, soutient de près la probabilité de
fragmentation. Puisque cet accord prévoit, avec le partage du
pouvoir et des richesses, un régime d’autonomie de 6 ans au
sud, période à l’issue de laquelle un référendum
d’autodétermination sera organisé. Alors, il y a de fortes
chances que le Sud-Soudan devienne un Etat à part entière dans
six ans. Aujourd’hui aussi, la situation est plus brûlante
avec l’affaire du Darfour. Une région, à l’ouest du pays, qui
est en proie à une guerre civile, débutée il y a quatre ans et
toujours en cours, qui a fait directement ou indirectement
près de 200 000 morts et plus de 2 millions de déplacés.
L’accord de paix d’Abuja, en mai 2006 avec les rebelles du
Darfour, n’a pas réussi à mettre un terme à ce conflit. Celui
d’Asmara, signé en octobre 2006 avec les rebelles du Front de
l’est de Beja, région marquée par une décennie d’insurrection,
apporte une paix précaire. Cette situation place le Soudan,
comme l’affirme le politologue Hani Raslane, « dans une phase
transitoire, avec 3 scénarios d’avenir : la division interne,
une sorte de fédéralisme sans cohésion ou une fragmentation à
la balkanique, ou un glissement vers le chaos ».
Selon Raslane, il existe un grand nombre de facteurs internes
et externes qui ont placé le Soudan dans cette situation
critique. « Depuis son indépendance, les gouvernements et les
régimes politiques consécutifs n’ont pas réussi à accomplir le
projet de la création d’un Etat national ». Helmi Chaarawi,
directeur du Centre arabe et africain, partage ce même point
de vue en disant que le régime soudanais, selon la
terminologie politique, est un « régime irresponsable
politiquement ». A ceci s’ajoutent les ingérences régionales
et internationales. « Des ingérences à grande échelle qui
n’ont jamais pris en considération l’unité du pays soudanais
ni jamais tenté d’assurer sa cohésion », explique Raslane. Le
Darfour a ainsi été au centre d’une forte campagne des médias,
de la société civile et des organisations des droits de
l’homme. Même le Conseil de sécurité a décrété un bouquet de
cinq résolutions, dans une période très limitée. Une situation
bizarre puisque c’est le même Conseil qui est resté immobile
durant les 22 années de la guerre civile entre le nord et le
sud.
Cette déviation dans la position internationale était sous
l’impulsion de l’Oncle Sam. La résolution 1 706 du Conseil de
sécurité décrétant le déploiement de forces internationales au
Darfour, une affaire fortement rejetée par Khartoum, est sans
doute adoptée sous pression américaine.
« La stratégie américaine au Soudan vise essentiellement à
éliminer le régime au pouvoir ou changer ses orientations de
façon fondamentale ». Le régime de Omar Al-Béchir est
considéré comme un régime à des orientations islamiques
entreprenant des relations avec Al-Qaëda. Après les attentats
du 11 septembre, le Soudan a été placé sur la liste des pays
terroristes.
Durant l’époque de la présidence de Clinton, celui-ci avait
exercé des pressions sur Khartoum en encourageant les pays
frontaliers et les opposants politiques à prendre des
positions contre le régime. Mais cette stratégie, qui n’a pas
porté ses fruits, a totalement changé avec la politique de
George Bush. Celui-ci a préféré s’impliquer directement dans
les affaires intérieures du Soudan. Des responsables
américains ont indiqué que parmi les options disponibles pour
cette affaire avec le Soudan, figurent l’imposition d’une zone
d’exclusion aérienne au Darfour, de sanctions contre Khartoum
et d’éventuelles poursuites contre des responsables soudanais
pour crimes contre l’humanité. Selon Chaarawi, Washington est
avide de richesses pétrolières soudanaises et tente alors d’y
appliquer la même stratégie suivie en Iraq. Diviser, affaiblir
le régime en place et conclure des contrats avec les
compagnies américaines. Pour en arriver là, un pays entier, un
Soudan fort, ne semble pas plaire aux Américains, même si dans
leur vision du nouveau Moyen-Orient ou du grand Moyen-Orient,
le Soudan est totalement absent de la carte.
Aliaa Al-Korachi