Al-Ahram Hebdo, Bilan Monde | L’échec programmé de l’Etat soudanais
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Bilan Monde

BILAN 2006. Le plus grand pays d’Afrique, une mosaïque d’ethnies et de religions, des richesses pétrolières à conquérir ... le Soudan est l’exemple par excellence d’un pays au bord de l’éclatement.

L’échec programmé de l’Etat soudanais 

Cela doit faire bientôt deux ans depuis la signature des accords de paix entre le nord et le sud, mais le Soudan est loin de vivre dans la stabilité. L’ombre d’une séparation du sud pèse sur le pays et avec elle la crise du Darfour et tout un scénario de division. Une balkanisation du plus grand pays d’Afrique. N’est-il pas un prototype de multiples divisions religieuses, ethniques et socioéconomiques : entre musulmans et chrétiens, Arabes et Africains, nomades et sédentaires ? C’est dans ce pays qu’on a témoigné de la plus longue guerre civile du continent débutée en 1983, entre le nord et le sud, faisant près d’un million et demi de morts. L’accord de paix globale, signé à Nairobi entre l’Armée de libération du sud et le gouvernement de Khartoum, soutient de près la probabilité de fragmentation. Puisque cet accord prévoit, avec le partage du pouvoir et des richesses, un régime d’autonomie de 6 ans au sud, période à l’issue de laquelle un référendum d’autodétermination sera organisé. Alors, il y a de fortes chances que le Sud-Soudan devienne un Etat à part entière dans six ans. Aujourd’hui aussi, la situation est plus brûlante avec l’affaire du Darfour. Une région, à l’ouest du pays, qui est en proie à une guerre civile, débutée il y a quatre ans et toujours en cours, qui a fait directement ou indirectement près de 200 000 morts et plus de 2 millions de déplacés. L’accord de paix d’Abuja, en mai 2006 avec les rebelles du Darfour, n’a pas réussi à mettre un terme à ce conflit. Celui d’Asmara, signé en octobre 2006 avec les rebelles du Front de l’est de Beja, région marquée par une décennie d’insurrection, apporte une paix précaire. Cette situation place le Soudan, comme l’affirme le politologue Hani Raslane, « dans une phase transitoire, avec 3 scénarios d’avenir : la division interne, une sorte de fédéralisme sans cohésion ou une fragmentation à la balkanique, ou un glissement vers le chaos ».

Selon Raslane, il existe un grand nombre de facteurs internes et externes qui ont placé le Soudan dans cette situation critique. « Depuis son indépendance, les gouvernements et les régimes politiques consécutifs n’ont pas réussi à accomplir le projet de la création d’un Etat national ». Helmi Chaarawi, directeur du Centre arabe et africain, partage ce même point de vue en disant que le régime soudanais, selon la terminologie politique, est un « régime irresponsable politiquement ». A ceci s’ajoutent les ingérences régionales et internationales. « Des ingérences à grande échelle qui n’ont jamais pris en considération l’unité du pays soudanais ni jamais tenté d’assurer sa cohésion », explique Raslane. Le Darfour a ainsi été au centre d’une forte campagne des médias, de la société civile et des organisations des droits de l’homme. Même le Conseil de sécurité a décrété un bouquet de cinq résolutions, dans une période très limitée. Une situation bizarre puisque c’est le même Conseil qui est resté immobile durant les 22 années de la guerre civile entre le nord et le sud.

Cette déviation dans la position internationale était sous l’impulsion de l’Oncle Sam. La résolution 1 706 du Conseil de sécurité décrétant le déploiement de forces internationales au Darfour, une affaire fortement rejetée par Khartoum, est sans doute adoptée sous pression américaine.

« La stratégie américaine au Soudan vise essentiellement à éliminer le régime au pouvoir ou changer ses orientations de façon fondamentale ». Le régime de Omar Al-Béchir est considéré comme un régime à des orientations islamiques entreprenant des relations avec Al-Qaëda. Après les attentats du 11 septembre, le Soudan a été placé sur la liste des pays terroristes.

Durant l’époque de la présidence de Clinton, celui-ci avait exercé des pressions sur Khartoum en encourageant les pays frontaliers et les opposants politiques à prendre des positions contre le régime. Mais cette stratégie, qui n’a pas porté ses fruits, a totalement changé avec la politique de George Bush. Celui-ci a préféré s’impliquer directement dans les affaires intérieures du Soudan. Des responsables américains ont indiqué que parmi les options disponibles pour cette affaire avec le Soudan, figurent l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne au Darfour, de sanctions contre Khartoum et d’éventuelles poursuites contre des responsables soudanais pour crimes contre l’humanité. Selon Chaarawi, Washington est avide de richesses pétrolières soudanaises et tente alors d’y appliquer la même stratégie suivie en Iraq. Diviser, affaiblir le régime en place et conclure des contrats avec les compagnies américaines. Pour en arriver là, un pays entier, un Soudan fort, ne semble pas plaire aux Américains, même si dans leur vision du nouveau Moyen-Orient ou du grand Moyen-Orient, le Soudan est totalement absent de la carte.

Aliaa Al-Korachi

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