Cinéma .
Une action concertée entre distributeurs et producteurs réduit
le nombre de films projetés pendant les fêtes du grand Baïram.
Passage en revue des six élus.
Chérie, j’ai retréci les sorties
Devant
l’augmentation et l’accélération de la production des films,
et pour ne pas les mettre en péril par une brève présence dans
les salles, les distributeurs sont parvenus à un consensus. Le
camp du septième art, qui regroupe les sociétés de
distribution Al-Nasr, Al-Massa, Oscar et Al-Ekhwa
Al-Mottahidoune, et celui de la Société Al-Arabiya de
production et de distribution ont décidé de limiter à six le
nombre de films diffusés pendant la courte semaine de la fête
du Grand Baïram. Ce signe de solidarité entre partenaires de
la distribution favorise une logique de défense des films, en
équilibre avec celle du profit qu’appellent de leurs vœux les
producteurs. Ainsi, les films que l’on va découvrir pendant la
fête sont Al-Rahina (l’otage) de Sandra Nachaat, Khiyana
machrouaa (trahison légale) de Khaled Youssef, Matab senaï
(embûches) de Waël Ihsane, Qesset al-hay al-chaabi (conte du
quartier populaire) de Achraf Fayeq, Ayazonou (croirait-il ?)
de Akram Farid et Hadas fi mahattet Misr (survenu à la gare
Misr) de Ahmad Nader Galal. Ces films ont tout intérêt à se
faire remarquer avec de jeunes vedettes toutes plébiscitées du
public, tablant sur son habitude de fréquenter les salles en
période de fêtes.
L’action policière est dans l’air assurément dans L’Otage de
Sandra Nachaat. Le terrorisme qui organise le cinéma actuel ne
s’y présente pas à la manière d’une menace extérieure, mais en
plein champ. Le protagoniste du film, interprété par Ahmad Ezz,
est un savant égyptien résidant à l’étranger, qui poursuit ses
recherches sur le nucléaire. Il est ciblé par un groupe
terroriste qui le prend en otage. On assiste ainsi à
l’instauration de la « terreur pour tous ». Du mal toujours à
l’affût au bien dissimulé sous les apparences, la bascule est
aussi stimulante politiquement que visuellement. Le gentil
infiltré chez les méchants, son apparence jeune et pure ne
demande décidément qu’à être confrontée au sang, au mal, afin
qu’elle retourne les stigmates du crime en affirmation de la
trivialité dans un monde prétendument propre.
D’un autre côté, dans Trahison légale de Khaled Youssef, le
comédien Hani Salama occupe une place privilégiée selon un
paradigme auquel il est rompu depuis longtemps : à force
d’insistance têtue, un homme peut parvenir à tracer sa ligne
parmi toutes les discontinuités et les volte-face. En effet,
sa droiture, dans le film, ne trouve pas son principe dans une
prise de conscience nettement formulée, mais dans le fait
qu’il oppose au désordre, qu’instaurent les rapports
illégitimes de son épouse avec son frère, la fermeté d’une
moralité à toute épreuve et la vaillance d’un engagement
physique quelles que soient les circulations érotiques.
Droit au sourire
D’autre
part, il y a comme une revendication d’un droit au sourire, à
l’opposé de celui d’agresser et de soulever la surface du
réel, dans les comédies Conte d’un quartier populaire et
Embûches. Dans ce dernier, Ahmad Helmi reconduit le registre
qu’il maîtrise depuis ses débuts : le jeune égaré qui s’enlise
dans les pérégrinations dues à sa maladresse. Il compte ainsi
décrocher un succès, d’autant plus qu’il renoue avec le
réalisateur Waël Ihsane qui a su révéler les facettes de son
talent dans Zarf Tareq (imprévu), qui a fait un tabac l’an
dernier. Quant au Conte du quartier populaire, il passe sous
les allures du grotesque une alliance avec le monde du
hit-parade moderne. Une jeune fille, Layali (Nicole Saba), y
rompt avec l’univers délétère de la rue Mohamad Ali, où sa
mère travaille comme danseuse, pour percer dans le monde du
showbiz. Mais, elle est récupérée à la mort de la mère par sa
troupe musicale pour prendre en charge sa survie. Trop de
danses peut-être, trop de gags désuets auxquels s’ajoutent la
voix et le jeu outrés du chanteur Saad Al-Soghayar, mais c’est
ainsi que va la vitalité du film. Idem, les chansons de Hamid
Al-Chaeri, qui fait son retour au grand écran depuis son
absence qui date des années 1990, ponctuent les scènes
romantiques du film Croirait-il ?, justifiant la sollicitude
vis-à-vis de l’entourage qui fait croire au personnage qu’il
incarne. Par ailleurs, la grande romance de la fête, Survenu à
la gare Misr, maintient l’idylle de Karim Abdel-Aziz et Menna
Chalabi comme une exigence de vérité et d’intégrité au milieu
des mensonges des décideurs bourgeois qui tirent les ficelles,
détiennent le livre noir des tractations. Les ficelles sont
grosses, mais peu importe, c’est du cinéma.
Amina
Hassan