Al-Ahram Hebdo,Arts | Chérie, j’ai retréci les sorties
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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Arts

Cinéma . Une action concertée entre distributeurs et producteurs réduit le nombre de films projetés pendant les fêtes du grand Baïram. Passage en revue des six élus.

Chérie, j’ai retréci les sorties

Devant l’augmentation et l’accélération de la production des films, et pour ne pas les mettre en péril par une brève présence dans les salles, les distributeurs sont parvenus à un consensus. Le camp du septième art, qui regroupe les sociétés de distribution Al-Nasr, Al-Massa, Oscar et Al-Ekhwa Al-Mottahidoune, et celui de la Société Al-Arabiya de production et de distribution ont décidé de limiter à six le nombre de films diffusés pendant la courte semaine de la fête du Grand Baïram. Ce signe de solidarité entre partenaires de la distribution favorise une logique de défense des films, en équilibre avec celle du profit qu’appellent de leurs vœux les producteurs. Ainsi, les films que l’on va découvrir pendant la fête sont Al-Rahina (l’otage) de Sandra Nachaat, Khiyana machrouaa (trahison légale) de Khaled Youssef, Matab senaï (embûches) de Waël Ihsane, Qesset al-hay al-chaabi (conte du quartier populaire) de Achraf Fayeq, Ayazonou (croirait-il ?) de Akram Farid et Hadas fi mahattet Misr (survenu à la gare Misr) de Ahmad Nader Galal. Ces films ont tout intérêt à se faire remarquer avec de jeunes vedettes toutes plébiscitées du public, tablant sur son habitude de fréquenter les salles en période de fêtes.

L’action policière est dans l’air assurément dans L’Otage de Sandra Nachaat. Le terrorisme qui organise le cinéma actuel ne s’y présente pas à la manière d’une menace extérieure, mais en plein champ. Le protagoniste du film, interprété par Ahmad Ezz, est un savant égyptien résidant à l’étranger, qui poursuit ses recherches sur le nucléaire. Il est ciblé par un groupe terroriste qui le prend en otage. On assiste ainsi à l’instauration de la « terreur pour tous ». Du mal toujours à l’affût au bien dissimulé sous les apparences, la bascule est aussi stimulante politiquement que visuellement. Le gentil infiltré chez les méchants, son apparence jeune et pure ne demande décidément qu’à être confrontée au sang, au mal, afin qu’elle retourne les stigmates du crime en affirmation de la trivialité dans un monde prétendument propre.

D’un autre côté, dans Trahison légale de Khaled Youssef, le comédien Hani Salama occupe une place privilégiée selon un paradigme auquel il est rompu depuis longtemps : à force d’insistance têtue, un homme peut parvenir à tracer sa ligne parmi toutes les discontinuités et les volte-face. En effet, sa droiture, dans le film, ne trouve pas son principe dans une prise de conscience nettement formulée, mais dans le fait qu’il oppose au désordre, qu’instaurent les rapports illégitimes de son épouse avec son frère, la fermeté d’une moralité à toute épreuve et la vaillance d’un engagement physique quelles que soient les circulations érotiques.

Droit au sourire

D’autre part, il y a comme une revendication d’un droit au sourire, à l’opposé de celui d’agresser et de soulever la surface du réel, dans les comédies Conte d’un quartier populaire et Embûches. Dans ce dernier, Ahmad Helmi reconduit le registre qu’il maîtrise depuis ses débuts : le jeune égaré qui s’enlise dans les pérégrinations dues à sa maladresse. Il compte ainsi décrocher un succès, d’autant plus qu’il renoue avec le réalisateur Waël Ihsane qui a su révéler les facettes de son talent dans Zarf Tareq (imprévu), qui a fait un tabac l’an dernier. Quant au Conte du quartier populaire, il passe sous les allures du grotesque une alliance avec le monde du hit-parade moderne. Une jeune fille, Layali (Nicole Saba), y rompt avec l’univers délétère de la rue Mohamad Ali, où sa mère travaille comme danseuse, pour percer dans le monde du showbiz. Mais, elle est récupérée à la mort de la mère par sa troupe musicale pour prendre en charge sa survie. Trop de danses peut-être, trop de gags désuets auxquels s’ajoutent la voix et le jeu outrés du chanteur Saad Al-Soghayar, mais c’est ainsi que va la vitalité du film. Idem, les chansons de Hamid Al-Chaeri, qui fait son retour au grand écran depuis son absence qui date des années 1990, ponctuent les scènes romantiques du film Croirait-il ?, justifiant la sollicitude vis-à-vis de l’entourage qui fait croire au personnage qu’il incarne. Par ailleurs, la grande romance de la fête, Survenu à la gare Misr, maintient l’idylle de Karim Abdel-Aziz et Menna Chalabi comme une exigence de vérité et d’intégrité au milieu des mensonges des décideurs bourgeois qui tirent les ficelles, détiennent le livre noir des tractations. Les ficelles sont grosses, mais peu importe, c’est du cinéma.

Amina Hassan

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