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 Semaine du 27 décembre 2006 au 2 janvier 2007, numéro 642

 

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Arts

Exposition . Dans sa nouvelle création, installation-vidéo intitulée You Will be Killed (Tu seras tué), Amal Qénawi déconcerte. Aussi bien par cette emprise directe sur le spectateur, que par son voyage dans l’univers du subconscient.

Poésie du funèbre

Dans la salle obscure de l’espace Karim Francis du centre-ville, on est confronté à son sort inéluctable : You Will be Killed (tu seras tué). Dans un face-à-face avec cette installation-vidéo d’animation, on est entraîné par une puissance inévitable vers l’univers d’Amal Qénawi.

Et dès le début, les planches d’animation accélérées montrant les différentes prises de vues d’une pièce macabre (un hôpital, une pièce désertée ou espace de mort métaphorique), l’image de labyrinthe, d’espace suffocant, convoque les fameux vers du grand poète égyptien Amal Donqol, sur son lit d’agonie. « Dans les salles d’opération/le masque des médecins était blanc/les manteaux blancs/les auréoles des infirmières blanches/les draps/la couleur des lits, des bandages et du coton/les somnifères et le sérum/le verre de lait/Tout cela exhale la faiblesse dans mon cœur/Toute cette blancheur me rappelle du cercueil ». Car même s’il est question pour la jeune artiste, née en 1974, de la mort, tout simplement, même si dans ses œuvres précédentes, il était toujours question d’un sentiment de violent malaise, d’un mal de vivre, l’œuvre d’Amal Qénawi est très poétique. Une poésie qui lui est propre, puisqu’au-delà des rats qui attaquent le visage humain, des organes suspendus, des longues chevelures féminines qui se défigurent en flots de sang, au-delà de toutes ces formes métaphoriques, elle dissèque le sens de la vie.

Sur un fond de mélange bien contrôlé de musique classique, d’air d’opéra, on est embaumé dans un état de somnolence, d’une anesthésie disant, tout naturellement, le fait de guetter la mort, l’attendre, en être surpris, subir sa cruauté, avec en arrière-plan les multiples interrogations du subconscient et du monde spirituel. Cette poésie est également une composante du travail d’Amal Qénawi qui le conçoit à partir d’une réflexion à la fois personnelle et philosophique. D’ailleurs, lorsqu’elle crée en 2002 son œuvre La Pièce, où l’artiste même était une partie essentielle de l’installation, elle s’était basée sur un journal qu’elle écrivait régulièrement pendant deux ans d’arrêt de travail et dans lequel elle interrogeait la frontière fuyante entre ce qui est réel et ce dont on se souvient. Elle écrit joliment en commentant son irréductible La Pièce  : « Dans cette œuvre, j’essaie de créer un espace où je pourrais négocier mes identités vis-à-vis du monde qui m’entoure en utilisant un large éventail de supports. J’ai souvent essayé d’explorer le monde du rêve et de l’illusion par rapport à notre mémoire de la réalité. Je l’ai fait en percevant un monde métaphorique caché derrière le monde physique ».

Ainsi, ce monde physique qui nous surprend à chaque fois qu’elle présente une de ses œuvres, est non seulement un label de modernité, mais une partie inhérente de la quête de l’artiste. Répétitifs, les détails du physique se répercutent d’une œuvre à l’autre, formant l’univers de l’artiste qui croit fort bien à la continuité de la recherche artistique, sans jamais tomber dans la redondance. Les bras, les jambes, les papillons, les perles, les pièces en dentelles, la présence animale féroce, la lumière imposante, tous ces éléments qu’on retrouve souvent dans son œuvre sont les traces d’un univers physique décomposé. Mais qui entrent toujours en rapport avec l’énergie latente, la subtilité des sentiments. Ainsi, on se remémore du rapport du voile blanc dentelé avec la lumière bleutée dans Frozen Memory (mémoire congelée), ou de la robe en dentelle avec le cœur, organe en chair et en os cousu et décousu sur scène. Ou encore des rats et du rouge rosé (comme du sang dilué) dans son installation-vidéo Purple Artificial Forest (la forêt rose artificielle). Couleur qui devient plus imposante dans sa présente œuvre You Will be Killed. Plus directement, cette fois-ci, le sang est omniprésent — même dans sa couleur inventée violetée et artistique — pour couvrir le visage inconscient d’une femme allongée, agonisante ou engourdie (qui est probablement le visage de l’artiste). La technique rapide de l’animation à laquelle elle recourt nous présente les atrocités rapidement pour nous tenir en haleine. Pour nous déranger, comme le voulait l’artiste avec son œuvre.

Puisqu’au-delà du morbide et du cruel, il y a toujours cette émotion, cette expression de l’intimité qui bouleverse, You Will be Killed (tu seras tué) peut rappeler facilement une série policière, à l’américaine, avec un leitmotiv menaçant du prototype du cow-boy, par exemple. Il est vrai que le rythme est saccadé, que la cruauté est enracinée, mais ce qui fait son originalité et sa poésie, c’est cette recherche à la fois de l’intime et du collectif. La sincérité de l’expérience, celle de la projection, est ce qui fait exactement son hyper-puissance sur le spectateur. Le You Will be Killed devient naturellement We Will be Killed.

Dina Kabil

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Installation-vidéo d’Amal Qénawi. Jusqu’au 30 décembre, de 14h à 21h, sauf lundi, à l’Espace Karim Francis, 1, rue Al-Chérifein. Tél. : 391 63 57

 




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