Tchad .
Le gouvernement et la rébellion du FUC ont signé un accord de
paix d’ores et déjà compromis par la détermination d’autres
mouvements rebelles de poursuivre le combat.
Une paix en demi-teinte
« Un grand pas vers la paix au Tchad ». C’est ainsi que le
président libyen Moammar Kadhafi a qualifié l’accord de paix,
signé sous son parrainage dimanche soir entre le président
tchadien et le plus puissant groupe de rebelles. Arrivés
samedi soir à Tripoli, Idriss Deby et le général dissident
Mahamat Nour Abdelkerim, chef des FUC (Front Uni pour le
Changement), se sont quittés avec une satisfaction mutuelle.
Le premier s’est enthousiasmé de ce « jour grandiose » et d’un
« grand cadeau pour le peuple tchadien ». Le second, qui avait
lancé en avril une offensive éclair audacieuse contre la
capitale N’Djamena, a « remercié Dieu pour ce cadeau de fin
d’année ».
Son attaque en avril avait tué 350 personnes, soldats,
rebelles ou civils. Personne n’aurait parié à l’époque sur une
réconciliation des ennemis jurés. Aujourd’hui, les deux
parties promettent d’honorer leurs engagements : respect du
cessez-le-feu, libération des prisonniers des deux côtés,
grâce à tous les membres du FUC, retour des réfugiés ...
L’accord devrait être appliqué d’ici trois mois et les autres
groupes rebelles disposent d’un mois pour s’y rallier. L’enjeu
principal reste le partage du pouvoir, surtout depuis que le
pays a commencé à exporter du pétrole en 2004. Sur ce point,
le Front des rebelles s’est vu promettre une participation au
gouvernement. Autant de bonnes paroles qui devraient être
suivies par un comité, mis en place avec l’aide de la Libye, à
condition que le FUC s’engage à ne pas utiliser les armes pour
arriver au pouvoir.
Reste à évaluer sur le terrain l’efficacité du processus de
paix. Car d’autres mouvements rebelles, tels que le
Rassemblement National pour la Démocratie (RND), ont juré de
poursuivre leur combat. « Les armes doivent être dirigées
contre le colonialisme. Le colonialisme est fini en Afrique.
Il faut œuvrer pour le développement. L’ennemi agit contre
nous et notre volonté doit être plus grande que la volonté de
l’ennemi », a proclamé Moammar Kadhafi en exhortant « les
rebelles du Tchad et du Darfour (ouest du Soudan) à suivre
l’exemple » des accords signés dimanche. Selon les
Nations-Unies, 300 personnes ont été tuées depuis début
novembre dans des attaques contre plus de 70 villages.
Certains observateurs voient dans ces violences une
conséquence du conflit qui déchire la région soudanaise du
Darfour et s’étend comme une tache d’huile au Tchad et à la
République centrafricaine, deux pays voisins. Le colonel
Kadhafi avait déjà réuni en novembre à Tripoli un mini-sommet
africain pour désamorcer les tensions entre le Tchad et le
Soudan, qui s’accusent mutuellement de tentatives de
déstabilisation.
Camille
Sayart