Qui sont les tribunaux islamiques ?
Les forces des tribunaux islamiques somaliens sont
essentiellement composées d’un assemblage de milices présentes
dans le pays depuis le début de la guerre civile en 1991 et
qui ont reçu ces derniers mois des armes et des renforts des
combattants étrangers, selon l’Onu. Les effectifs totaux des
milices islamiques, qui comptent au moins plusieurs milliers
d’hommes, sont inconnus, d’autant que leur nombre peut varier
d’un jour à l’autre. Conformément à l’Histoire de la Somalie,
nombre de combattants sont en effet des « journaliers de la
guerre », possédant en général leur armement personnel,
souvent un fusil d’assaut, voire pour certains un
lance-roquettes antichar. Ils se mobilisent et se démobilisent
au gré des finances de leurs « employeurs ». L’armement lourd
des forces des tribunaux est constitué de plusieurs centaines
de véhicules armés, camions ou tout-terrains sur lesquels sont
montées des batteries antiaériennes, des pièces d’artillerie,
ou des mitrailleuses lourdes. Selon un récent rapport d’un
groupe d’experts de l’Onu, les islamistes auraient aussi
obtenu des missiles sol-air de la part de pays comme l’Iran,
la Syrie, la Libye et l’Arabie saoudite, ainsi que des armes
anti-char guidées par laser. Selon la même source, l’Erythrée
a également dépêché 2 000 combattants aux côtés des forces des
tribunaux, ce qu’elle a démenti à l’instar de tous les pays
mis en cause pour des violations de l’embargo sur les armes en
vigueur depuis 1992.
Quinze ans de guerre civile
La Somalie est le théâtre d’une guerre civile depuis 1991 qui
a fait entre 300 et 500 000 morts. En voici les dates
importantes :
— 27 jan 1991 :
Les rebelles du Congrès de la Somalie unifiée (USC) s’emparent
de Mogadiscio. Fuite du président Mohamed Siad Barre, au
pouvoir depuis 1969.
— 18 mai :
Le Mouvement national somalien (SNM) proclame la sécession du
nord-ouest du pays et fonde la République du Somaliland (non
reconnue).
— 17 novembre :
Déclenchement de la guerre civile à Mogadiscio entre partisans
de deux chefs de guerre, Ali Mahdi Mohamed et Mohamed Farah
Aïdid.
— 9 décembre 1992 :
Début de l’opération multinationale « Restore Hope » pour
aider les victimes de la famine et tenter de rétablir la paix.
Une autre opération de l’Onu prendra le relais en mai 1993.
— 3 octobre 1994 :
18 soldats américains tués à Mogadiscio dans la traque contre
Aïdid. Washington décide le retrait de ses troupes.
— 2 mars 1995 : Les derniers soldats de l’Onu quittent la
Somalie après l’échec de leur mission (151 Casques bleus
tués).
— 2 mai - 27 août 2000 :
Une conférence à Djibouti aboutit à la formation
d’institutions de transition mais non reconnues par les chefs
de guerre.
— 22 mars 2001 :
Des chefs de factions créent un Conseil de réconciliation et
de restauration (CSRR), soutenu par l’Ethiopie. Après les
attentats du 11 septembre, la Somalie, soupçonnée de liens
avec Al-Qaëda, est placée sous surveillance internationale.
— 22 août 2004 :
Inauguration à Nairobi d’un nouveau Parlement de transition,
reconnu par les principaux chefs de guerre.
— Juin-juillet 2006 :
Les milices des tribunaux islamiques s’emparent de la capitale
après plusieurs mois de combats contre une alliance de chefs
de guerre soutenue par les Etats-Unis. Les islamistes menacent
l’Ethiopie d’« une guerre totale » si elle ne retire pas ses
troupes déployées selon eux à Baïdoa, siège des institutions
de transition.
— 9 octobre :
Les tribunaux islamiques déclarent la guerre sainte contre le
gouvernement et l’Ethiopie.
— 1er novembre : Report sine die des négociations de paix
gouvernement/islamistes.
— 6 décembre :
L’Onu autorise le déploiement d’une force de paix de 8 000
hommes sous mandat de l’Union africaine.
— 12 décembre :
Ultimatum des islamistes donnant une semaine aux troupes
éthiopiennes pour évacuer la Somalie.
— 20 décembre :
Début de combats sur plusieurs fronts près de Baïdoa.
— 24 décembre :
L’Ethiopie reconnaît pour la première fois son intervention en
Somalie, invoquant « son droit de légitime défense ».