Exposition .
Fermant ses portes le 24 décembre, l’exposition de pièces
pharaoniques La Caravane du Caire, qui s’est tenue a Liège
pendant trois mois, a attiré plus de 13 000 visiteurs.
L’Egypte, passion belge
Liège,De notre correspondante —
Liège,
à 90 km à l’est de Bruxelles, est à l’heure égyptienne, grâce
à la « Caravane du Caire ». Celle-ci est le titre de
l’exposition pharaonique qui a lieu au Musée de l’art wallon à
Liège. Le titre de cette exposition est inspiré d’un
opéra-ballet du Liégeois André Modeste Crétry (1741-1813),
composé en 1783. Cet opéra a été bien été accueilli par le
public français en 1784, l’œuvre fut présentée plus de 500
fois de 1784 à 1829. Les scènes de foules, de combat, de
patriotisme et les scènes comiques sont imprimées dans la
mémoire des responsables de la culture à la ville du Liège et
ils ont trouvé que La Caravane du Caire est un titre idéal
pour mettre en relief des pièces et des statues égyptiennes
qui sont conservées au Musée de Curtius à Liège depuis une
centaine d’années. Deux cents pièces authentiques, qui datent
des XIVe et XVIe dynasties, sont distribuées dans les
différentes parties de la salle Saint-Georges au Musée de
l’art wallon. 90 % des pièces exposées viennent du Musée de
Curtius et d’autres pièces sont complétées par des œuvres de
musées étrangers : Paris (musée d’Orsay), Rouen (Musée des
beaux-arts), Turin (Museo Egizio), Genève (Fondation Martin
Bodmer), Cologne, Berlin, Bruxelles (Musées des arts royaux et
d’Histoire-collection Hagemans), Strasbourg, Amsterdam et de
collections privées de la région liégeoise. « L’objectif de
cette exposition est de renforcer l’image culturelle et
muséale internationale de Liège en démontrant des liens
incontestables de son histoire avec une des plus grandes et
des plus riches civilisations du monde », souligne Eugène
Warmenbol, le commissaire de l’exposition La Caravane du Caire
et professeur d’égyptologie à l’Université Libre de Bruxelles
(ULB).
A
l’accueil de l’exposition, l’architecte scénographe Jean
Christophe Hubert a réalisé sa vision artistique de l’Egypte
orientale, historique et fascinante.
Dès l’entrée de la salle Saint-Georges où commence
l’exposition, le visiteur se sent tout à fait détaché de
l’extérieur. Le lever du soleil de couleur orange est une
spécialité remarquable à l’entrée, ainsi que le bruit du vent,
celui des voyageurs traversant le désert à dos de dromadaire,
la voix du muezzin et même l’évocation de la présence de
palmiers et des Pyramides. Après quelques pas dans ce paysage
admirable, on débouche dans une petite ruelle où l’on entend
la clameur des passants, des marchands ambulants et de la
musique orientale. Tous ces détails sont rendus grâce à un
décor créé à travers l’imagination du scénographe Hubert. Des
escaliers en bois, des plafonds en palmiers, un chariot en
bois, des vendeurs de camelotte et des sacs en jute de
produits alimentaires complètent ce tableau. Cette entrée fait
que le visiteur s’accroche au quotidien des Egyptiens. Il
reste des heures à contempler les pièces qui viennent de
sortir de l’oubli après un travail délicat de restauration. «
Depuis 1909, ces vestiges égyptiens ont été ignorés dans les
réserves du Musée de Curtius à cause des idées nationalistes
de l’époque », indique Warmenbol, le commissaire de
l’exposition.
Selon
lui, Liège veut à présent montrer qu’il existe des anciens
échanges entre les deux cultures.
A la première salle, un tableau peint à l’huile 131x76,8 cm
par Jean-Léon Gérôme (1824-1904), surnommé la Plaine de Thèbes
en Haute-Egypte. La première salle a été consacrée au thème
d’Isis et les Gallo-Romains. De nombreuses statuettes d’Isis
en bronze ont été trouvées partout en Europe. Le culte de
cette déesse pharaonique avait gagné l’Europe à l’époque
romaine. « On a trouvé dans les plaines Gallo-Romaines ces
statuettes. Le culte d’Isis était important », explique
Warmenbol, tout en se déplaçant vers la deuxième salle qui a
regroupé les travaux de Lambert Lombard (1505-1566). Ce grand
peintre liégeois à la Renaissance a été parfaitement inspiré
dans ces chefs-d’œuvre par la civilisation égyptienne. Par
exemple l’écriture hiéroglyfique en ajoutant soleil, œil ou
lion dans ses dessins typiquement belges. Il a encore
redessiné les pyramides au milieu des maisonnettes liégeoises.
De même, Lombard a redessiné à l’encre les hiéroglyphes
séparément dans le Canopus de l’Album d’Arenberg. Toujours
pendant la Renaissance, il y avait une relecture du
hiéroglyphe dans le manuscrit de Piero Valeriano sous le titre
de Hieroglyphica. Le 3e thème de cette exposition porte sur
l’Expédition d’Egypte et Henri-Joseph Redouté, un dessinateur
belge qui a accompagné Bonaparte pendant sa campagne en
Egypte. Fasciné par le pays des pharaons, il a reproduit un
moulage de la pierre de Rosette. Il s’est focalisé aussi sur
les thèmes suivants : Esné, Thèbes et Louqsor. Il a touché de
près l’authenticité égyptienne dans sa propre collection de
vases en terre cuite. Il reste à mentionner les deux plus
importantes salles, celles des deux plus célèbres
collectionneurs au XIXe siècle : Albert d’Otreppe de Bouvette
et Gustave Hagemans.
Au diapason des grands pays
Les
premiers cours d’égyptologie en Belgique ont eu lieu en 1903.
La Belgique a voulu se mettre au diapason de grands pays comme
la France et l’Allemagne, dont la tradition d’égyptologie est
plus ancienne. Actuellement, l’égyptologie est enseignée dans
trois universités : La Libre de Bruxelles, Liège et Leuven. En
outre, des fouilles archéologiques se font sous la
surveillance du Conseil Suprême des Antiquités (CSA) ainsi
qu’avec la participation de l’Université de Liège aux travaux
franco-égyptiens au Karnak. D’autres fouilles ont été
effectuées à Gouna, Al Cap et à Barcha, une ville proche de
Minya, et à Louqsor.
Warmenbol a participé à presque toutes ces fouilles. « Les
outils les plus techniques viennent de la Belgique et les
ouvriers qui se trouvent sur les sites sont des Egyptiens »,
dit-il en soulignant son admiration pour les ouvriers
égyptiens, surtout ceux qui coopèrent dans les fouilles de
Louqsor, en disant qu’ils ont une expérience extraordinaire. «
Ces gens-là vivent dans un quotidien riche de patrimoine et
savent profondément comment traiter ces monuments pour ne pas
les abîmer », conclut-il .
Dina
Ibrahim