Al-Ahram Hebdo, Voyages | Mémoires de hammams
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

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Voyages

Patrimoine . « Le bain collectif en Egypte. Origine, évolution et actualité des pratiques », tel était le thème du premier colloque international Balnéorient qui s’est déroulé à Alexandrie. Le but de cette initiative : produire une synthèse sur cet art de vivre au Proche-Orient. 

Mémoires de hammams 

Cette manifestation internationale qui traitait de manière diachronique la question du bain collectif en Egypte, des installations antiques aux hammams modernes, a surtout mis l’accent sur les bains d’Alexandrie. La rencontre, organisée sur quatre jours du 1er au 4 décembre 2006, a été ainsi abritée par la Bibliotheca Alexandrina.

Une trentaine de spécialistes des bains de l’époque antique à l’époque contemporaine de différentes nationalités ont présenté leurs recherches. « Nous sommes plusieurs personnes à travailler sur des sites dans lesquels il y avait des bains. On travaille sur l’histoire des bains depuis l’antiquité parce que les bains collectifs n’existaient pas en tradition égyptienne. Ce sont surtout les Grecs qui les ont introduits et puis la tradition va durer avec les Romains. Ensuite, toutes les sociétés vont les garder en les adaptant. Ce ne sont pas les mêmes sortes de bains, mais ça va être gardé », souligne Marie-Françoise Boussac, professeur des Universités, HiSoMA – Maison de l’Orient et de la Méditerranée (CNRS-Lyon 2 Lumière), qui est également organisatrice et membre du comité scientifique de Balnéorient. Le groupe des chercheurs du projet Balnéorient se compose donc de spécialistes de l’époque gréco-romaine, de l’époque ottomane, de l’Islam médiéval, etc. Ceux-ci ont fait le point sur les données archéologiques issues des fouilles les plus récentes effectuées dans de différents sites archéologiques égyptiens, mais aussi sur les données textuelles et iconographiques.

Cette première rencontre est ainsi l’occasion de tester la constitution d’un index et la mise en place d’un corpus d’édifices concernant l’Egypte qui offre en fait un terrain privilégié pour l’étude de ces questions : de nombreuses recherches de terrain et études documentaires, souvent inédites, renouvellent les perspectives et permettent de faire un premier bilan. « L’Egypte est certainement la région qui permet le mieux d’analyser la pratique du bain collectif sur la durée, depuis son adoption à l’époque hellénistique jusqu’à sa désaffection actuelle, en soulignant les évolutions et en isolant les époques charnières », explique Marie-Françoise Boussac.

Centré sur l’Egypte, ce colloque se veut donc avant tout une approche diachronique de la pratique du bain collectif dans un cadre régional. Il se propose dans un premier temps de dresser un inventaire des bâtiments de bains attestés en Egypte. On s’apercevra ainsi de l’enrichissement considérable de la documentation, mais aussi du renouvellement des problématiques qu’entraîne le réexamen de bâtiments anciennement connus : bains à cuves plates de type grec de Taposiris (lire encadré), hammams du Caire ou d’Alexandrie. Un second objectif est d’inscrire des analyses architecturales, des études archéologiques et des enquêtes textuelles, dans une perspective d’histoire des mentalités. Il s’agit d’éclaircir les aspects techniques, fonctionnels, mais aussi économiques, sociaux et culturels de la pratique du bain collectif, de définir la place et le rôle qu’il tient dans les sociétés égyptiennes, d’isoler, sinon un modèle égyptien, du moins des spécificités régionales.

Cette première rencontre Balnéorient servira en fait d’introduction à un projet de recherche collective plus grand sur le bain en Méditerranée orientale : « Balnéorient, origine et devenir du bain collectif en Méditerranée orientale ». « L’objectif principal du projet Balnéorient, étendu sur trois ans, est d’écrire l’histoire du bain collectif d’Orient (Egypte/Proche-Orient) depuis son adoption à l’époque hellénistique jusqu’à sa disparition aujourd’hui observée, en insistant sur les charnières que sont l’époque omeyyade et le XXe siècle. Ce projet se caractérise en fait par l’ampleur du cadre chronologique et la variété des intervenants : historiens, archéologues, architectes, historiens de l’art, sociologues … », indique Thibaud Fournet, architecte CNRS et membre du comité d’organisation du projet Balnéorient.

 

Un projet épaulé par la France

C’est un projet qui est lancé du côté français et financé pour l’instant par le ministère français de la Recherche. Mais c’est un projet international auquel participent l’Egypte, la Syrie, le Liban, la Jordanie, Chypre, les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne, la Pologne ...

Souvent évoqués pour la richesse de leurs monuments et pour la possibilité unique qu’ils offrent de suivre l’évolution du bain public sur plus de deux millénaires, le Proche-Orient et l’Egypte font paradoxalement figures de parents pauvres dans la très abondante bibliographie thermale. Ce constat est d’autant plus surprenant que les bâtiments sont souvent dans un état de conservation exceptionnel et que des textes complètent, à toutes les époques, la lecture des vestiges. S’appuyant sur une bibliographie ancienne qui ne reflète pas l’actualité des recherches, les ouvrages généraux qui abordent la question du bain en Egypte ou au Proche-Orient véhiculent les idées reçues sur la naissance du hammam ou l’originalité du bain gréco-romain d’Egypte. Inversement, et malgré leurs qualités, les études réalisées sur les bains de la région n’ont pas d’ambition synthétique : elles se limitent à des sous-ensembles isolés ou liés à une époque déterminée, soit l’Antiquité soit la période musulmane. Une synthèse manque, qui envisagerait le phénomène sur la durée et réunirait approche archéologique et analyse architecturale dans une perspective d’histoire des mentalités.

« Il n’y a pas de synthèses récentes sur le bain collectif en Orient. Il y a des monuments, il y a énormément de textes mais les synthèses portent plutôt sur l’Occident, sur le Maroc, l’Afrique, la Grèce, mais pas sur l’Orient. C’est ainsi qu’il faudrait faire une étude depuis l’antiquité (du IIIe siècle av. J.-C.) jusqu’à maintenant, puisque maintenant la tradition disparaît. C’est différent selon le pays : en Syrie, et au Yémen, il y a encore des hammams en fonction. Au Caire, les hammams sont délaissés, en état d’abandon », indique Marie-Françoise Boussac.

Balnéorient comprend la mise en œuvre d’un corpus en ligne, à la fois textuel, archéologique, architectural et iconographique, associé à une bibliographie thématique et à un annuaire des chercheurs travaillant, de près ou de loin, sur le bain collectif en Egypte ou au Proche-Orient. Il propose aussi des formations aux chercheurs concernés et la réalisation d’un manuel multilingue sur le bain en Orient, préparé lors d’ateliers réunissant les spécialistes, associés aux colloques et écoles doctorales.

Un deuxième colloque international Balnéorient est programmé à Damas ou Beyrouth début 2008. Il fera suite à celui d’Alexandrie, limité aux bains d’Egypte, et abordera l’ensemble des régions comprises par le programme (Egypte, Proche-Orient et Péninsule arabique). Une large place sera également laissée aux régions qui permettent d’éclairer les phénomènes observés en Orient (Maghreb, Occident, Iran et Asie centrale, etc.). Riche des résultats du premier colloque et des ateliers intermédiaires, ce deuxième rendez-vous s’organisera autour d’approches thématiques plutôt que chronologiques. La liste des thèmes abordés (évolution des techniques et des pratiques, bain et société, idéologies et pouvoirs, religion et hygiène, aspects économiques et juridiques etc.) sera finalisée en fonction des communications proposées. « Entre-temps, on fait aussi des rencontres, des séminaires, des réunions plus petites, beaucoup plus ciblées », annonce Thibaud Fournet. Si vous désirez participer au groupe de recherche, à l’une des rencontres prévues ou simplement être tenu au courant du calendrier de leurs futures rencontres, remplissez une fiche d’inscription sur le site Internet : www.balneorient.mom.fr Site du groupe de recherche internationale sur l’origine et le devenir du bain collectif en Méditerranée orientale (Proche-Orient, Egypte et Péninsule arabique).

Faire l’histoire du bain collectif en Egypte amène à s’interroger sur les raisons et les étapes de son abandon. « On constate en effet en Egypte une désaffection radicale envers la pratique du hammam : contrairement au Yémen ou à la Syrie où ces établissements sont encore fréquentés. Même si leur nombre décroît, ces établissements sont délaissés ou en ruines au Caire et n’existent plus à Alexandrie. Ce changement est révélateur de l’adaptation des sociétés à la modernité, mais pose le problème de la sauvegarde et de la valorisation d’un patrimoine menacé », analyse Marie-Françoise Boussac .

Amira Samir

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L’heure du bain de jouvence

Le Caire retrouvera-t-il ses hammams d’antan ?
La restauration de deux d’entre eux lancent une mode.

« Hammam » est un projet multidisciplinaire où participent des équipes de recherches de plusieurs nationalités, dont trois pays européens (la France, l’Angleterre et l’Autriche) et des pays autour de la Méditerranée : l’Egypte, la Syrie, l’Algérie, le Maroc et la Turquie. Une équipe internationale de type multidisciplinaire formée d’une trentaine de personnes dont des experts en l’eau, l’économie, la sociologie, l’archéologie, l’architecture, l’environnement ... qui se rencontre périodiquement pour étudier les édifices concernés. Dans chaque pays, il y a un ou deux hammams à étudier en particulier. En Egypte, il s’agit du hammam Al-Tambali et du hammam Bab Al-Bahr au Caire. Ceci après le travail sur les bains d’Ankara en juillet dernier, et l’étude d’un hammam à Fès, au Maroc, en novembre, en attendant Damas en février et ensuite Constantine en Algérie, en 2007. C’est ce qu’explique l’ingénieur Omar Nagati de Mimar Engineering Consultancy, le bureau d’étude local du projet.

Financé par la communauté européenne pour coût total de 1,9 million d’euros, le projet Hammam a commencé en septembre 2005 et devrait être achevé en août 2008.

En ce qui concerne Le Caire, le hammam Al-Tambali et le hammam Bab Al-Bahr sont situés tout les deux dans le quartier Bab Al-Chaariya.

Hammam Al-Tambali, qui date de l’époque ottomane, est en fait l’un des plus grands du Caire et possède le plus grand maghtas (bassin) et le plus grand maslakh (hall froid). « On a choisi le hammam Al-Tambali parce qu’il est très spécial et garde des caractéristiques architecturales très importantes. La documentation du hammam est faite par une équipe d’architectes français. Lorsque nous avons choisi Al-Tambali, nous ne savions pas qu’il ne fonctionne plus depuis 2003 », indique le Dr Magda Sibley, professeure à l’école de l’architecture à l’Université Liverpool.

L’équipe égyptienne essaye donc de faire des propositions de restauration et de réhabilitation du hammam et de le rouvrir pour la même vocation. « C’est très important que le hammam continue sa fonction après être restauré. C’est à la mode ces jours-là dans beaucoup de pays au monde ».

Bab Al-Bahr, lui, est un hammam qui fonctionne. Ce qui est déjà un aspect très positif, parce qu’il est l’un des rares hammams qui ont survécu. Il a de la clientèle, mais il y a beaucoup de choses qui peuvent être faites pour essayer d’optimiser les conditions, parce qu’il y a des détériorations au niveau de la construction. Il y a des choses qui peuvent être améliorées pour que le hammam fonctionne mieux.

Pour en savoir plus, consultez le website en anglais du projet : www.hammams.org.

A. S.  

 

 




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