Al-Ahram Hebdo, Opinion | Solidarité avec le Soudan
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 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

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Opinion

Solidarité avec le Soudan

Hassan Abou-Taleb
Politologue

Plus on approche de la fin du mois de décembre, plus le besoin se fait pressant de parvenir à une résolution internationale et régionale claire en ce qui concerne le destin des forces africaines de sécurité au Darfour. Effectivement, les efforts déployés jusqu’à maintenant n’augurent aucun apaisement de la crise entre le Soudan et le Conseil de sécurité. Le dernier de ces efforts était la tentative de débat lors de la réunion tenue récemment à Addis-Abeba en présence du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan. Les participants ont examiné la possibilité de parvenir à une solution satisfaisante au regard des grandes puissances qui ont l’hégémonie sur le Conseil de sécurité et qui ont promulgué la résolution 1 706 à la fin du mois d’août dernier. L’objectif de cette solution reposait sur l’acceptation du gouvernement soudanais de la résolution 1 706 ainsi que le déploiement de forces internationales conformément à cette résolution. Or, le gouvernement soudanais accepte seulement la mission des forces africaines, quel que soit leur nombre et même si elles devaient assumer la responsabilité de la sécurité au Darfour.

L’insistance soudanaise a des raisons juridiques formelles et aussi des raisons objectives pratiques. En bref, la résolution 1 706 porte atteinte à la souveraineté soudanaise non seulement au Darfour, mais aussi dans tout le Soudan. En effet, la clause 8 de cette résolution fait allusion à une surveillance internationale concernant la justice et la police dans tout le Soudan. Et même à une ingérence dans ces deux domaines dans l’objectif de changer leurs principes de fonctionnement. Et ce conformément aux visions des superpuissances qui ont l’hégémonie sur le Conseil de sécurité et non à celles du peuple et du régime soudanais. C’est de là qu’on peut comprendre pourquoi le gouvernement se dresse face à l’application des clauses de la résolution, même par des voies indirectes. Puisque ceci signifie ouvrir les portes face à la tutelle internationale.

Dans ce sens, le refus de l’ingérence internationale est une certaine protection du pays contre un nouveau type de colonialisme qui s’est formé selon des plans américain et britannique. Ce colonialisme n’a rien à voir avec la protection des droits de l’homme au Darfour et ne vise ni à régler la crise ni à aider le peuple à avancer sur la voie de la réforme politique.

Donc, ce brouhaha très exagéré créé par les diplomates occidentaux autour des prétendus massacres, crimes de guerre et génocides commis au Darfour n’a qu’un seul objectif : justifier l’ingérence et la tutelle et préparer la voie à la division du Soudan.

Il n’est pas ici question d’illusions ou d’une théorie de complot, mais d’actions et de plans internationaux élaborés rapidement sans revenir au peuple concerné. Seulement à une minorité qui n’en a que faire de l’intérêt du pays. Donc, les Soudanais et tous ceux qui voient que le Soudan a besoin de solidarité doivent avant tout commencer par refuser toutes les formes d’ingérence internationale visant à diviser le Soudan et à lui imposer une tutelle internationale. Deuxièmement, ils doivent soutenir tout effort soudanais réel afin de parvenir à des solutions aux différents problèmes dont souffre le pays. Et ce par l’intermédiaire de mécanismes, d’idées et d’engagements soudanais nationaux. Et si les Soudanais ressentent qu’ils ont besoin de médiations, il faut choisir des parties aptes à assumer cette responsabilité de façon à sauvegarder l’indépendance et l’unité du pays. Troisièmement, il faut engager un dialogue national et garantir une participation pluraliste et démocratique afin d’empêcher toute forme d’ingérence.

Si les efforts visant à soutenir le Soudan réussissent à faire ancrer de tels principes, que ce soit au niveau du pouvoir ou de l’opposition, il est certain que la situation sera différente au Soudan.

Il faut savoir qu’à l’intérieur du pays, il n’y a pas d’unité d’opinion envers des causes cruciales comme l’intervention militaire internationale. De plus, de nombreuses forces soudanaises politiques qui ont vécu à l’extérieur du Soudan sont encore influencées par leurs relations avec l’étranger. De plus, de nombreux Soudanais souffrent encore de certains épisodes douloureux de leur histoire. Ils ne prennent pas en considération le fait que la réalité arabe et internationale contemporaine impose une nouvelle vision tout à fait différente, au niveau des relations interarabes communes ou bilatérales. L’époque actuelle est celle des intérêts économiques et de la solidarité pour relever les défis de la mondialisation et aux pressions dangereuses des superpuissances.

Du point de vue de tous les Egyptiens, l’absence d’une entente soudanaise intérieure autour d’une question aussi périlleuse que l’ingérence militaire étrangère est un manque de responsabilité historique, non seulement envers les Soudanais mais envers les intérêts de toute la région. C’est-à-dire la stabilité, la paix et la sécurité des voisins. Il se peut que certains confrères soudanais estiment que l’ingérence internationale sous forme de forces internationales aux larges prérogatives au Darfour et au Soudan réalise un intérêt important, renverser le régime actuel. Or, rien ne garantit que les partisans du renversement seront aptes à diriger le pays ou pourront profiter des biens du pays sans faire face à l’opposition. L’expérience de l’Iraq nous donne un exemple clair des répercussions néfastes du recours à la force militaire étrangère.

Je ne pense pas qu’il y ait un seul Soudanais qui aimerait entendre le nom de son pays se répéter chaque jour dans les actualités annonçant les morts et les blessés tout simplement parce qu’il veut se venger de son gouvernement. Cette voie ne mènera à rien. La solution est de réaliser une entente nationale, de renforcer la démocratie et de réaliser l’égalité des Soudanais. On s’adresse ici à l’opposition avant le gouvernement, aux hommes politiques qui se sentent responsables envers leur pays, aux intellectuels et à chaque Soudanais qui aime son pays. Si les Soudanais s’unissent ensemble et avec leur pays pour un Soudan uni, démocrate et épanoui, il est sûr que toute l’Egypte les soutiendra.

 

 

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