Solidarité avec le Soudan
Hassan Abou-Taleb
Politologue
Plus
on approche de la fin du mois de décembre, plus le besoin se
fait pressant de parvenir à une résolution internationale et
régionale claire en ce qui concerne le destin des forces
africaines de sécurité au Darfour. Effectivement, les efforts
déployés jusqu’à maintenant n’augurent aucun apaisement de la
crise entre le Soudan et le Conseil de sécurité. Le dernier de
ces efforts était la tentative de débat lors de la réunion
tenue récemment à Addis-Abeba en présence du secrétaire
général de l’Onu, Kofi Annan. Les participants ont examiné la
possibilité de parvenir à une solution satisfaisante au regard
des grandes puissances qui ont l’hégémonie sur le Conseil de
sécurité et qui ont promulgué la résolution 1 706 à la fin du
mois d’août dernier. L’objectif de cette solution reposait sur
l’acceptation du gouvernement soudanais de la résolution 1 706
ainsi que le déploiement de forces internationales
conformément à cette résolution. Or, le gouvernement soudanais
accepte seulement la mission des forces africaines, quel que
soit leur nombre et même si elles devaient assumer la
responsabilité de la sécurité au Darfour.
L’insistance soudanaise a des raisons juridiques formelles et
aussi des raisons objectives pratiques. En bref, la résolution
1 706 porte atteinte à la souveraineté soudanaise non
seulement au Darfour, mais aussi dans tout le Soudan. En
effet, la clause 8 de cette résolution fait allusion à une
surveillance internationale concernant la justice et la police
dans tout le Soudan. Et même à une ingérence dans ces deux
domaines dans l’objectif de changer leurs principes de
fonctionnement. Et ce conformément aux visions des
superpuissances qui ont l’hégémonie sur le Conseil de sécurité
et non à celles du peuple et du régime soudanais. C’est de là
qu’on peut comprendre pourquoi le gouvernement se dresse face
à l’application des clauses de la résolution, même par des
voies indirectes. Puisque ceci signifie ouvrir les portes face
à la tutelle internationale.
Dans ce sens, le refus de l’ingérence internationale est une
certaine protection du pays contre un nouveau type de
colonialisme qui s’est formé selon des plans américain et
britannique. Ce colonialisme n’a rien à voir avec la
protection des droits de l’homme au Darfour et ne vise ni à
régler la crise ni à aider le peuple à avancer sur la voie de
la réforme politique.
Donc, ce brouhaha très exagéré créé par les diplomates
occidentaux autour des prétendus massacres, crimes de guerre
et génocides commis au Darfour n’a qu’un seul objectif :
justifier l’ingérence et la tutelle et préparer la voie à la
division du Soudan.
Il n’est pas ici question d’illusions ou d’une théorie de
complot, mais d’actions et de plans internationaux élaborés
rapidement sans revenir au peuple concerné. Seulement à une
minorité qui n’en a que faire de l’intérêt du pays. Donc, les
Soudanais et tous ceux qui voient que le Soudan a besoin de
solidarité doivent avant tout commencer par refuser toutes les
formes d’ingérence internationale visant à diviser le Soudan
et à lui imposer une tutelle internationale. Deuxièmement, ils
doivent soutenir tout effort soudanais réel afin de parvenir à
des solutions aux différents problèmes dont souffre le pays.
Et ce par l’intermédiaire de mécanismes, d’idées et
d’engagements soudanais nationaux. Et si les Soudanais
ressentent qu’ils ont besoin de médiations, il faut choisir
des parties aptes à assumer cette responsabilité de façon à
sauvegarder l’indépendance et l’unité du pays. Troisièmement,
il faut engager un dialogue national et garantir une
participation pluraliste et démocratique afin d’empêcher toute
forme d’ingérence.
Si les efforts visant à soutenir le Soudan réussissent à faire
ancrer de tels principes, que ce soit au niveau du pouvoir ou
de l’opposition, il est certain que la situation sera
différente au Soudan.
Il faut savoir qu’à l’intérieur du pays, il n’y a pas d’unité
d’opinion envers des causes cruciales comme l’intervention
militaire internationale. De plus, de nombreuses forces
soudanaises politiques qui ont vécu à l’extérieur du Soudan
sont encore influencées par leurs relations avec l’étranger.
De plus, de nombreux Soudanais souffrent encore de certains
épisodes douloureux de leur histoire. Ils ne prennent pas en
considération le fait que la réalité arabe et internationale
contemporaine impose une nouvelle vision tout à fait
différente, au niveau des relations interarabes communes ou
bilatérales. L’époque actuelle est celle des intérêts
économiques et de la solidarité pour relever les défis de la
mondialisation et aux pressions dangereuses des
superpuissances.
Du point de vue de tous les Egyptiens, l’absence d’une entente
soudanaise intérieure autour d’une question aussi périlleuse
que l’ingérence militaire étrangère est un manque de
responsabilité historique, non seulement envers les Soudanais
mais envers les intérêts de toute la région. C’est-à-dire la
stabilité, la paix et la sécurité des voisins. Il se peut que
certains confrères soudanais estiment que l’ingérence
internationale sous forme de forces internationales aux larges
prérogatives au Darfour et au Soudan réalise un intérêt
important, renverser le régime actuel. Or, rien ne garantit
que les partisans du renversement seront aptes à diriger le
pays ou pourront profiter des biens du pays sans faire face à
l’opposition. L’expérience de l’Iraq nous donne un exemple
clair des répercussions néfastes du recours à la force
militaire étrangère.
Je ne pense pas qu’il y ait un seul Soudanais qui aimerait
entendre le nom de son pays se répéter chaque jour dans les
actualités annonçant les morts et les blessés tout simplement
parce qu’il veut se venger de son gouvernement. Cette voie ne
mènera à rien. La solution est de réaliser une entente
nationale, de renforcer la démocratie et de réaliser l’égalité
des Soudanais. On s’adresse ici à l’opposition avant le
gouvernement, aux hommes politiques qui se sentent
responsables envers leur pays, aux intellectuels et à chaque
Soudanais qui aime son pays. Si les Soudanais s’unissent
ensemble et avec leur pays pour un Soudan uni, démocrate et
épanoui, il est sûr que toute l’Egypte les soutiendra.