A la recherche d’un ennemi
Salama A. Salama
Il
n’est dans l’intérêt de personne en Egypte d’interpréter la
dynamique politique actuelle comme augurant une phase de
violence. Cette dynamique s’exprime en termes de
manifestations, de grèves, allant parfois jusqu’aux débats
acharnés. De même, il ne faut pas prétendre que le régime
politique est sur le point de s’effondrer. Certains vont même
jusqu’à encourager l’Etat à intervenir avec force de crainte
que le pays ne se transforme en second Liban, où les centres
de pouvoir et de décision sont devenus trop nombreux.
En Egypte, nous passons actuellement par une étape décisive de
transformation politique. Cette dernière implique une
véritable clairvoyance, une objectivité sans faille et une
sagesse absolue. D’ailleurs, il faut se garder quoi qu’il
arrive, de tomber dans un catastrophisme sur-dimensionné à
chaque fois qu’il se passe quelque chose d’inhabituel dans
notre pays.
C’est certainement ce que Gamal Moubarak, vice-secrétaire du
Parti National Démocrate (PND), a voulu insinuer quand il a
affirmé dans un discours adressé aux hommes d’affaires que le
dialogue et les différends en Egypte sont un des éléments qui
stimulent la dynamique politique et sociale. Son point de vue
est sans doute plus objectif et plus sage en comparaison avec
d’autres éléments et plumes qui s’inscrivent davantage dans la
frange droite du PND.
Si cette problématique nous intéresse aujourd’hui, c’est à
cause des événements qui ont eu lieu dans l’enceinte de
l’Université d’Al-Azhar. Des étudiants vêtus de noir, le
visage encagoulé, ont fait une
démonstration de combats, caricaturant les forces de sécurité
chargées de disperser les manifestants à l’intérieur de
l’université.
Et il s’est avéré que ces étudiants appartenaient à la
confrérie des Frères musulmans. Par cette intervention pour le
moins théâtrale, les étudiants visaient à protester contre le
renvoi de certains de leurs collègues membres de ce qu’on
appelle l’Union libre des étudiants. Celle-ci a été formée en
parallèle à l’Union estudiantine de l’université à cause de
l’ingérence des forces de sécurité dans les élections
estudiantines. L’université a refusé de reconnaître la
nouvelle union et s’est empressée de congédier un nombre
d’étudiants et d’en renvoyer d’autres de la cité
universitaire.
Ces événements ont suscité de nombreuses craintes. Pour
certains, c’est une tentative de former des unités
estudiantines de combat, poussée par la confrérie et qui nous
rappelle farouchement leur fameuse organisation secrète. Or,
cette interprétation n’a rien à voir avec la vérité. La police
s’est contentée de se placer dans les rangs des spectateurs et
l’université a gardé le silence total. Tout le monde a le
droit de s’inquiéter et de blâmer les étudiants qui se sont
permis, en prenant pour prétexte une décision injuste, de se
comporter de la sorte dans l’enceinte
de l’université. Sachant que les cours d’arts martiaux sont
disponibles partout dans les clubs sportifs et n’ont rien à
voir avec le Hamas et le Hezbollah. Bref, rien ne prouve que
des organisations militaires secrètes soient en train de se
former.
Cependant, les événements violents enregistrés dans l’histoire
politique des Frères musulmans doivent les pousser à éviter
tout ce qui les éloigne des principes d’un comportement décent
dans une société civile basée sur
la démocratie et le respect des libertés, que tout le monde
tente d’instaurer. En effet, ces démonstrations ont laissé une
mauvaise impression.
L’essentiel ici est le respect de la loi et de l’ordre
général. Il faut arrêter de recourir aux procédures
sécuritaires rigoristes face aux manifestations pacifiques. Ce
qui est fondamental aujourd’hui, c’est de trouver des
solutions permettant d’intégrer les forces politiques dans un
contexte légitime. Même si l’Etat a le droit de recourir à la
force, c’est la violation par l’Etat des droits de l’homme et
de la loi, sous prétexte de protéger la sécurité et la paix
sociale, qui favorise le climat de violence. Ces règles
doivent s’appliquer à tout le monde et pas seulement aux
Frères musulmans et à la police ! .