Al-Ahram Hebdo, Opinion | A la recherche d’un ennemi
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 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

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Opinion

A la recherche d’un ennemi

Salama A. Salama

Il n’est dans l’intérêt de personne en Egypte d’interpréter la dynamique politique actuelle comme augurant une phase de violence. Cette dynamique s’exprime en termes de manifestations, de grèves, allant parfois jusqu’aux débats acharnés. De même, il ne faut pas prétendre que le régime politique est sur le point de s’effondrer. Certains vont même jusqu’à encourager l’Etat à intervenir avec force de crainte que le pays ne se transforme en second Liban, où les centres de pouvoir et de décision sont devenus trop nombreux.

En Egypte, nous passons actuellement par une étape décisive de transformation politique. Cette dernière implique une véritable clairvoyance, une objectivité sans faille et une sagesse absolue. D’ailleurs, il faut se garder quoi qu’il arrive, de tomber dans un catastrophisme sur-dimensionné à chaque fois qu’il se passe quelque chose d’inhabituel dans notre pays.

C’est certainement ce que Gamal Moubarak, vice-secrétaire du Parti National Démocrate (PND), a voulu insinuer quand il a affirmé dans un discours adressé aux hommes d’affaires que le dialogue et les différends en Egypte sont un des éléments qui stimulent la dynamique politique et sociale. Son point de vue est sans doute plus objectif et plus sage en comparaison avec d’autres éléments et plumes qui s’inscrivent davantage dans la frange droite du PND.

Si cette problématique nous intéresse aujourd’hui, c’est à cause des événements qui ont eu lieu dans l’enceinte de l’Université d’Al-Azhar. Des étudiants vêtus de noir, le visage encagoulé, ont fait une démonstration de combats, caricaturant les forces de sécurité chargées de disperser les manifestants à l’intérieur de l’université.

Et il s’est avéré que ces étudiants appartenaient à la confrérie des Frères musulmans. Par cette intervention pour le moins théâtrale, les étudiants visaient à protester contre le renvoi de certains de leurs collègues membres de ce qu’on appelle l’Union libre des étudiants. Celle-ci a été formée en parallèle à l’Union estudiantine de l’université à cause de l’ingérence des forces de sécurité dans les élections estudiantines. L’université a refusé de reconnaître la nouvelle union et s’est empressée de congédier un nombre d’étudiants et d’en renvoyer d’autres de la cité universitaire.

Ces événements ont suscité de nombreuses craintes. Pour certains, c’est une tentative de former des unités estudiantines de combat, poussée par la confrérie et qui nous rappelle farouchement leur fameuse organisation secrète. Or, cette interprétation n’a rien à voir avec la vérité. La police s’est contentée de se placer dans les rangs des spectateurs et l’université a gardé le silence total. Tout le monde a le droit de s’inquiéter et de blâmer les étudiants qui se sont permis, en prenant pour prétexte une décision injuste, de se comporter de la sorte dans l’enceinte de l’université. Sachant que les cours d’arts martiaux sont disponibles partout dans les clubs sportifs et n’ont rien à voir avec le Hamas et le Hezbollah. Bref, rien ne prouve que des organisations militaires secrètes soient en train de se former.

Cependant, les événements violents enregistrés dans l’histoire politique des Frères musulmans doivent les pousser à éviter tout ce qui les éloigne des principes d’un comportement décent dans une société civile basée sur la démocratie et le respect des libertés, que tout le monde tente d’instaurer. En effet, ces démonstrations ont laissé une mauvaise impression.

L’essentiel ici est le respect de la loi et de l’ordre général. Il faut arrêter de recourir aux procédures sécuritaires rigoristes face aux manifestations pacifiques. Ce qui est fondamental aujourd’hui, c’est de trouver des solutions permettant d’intégrer les forces politiques dans un contexte légitime. Même si l’Etat a le droit de recourir à la force, c’est la violation par l’Etat des droits de l’homme et de la loi, sous prétexte de protéger la sécurité et la paix sociale, qui favorise le climat de violence. Ces règles doivent s’appliquer à tout le monde et pas seulement aux Frères musulmans et à la police ! .

 

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