Inquiétudes dans le Golfe
Il y a, certes, la détérioration dramatique de la
situation en Iraq et les ambitions croissantes de l’Iran,
mais les monarchies arabes du Golfe ont un autre sujet
d’inquiétude : le désarroi qui règne actuellement à
Washington.
Alimentés par le rapport du Groupe d’étude sur l’Iraq, une
commission indépendante dirigée par l’ex-secrétaire d’Etat
James Baker, qui a recommandé au président George W. Bush
un changement de stratégie en Iraq et dans la région, ces
doutes sur la politique américaine sont à l’esprit de tous
les dirigeants des six monarchies arabes du Golfe.
Celles-ci, avec en premier lieu l’Arabie saoudite,
craignent que la violence en Iraq, à la fois le terrorisme
d’Al-Qaëda et la quasi-guerre civile entre chiites et
sunnites, ne dépasse les frontières de l’Iraq. D’où
l’appel lancé la semaine dernière au gouvernement iraqien
par ces six pays (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes
unis, Koweït, Oman et Qatar) lors de leur sommet annuel à
Riyad pour qu’il dissolve « immédiatement » les milices.
Quant à l’Iran, l’inquiétude des six Etats à propos du
programme nucléaire iranien les a amenés à prendre la
décision cruciale de se lancer dans la voie du nucléaire
civil. Mais ces deux problèmes, déjà très graves en
eux-mêmes, sont rendus encore plus aigus par l’incertitude
et l’indécision à la Maison Blanche. D’où la préoccupation
que leur inspire l’influence grandissante de l’Iran.
Alors que l’Iraq est au bord de la guerre civile, une des
options américaines est d’adopter la doctrine militaire
classique consistant à apporter son soutien à la faction
qui a le plus de chance de l’emporter. Mais, un soutien
tacite de Washington à la communauté chiite pour écraser
l’insurrection sunnite pourrait ruiner les relations entre
Washington et ses alliés sunnites, préoccupés par la
montée de l’influence iranienne en Iraq. Le roi Abdallah
d’Arabie saoudite est confronté à des pressions de
l’opinion et d’une partie des religieux du royaume pour
soutenir les sunnites iraqiens et un soutien américain
appuyé aux chiites risque d’exacerber le problème. Le
président Bush a rejeté la semaine dernière la proposition
du rapport Baker en faveur d’un dialogue direct entre
Washington et Téhéran, mais pour de nombreux observateurs
dans les pays du Golfe, la question semblait plutôt être
de savoir combien de temps il pourrait maintenir ce refus.