Soudan .
Les exigences internationales et africaines gagnent en ampleur
pour que le gouvernement agisse rapidement en vue d’arrêter la
dégradation de la situation au Darfour.
Pressions accrues sur Khartoum
Sous forte pression de la communauté internationale et de
l’Union Africaine (UA) concernant la crise du Darfour, le
Soudan oppose une volonté affichée de progresser dans
l’application de l’accord de paix dans cette région de l’ouest
du pays en proie à la guerre civile. « Ce qu’on entend sur une
zone d’exclusion aérienne et des menaces n’est qu’une
tentative pour détourner l’attention de l’application de
décisions sur lesquelles le Soudan est d’accord », a déclaré
samedi Majzoub Al-Khalifa Ahmed, conseiller du président Omar
Al-Béchir. Il a affirmé que Khartoum voulait aller de l’avant
dans l’application de l’accord de paix et évoquer des mesures
concrètes, comme des nominations dans l’armée et
l’administration pour des milliers d’ex-rebelles membres de
formations ayant signé l’accord de paix. Khartoum s’est dit
aussi prêt à collaborer avec une mission du Conseil des droits
de l’homme de l’Onu qui doit mener une enquête au Darfour. Le
ministre de la Justice, Mohammed Ali Al-Mardhi, a indiqué
lundi que son pays avait donné son accord à une visite de la
mission au Darfour et affirmé que son ministère allait « lever
tous les obstacles » qui pourraient entraver son travail. M.
Mardhi a ajouté que la mission, attendue dans les prochaines
semaines, pourrait rencontrer toutes les parties concernées et
visiter tout endroit au Darfour.
La décision du Conseil des droits de l’homme de l’Onu
d’envoyer une mission d’enquête au Darfour, la zone
d’exclusion aérienne évoquée par Londres et Washington pour
empêcher les attaques de l’aviation soudanaise, en plus d’un
appel de l’UA à désarmer les Djanjawids, miliciens arabes
pro-gouvernementaux, sont autant de pressions sur Khartoum
alors que l’état de la sécurité a connu une nette
détérioration au Darfour. Cette dégradation a provoqué
l’inquiétude de l’Union Européenne (UE) et d’organisations
internationales comme l’Unicef, qui a estimé cette semaine que
pas moins de deux millions d’enfants en étaient affectés
directement ou indirectement. Mercredi déjà, le président
soudanais qui recevait l’émissaire américain Andrew Natsios,
avait affirmé que le Soudan et les Etats-Unis étaient d’accord
sur la nécessité de mesures pour améliorer la sécurité sur le
terrain. M. Natsios a parlé, lui, de la mise en œuvre des deux
premières phases du soutien logistique de l’Onu à la force
africaine au Darfour (Amis) composée de 7 000 soldats et jugée
inefficace parce que sous-financée et mal équipée.
Les milices djandjawids en force
La détérioration de la situation sur le terrain a amené l’UA à
demander, à l’issue d’une réunion sur le Darfour vendredi à
Addis-Abeba, des sanctions contre les parties au conflit qui
violent le cessez-le-feu. La Commission conjointe de contrôle
du cessez-le-feu au Darfour, réunie vendredi au siège de
l’organisation continentale en Ethiopie, a décidé que « des
mesures punitives, dont des sanctions, doivent être prises
contre les auteurs des violations du cessez-le-feu par les
organisations appropriées dont le Conseil de paix et de
sécurité de l’UA et le Conseil de sécurité de l’Onu ». La
Commission a étudié 15 cas avérés et documentés de violations
du cessez-le-feu menées par des signataires et des non
signataires des accords de paix d’Abuja et a décidé de
condamner les auteurs de ces violations. Ces condamnations, en
référence à des violations commises entre le 9 juin et le 22
novembre dernier, touchent les mouvements rebelles et le
gouvernement du Soudan.
La délégation de Khartoum a brusquement quitté la réunion peu
après son début vendredi. Elle avait demandé un report d’une
semaine et un changement d’ordre du jour mais l’UA a décidé de
la maintenir malgré tout. Khartoum a justifié son retrait par
le fait que la réunion a été consacrée « aux aspects
secondaires qui sont les violations alors qu’elle aurait dû
être centrée sur la question de l’application de l’accord de
paix ». L’UA a également demandé au gouvernement soudanais «
le désarmement immédiat des Djandjawids », dont les attaques
ont redoublé d’intensité ces derniers jours au Darfour. «
D’après le rapport qui nous a été présenté par le commandant
de l’Amis (le général nigérian Luke Aprezi), le gouvernement
du Soudan continue d’armer les Djandjawids. Le désarmement
dépend de la volonté politique du gouvernement du Soudan », a
déclaré la responsable adjointe de l’Amis, Monique Mukaruliza,
soulignant que le processus de désarmement de ces milices
arabes accusées des pires exactions contre les populations
négro-africaines du Darfour aurait déjà dû commencer. Dans un
rapport confidentiel présenté à la Commission de contrôle du
cessez-le-feu, le général Aprezi a souligné que les milices
djandjawids sont revenues en force au Darfour et ont multiplié
dernièrement les attaques. Dans ce rapport de six pages, le
patron de l’Amis souligne que la réémergence des Djandjawids a
accentué la dégradation de la situation sécuritaire au
Darfour.
Samah Ziad