Iraq .
La conférence de réconciliation nationale, dans une tentative
de juguler la violence, a invité les anciens membres du parti
Baas à réintégrer l’armée.
Les baassistes courtisés
Avec
en moyenne 120 morts par jour selon l’Onu et un mois de
décembre qui s’annonce tout aussi dramatique, la conférence de
réconciliation nationale iraqienne a achevé ses travaux
dimanche en énonçant une série de « recommandations », dont la
plus importante est le retour d’anciens membres du parti Baas
(ex-parti unique sous le régime de Saddam Hussein) à l’armée.
Les 200 délégués présents ont ainsi repris l’offre faite à
l’ouverture de la réunion par le premier ministre Nouri
Al-Maliki. Cette mesure concerne 350 000 anciens officiers et
peut être interprétée comme un geste d’ouverture envers la
communauté sunnite. Elle pourrait convaincre de nombreux
anciens baassistes, aujourd’hui actifs au sein de
l’insurrection, de déposer les armes. Elle permettrait
peut-être de revenir sur les conséquences catastrophiques de
la débaassification menée à l’initiative des Etats-Unis après
la chute du régime de Saddam Hussein en 2003.
Sous l’impulsion de Washington, une loi promulguée
en 2003 avait écarté des postes à responsabilité de l’armée,
des institutions et de la fonction publique des dizaines de
milliers de responsables du Baas. Cette épuration est
aujourd’hui considérée, avec la dissolution de l’armée, comme
l’une des principales erreurs de l’Administration américaine
dans sa gestion de l’après-guerre. La débaassification a
désorganisé l’administration, marginalisé la communauté
sunnite, jeté dans la rébellion une partie des militaires
chômeurs et privé les forces d’occupation d’un réseau majeur
de renseignements. Par la suite, quelques milliers d’anciens
baassistes, tous issus des rangs inférieurs du parti, avaient
été ensuite réintégrés en 2004 dans la fonction publique.
Une des commissions de la conférence a en outre souhaité «
annuler toutes les décisions prises par Paul Bremer »,
administrateur américain de l’Iraq jusqu’en juin 2004 et
initiateur de la débaassification. Elle propose également de
former un groupe d’officiers chargés de conseiller directement
le gouvernement sur les anciens officiers réintégrés.
Doutes sur l’impact de la conférence
Parmi les autres propositions de la conférence, débutée samedi
à Bagdad, figurent notamment : réinstaurer le service
militaire, renforcer le pouvoir du gouvernement sur l’armée ou
encore mettre sur pied un calendrier de départ des troupes
étrangères. Un certain nombre de propositions concernent
l’organisation politique du pays. Pour éviter que chaque
ministère soit contrôlé par un
courant ou un parti, une des commissions préconise la création
d’un poste de vice-ministre pour chaque ministère qui serait
occupé par un fonctionnaire. Sur la question épineuse du
fédéralisme, une autre proposition vise à demander au
législateur de clarifier les attributions du gouvernement
central et des régions et ainsi éviter des conflits de
compétences. Les délégués estiment aussi qu’il faut permettre
à des partis n’ayant pas obtenu d’élus d’avoir des sièges au
Parlement.
Certains participants à la conférence doutent toutefois de
l’efficacité de ces propositions et semblent écarter que
l’appel de Maliki soit entendu par les baassistes. Les
diverses propositions faites par les participants « sont des
déclarations de bonne intention qui restent encore à être
mises en œuvre », a estimé Nasser Al-Ani, porte-parole de la
conférence et membre du Parti islamique iraqien (sunnite).
Pour lui, « une seule mesure pratique importante a été
recommandée », qui doit être encore présentée par M. Maliki
devant le Parlement, « c’est le paiement de pensions
significatives aux anciens militaires » qui ne seront pas
réintégrés dans l’armée.
La participation des baassistes était l’un des principaux
enjeux de la conférence de réconciliation nationale. Evoquant
la présence d’une « vingtaine d’anciens membres du Baas », le
porte-parole de la réunion a reconnu que peu de baassistes
avaient « fait le déplacement ». « Nous devons parler avec
ceux qui ont boycotté, et ils viendront la prochaine fois »,
a-t-il dit.
Mais la main tendue aux baassistes par le premier ministre
chiite Nouri Al-Maliki ne faisait pas l’unanimité parmi les
participants à la conférence. Une partie des responsables
chiites, dont le leader radical Moqtada Sadr, juge
inacceptable la présence de membres de l’ex-parti unique de
Saddam Hussein, les chiites ayant souffert de la répression du
Baas. Ces dirigeants rejettent toute réconciliation avec ceux
qu’ils appellent les saddamistes et les takfiris (extrémistes
sunnites) « qui ont du sang sur les mains ».
Promise début décembre par M. Maliki, la conférence de
réconciliation est restée longtemps incertaine en raison de la
violence confessionnelle, entre communautés chiite et sunnite,
qui continue de frapper plusieurs régions du pays, notamment
la capitale. Dimanche, le pays a été secoué par l’enlèvement
spectaculaire de quelque 25 membres du Croissant-Rouge iraqien
et plusieurs civils, dont six ont été libérés plus tard. Ce
rapt, le deuxième du genre cette semaine, s’est produit au
moment où le premier ministre britannique Tony Blair
effectuait une visite surprise en Iraq lors de laquelle il a
exprimé son soutien à son homologue Nouri Al-Maliki. Jeudi,
entre 40 et 50 personnes ont été enlevées par des hommes armés
portant des uniformes des commandos de la police lors d’une
opération spectaculaire menée au cœur de Bagdad, dans le
quartier de Roussafa, le long des rives du Tigre qui traverse
le centre-ville.
Hicham
Mourad