Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Les baassistes courtisés
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 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

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Iraq . La conférence de réconciliation nationale, dans une tentative de juguler la violence, a invité les anciens membres du parti Baas à réintégrer l’armée. 

Les baassistes courtisés 

Avec en moyenne 120 morts par jour selon l’Onu et un mois de décembre qui s’annonce tout aussi dramatique, la conférence de réconciliation nationale iraqienne a achevé ses travaux dimanche en énonçant une série de « recommandations », dont la plus importante est le retour d’anciens membres du parti Baas (ex-parti unique sous le régime de Saddam Hussein) à l’armée. Les 200 délégués présents ont ainsi repris l’offre faite à l’ouverture de la réunion par le premier ministre Nouri Al-Maliki. Cette mesure concerne 350 000 anciens officiers et peut être interprétée comme un geste d’ouverture envers la communauté sunnite. Elle pourrait convaincre de nombreux anciens baassistes, aujourd’hui actifs au sein de l’insurrection, de déposer les armes. Elle permettrait peut-être de revenir sur les conséquences catastrophiques de la débaassification menée à l’initiative des Etats-Unis après la chute du régime de Saddam Hussein en 2003.

Sous l’impulsion de Washington,   une loi promulguée en 2003 avait écarté des postes à responsabilité de l’armée, des institutions et de la fonction publique des dizaines de milliers de responsables du Baas. Cette épuration est aujourd’hui considérée, avec la dissolution de l’armée, comme l’une des principales erreurs de l’Administration américaine dans sa gestion de l’après-guerre. La débaassification a désorganisé l’administration, marginalisé la communauté sunnite, jeté dans la rébellion une partie des militaires chômeurs et privé les forces d’occupation d’un réseau majeur de renseignements. Par la suite, quelques milliers d’anciens baassistes, tous issus des rangs inférieurs du parti, avaient été ensuite réintégrés en 2004 dans la fonction publique.

Une des commissions de la conférence a en outre souhaité « annuler toutes les décisions prises par Paul Bremer », administrateur américain de l’Iraq jusqu’en juin 2004 et initiateur de la débaassification. Elle propose également de former un groupe d’officiers chargés de conseiller directement le gouvernement sur les anciens officiers réintégrés.

Doutes sur l’impact de la conférence

Parmi les autres propositions de la conférence, débutée samedi à Bagdad, figurent notamment : réinstaurer le service militaire, renforcer le pouvoir du gouvernement sur l’armée ou encore mettre sur pied un calendrier de départ des troupes étrangères. Un certain nombre de propositions concernent l’organisation politique du pays. Pour éviter que chaque ministère soit contrôlé par un courant ou un parti, une des commissions préconise la création d’un poste de vice-ministre pour chaque ministère qui serait occupé par un fonctionnaire. Sur la question épineuse du fédéralisme, une autre proposition vise à demander au législateur de clarifier les attributions du gouvernement central et des régions et ainsi éviter des conflits de compétences. Les délégués estiment aussi qu’il faut permettre à des partis n’ayant pas obtenu d’élus d’avoir des sièges au Parlement.

Certains participants à la conférence doutent toutefois de l’efficacité de ces propositions et semblent écarter que l’appel de Maliki soit entendu par les baassistes. Les diverses propositions faites par les participants « sont des déclarations de bonne intention qui restent encore à être mises en œuvre », a estimé Nasser Al-Ani, porte-parole de la conférence et membre du Parti islamique iraqien (sunnite). Pour lui, « une seule mesure pratique importante a été recommandée », qui doit être encore présentée par M. Maliki devant le Parlement, « c’est le paiement de pensions significatives aux anciens militaires » qui ne seront pas réintégrés dans l’armée.

La participation des baassistes était l’un des principaux enjeux de la conférence de réconciliation nationale. Evoquant la présence d’une « vingtaine d’anciens membres du Baas », le porte-parole de la réunion a reconnu que peu de baassistes avaient « fait le déplacement ». « Nous devons parler avec ceux qui ont boycotté, et ils viendront la prochaine fois », a-t-il dit.

Mais la main tendue aux baassistes par le premier ministre chiite Nouri Al-Maliki ne faisait pas l’unanimité parmi les participants à la conférence. Une partie des responsables chiites, dont le leader radical Moqtada Sadr, juge inacceptable la présence de membres de l’ex-parti unique de Saddam Hussein, les chiites ayant souffert de la répression du Baas. Ces dirigeants rejettent toute réconciliation avec ceux qu’ils appellent les saddamistes et les takfiris (extrémistes sunnites) « qui ont du sang sur les mains ».

Promise début décembre par M. Maliki, la conférence de réconciliation est restée longtemps incertaine en raison de la violence confessionnelle, entre communautés chiite et sunnite, qui continue de frapper plusieurs régions du pays, notamment la capitale. Dimanche, le pays a été secoué par l’enlèvement spectaculaire de quelque 25 membres du Croissant-Rouge iraqien et plusieurs civils, dont six ont été libérés plus tard. Ce rapt, le deuxième du genre cette semaine, s’est produit au moment où le premier ministre britannique Tony Blair effectuait une visite surprise en Iraq lors de laquelle il a exprimé son soutien à son homologue Nouri Al-Maliki. Jeudi, entre 40 et 50 personnes ont été enlevées par des hommes armés portant des uniformes des commandos de la police lors d’une opération spectaculaire menée au cœur de Bagdad, dans le quartier de Roussafa, le long des rives du Tigre qui traverse le centre-ville.

Hicham Mourad

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