Etude .
Le Rapport stratégique arabe 2006 publié par le Centre
d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram analyse
un monde arabe en pleine ébullition.
Guerres, anarchie et résistance
Avec
ses 500 pages, le nouveau rapport stratégique d’Al-Ahram
propose un menu très dense avec six grands chapitres :
l’agression israélienne contre le Liban, les interactions
internationales, les interactions régionales, la question
palestinienne, le régime arabe régional, et bien évidemment
l’Egypte.
Considérée comme l’un des plus grands crimes de guerre
israéliens commis contre les peuples arabes, l’agression
israélienne contre le Liban est selon le rapport « un élément
déterminant dans l’évolution de la région arabe et islamique
». En effet, il s’agissait pour les Américains de présenter —
à travers la guerre israélienne contre le Liban —, une
avant-première de ce que pourrait être le « nouveau
Moyen-Orient » différent mais en même temps allant de pair
avec les intérêts américains. Mais les conséquences ont été
autres comme l’explique le rapport. Cette guerre a donné
naissance à une hausse de la valeur de la résistance et des
droits de chacun, accompagnée d’une confiance plus grande à
faire face à l’appareil militaire israélien.
Le rapport informe que les buts annoncés pour un nouveau
Moyen-Orient américain sont non seulement clairs mais
représentent aussi un véritable danger. Employer la crise du
Liban au service de l’hégémonie israélienne sur l’avenir de la
région est l’un de ces principaux buts. Ensuite, et lorsque
les Arabes auront eu un rôle direct dans cette hégémonie, il
suffit alors de transformer toute la région, et pas seulement
en Iraq, en face-à-face entre sunnites et chiites. Diviser
pour mieux régner, c’est ce que font les Américains pour
isoler en plus la Syrie d’une part et l’Iran d’autre part. Ce
afin de changer les deux régimes au pouvoir.
Faiblesse arabe
Le rapport dénonce par ailleurs une véritable absence d’un
mécanisme arabe et international au sein des initiatives
arabes mêmes, et s’interroge sur l’ordre régional arabe.
Peut-on encore parler d’un ordre arabe qui puisse disposer de
mécanismes de fonctionnement, pour faire valoir ses vues,
construire son avenir et réaliser ses ambitions communautaires
? Est-ce que l’aire arabe est désormais définie comme simple
espace géographique, où les acteurs agissent en ordre dispersé
? En effet, le rapport met l’accent sur le fait que les
différentes interactions arabes de 2006 reflètent un profond
affaiblissement de l’ordre régional arabe, et des réformes aux
niveaux national et régional. Bien que cette question de
réforme ait occupé une place importante sur la scène politique
arabe, les caractéristiques de la faiblesse arabe l’ont
cependant emporté. Cette faiblesse
de l’ordre arabe est apparue clairement dans les conflits en
Palestine, au Liban, en Iraq et au Darfour, où les sommets,
les rencontres présidentielles et ministérielles se succèdent
sans aucun résultat concret. Il est vrai que dans l’ensemble,
ces problèmes dévoilent une vérité essentielle : les pressions
internationales de la part des Etats-Unis ou de l’Iran
influencent gravement les prises de décision des pays de la
région.
Le chapitre 6 du rapport consacré à la situation politique en
Egypte est loin d’être tendre autant en ce qui concerne le
conflit entre les juges et le gouvernement, portant
essentiellement sur le contrôle judiciaire des élections,
qu’avec les partis politiques.
La réforme politique s’est particulièrement imposée en Egypte
de 2005 jusqu’au début 2006, pour, à son tour, provoquer cette
volonté d’amendements constitutionnels de l’article 76. Le
rapport met en lumière les débats provoqués par l’espoir d’un
changement possible, resté longtemps prisonnier de nombreuses
restrictions, de ses mécanismes et de buts finaux. Par
ailleurs, le chapitre consacré à l’Egypte dans le rapport
analyse les dernières élections présidentielles et
législatives qui ont révélé d’une part les défaillances des
partis politiques traditionnels, et d’autre part la montée du
rôle politique des mouvements populaires d’opposition.
Bien que le politique soit très présent, la situation
économique reste l’élément négatif de ce rapport, car la
partie consacrée à ce sujet est composée essentiellement de
tableaux et de chiffres, et l’analyse est absente. L’année
2006 a en effet connu de nombreuses affaires de corruption qui
auraient pu être traitées dans ce rapport.
Hoda
Ghali