Al-Ahram Hebdo,Littérature | Au-delà des métaphores, la réalité palestinienne
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Littérature

Au-delà des métaphores, la réalité palestinienne

Par Ibrahim Fathi

 

Critique littéraire

Ce roman sur Jérusalem et sur la Palestine, de la nakba à nos jours, ne ressasse pas les clichés politiques habituels. Il ne symbolise pas la nation menacée de perte par la femme aimée et ne cherche pas à idéaliser les faits historiques tels qu’ils se sont effectivement passés.

La première partie, intitulée « Image », est écrite à la première personne, comme l’ensemble du roman. Le narrateur raconte ses souvenirs tout en interrogeant sa façon de les écrire. Pour lui, Jérusalem est un état intellectuel et émotionnel ; Myriam ou Marie est un homonyme de Marie-Madeleine, magnifique image d’une histoire d’amour tissée par les désirs refoulés, les rêves, et la lecture de romans. La beauté de Myriam/Marie appartient aux ambiances magiques du vent d’ouest. Ses sept frères sont au Brésil. Elle habite dans une nouvelle villa construite par l’argent de l’exil. Elle vit comme une touriste, sans rapport avec une quelconque cause. Quant au père et au grand-père du narrateur, ils cassent du roc destiné à la construction du quartier juif à Jérusalem-Ouest. Dans sa famille, les hommes achètent les épouses pour des dots calculées selon le niveau de beauté sur les photos échangées lors des mariages arrangés. Comme sa famille, il ne vit pas dans la réalité mais dans les clichés, reflet de désirs ou de peur. Images simulacres, — alternatives irréelles aux gens et au sens des événements — face à la menace récurrente de l’anéantissement. (…) L’imagination fabrique des images contradictoires de Myriam. Est-elle celle qui pleure sur la tombe de son frère ou alors cette femme non conventionnelle qui a, avant le narrateur, aimé un moine ? Myriam tombe enceinte du narrateur ; leurs deux vies sont en péril (il est musulman, elle chrétienne). Cette histoire individuelle se perd dans les récits d’héroïsme collectif à la veille de la guerre de 1967 et les slogans pour la libération de Jérusalem. Myriam et le narrateur disparaissent en exil ; Jérusalem est perdue.

Quel sens donner à « L’icône », la deuxième partie du roman ? Il s’agit en partie des objets fabriqués par le fils du narrateur et de Myriam, des décennies plus tard, il décore les images sacrées. De son couvent, la mère elle aussi écrit son histoire. (…) Le narrateur, lui, après s’être impliqué, de façon marginale, dans la lutte des fedayins, après avoir plusieurs fois changé d’organisation politique, de capitale, et d’entreprise, après s’être plusieurs fois marié, puis séparé de femmes étrangères, entre, comme sa famille, dans le domaine du roc. Il s’adonne au business de l’immobilier pendant la guerre du Golfe, ravitaille l’armée américaine en bulldozers. Devenu millionnaire, il perd tout lien avec ce qu’on appelait « la révolution ». Jérusalem a changé, peuplée maintenant d’esprits et de fantômes, de derviches, de simples d’esprit et diseurs de bonne aventure. Son fils aussi pratique des « miracles » en interpellant les esprits. Mais quel rapport entre l’image et l’icône après que les personnages furent devenus des « bric-à-brac » sur « béquilles » ? Derrière l’image visible de l’icône, le narrateur cherche maintenant une vérité dissimulée. Il est troublé, entre de nouvelles dimensions spirituelles et de vieilles superstitions. Lorsqu’il s’interroge, vers la fin de cette partie, doutant de la réalité, une femme palestinienne le ramène au « réservoir », à la maigre réserve de vivres et de médicaments à cause du bouclage.

La troisième partie, « Ancien testament » lie la spiritualité du fils perdu à ses racines chez les ancêtres artistes. (…) Soudain les balles israéliennes pleuvent sur les Palestiniens de Cisjordanie, rassemblés pour prier à Al-Aqsa. Jeunes et vieux se solidarisent face à l’attaque. Comme si la résistance espérait une nature épique, unifiant les composantes dispersées et en conflit du mouvement. Dans son ampleur sanglante, la scène de l’invasion semble extraite d’un film. Le narrateur part à la recherche de son fils parmi les corps et les décombres, et répète la fin du roman de Ghassan Kanafani Des hommes sous le soleil, avec ces restes de vêtements, ces débris humains et du sang noir qui se coagule sous le soleil. (…) Comme à la fin de la deuxième partie, lorsque la femme palestinienne invite le narrateur philosophant à descendre sur une terre anéantie par le besoin, la terre des besoins réels et primaires, sans rapport avec la société de consommation et les interrogations stériles sur la différence entre image et réalité. C’est cette fois-ci que le narrateur lui-même propose : « on mange un bout ? ». Après l’image et l’icône vient l’ancien testament, vient un signe où le rapport entre le signifiant et le signifié, entre les mots et le rêve de Jérusalem est un rapport de voisinage réaliste, d’interaction vivante et de continuité existentielle. Les questions de technique romanesque se rapprochent alors de l’exploration de l’existence humaine en Palestine.

 

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.