Frères
musulmans.
Diaa
Rachwan,
spécialiste des mouvements islamistes au Centre d’Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, commente la
crise entre les Frères et le gouvernement.
« Les Frères n’ont pas renouvelé leur structure »
Al-Ahram
Hebdo : Comment voyez-vous la démonstration de force menée par
des étudiants dans l’enceinte de l’Université d’Al-Azhar
?
Diaa
Rachwan : Soulignons d’abord que
ce qui s’est passé est un acte aussi condamnable
qu’irresponsable. A mon avis, cette démonstration ne
représente pas la politique générale des Frères musulmans qui
seront les premiers perdants s’ils décident de renouer avec la
violence. En fait, les Frères n’ont gagné en popularité
qu’après leur abandon de la violence. D’ailleurs, des
responsables de la confrérie ont exprimé leurs excuses à
plusieurs reprises depuis ces événements. Je voulais ajouter
également que ce qui s’est passé est, entre autres, le
résultat des restrictions imposées aux activités politiques
des étudiants dans les universités égyptiennes.
— Suite à cet événement, des dizaines de dirigeants de la
confrérie ont été arrêtés. Pensez-vous que cette campagne
d’arrestations était préméditée et n’attendait qu’un prétexte
?
— En fait, ces arrestations sont intervenues quatre jours
après ladite démonstration. Je pense donc que l’Etat,
représenté par l’appareil sécuritaire, n’avait pas au départ
de grande inquiétude envers cette démonstration à laquelle
participait un groupe d’étudiants qui n’est pas du tout
représentatif de l’attitude générale des Frères. Mais avec la
réaction très exagérée de certaines forces politiques et des
médias qui ont donné à l’affaire une portée caricaturale et
qui n’ont pas hésité à critiquer la « nonchalance » des forces
de sécurité, l’Etat a été amené à riposter pour absorber cette
colère.
— Ce développement laisse-t-il prévoir une escalade entre les
Frères et l’Etat ?
— Je crois que les Frères veulent éviter l’escalade. Cela dit,
leur attitude pourra changer selon la décision du Parquet. Si
ce dernier les accuse de « terrorisme », ça sera une escalade
de la part de l’Etat qui n’a jamais utilisé ce terme contre
les Frères depuis les années soixante, du temps de
Sayed Qotb.
Dans ce cas, les Frères réagiront en conséquence.
— Ces derniers événements auront-ils des répercussions
négatives sur l’avenir politique de
la confrérie ?
— Sans doute, surtout après les accusations qui leur ont été
lancées par les médias qui les ont présentés dans une image
très obscure, en les décrivant comme un groupuscule qui
représente un grand risque sur la société et qui vise à la
subversion, des termes qui n’ont jamais été utilisés par le
régime. Mais je crois que les Frères, qui travaillent d’une
façon très méthodique, réussiront à dépasser cette crise
passagère.
— Vous aviez quand même une opinion sur le renouveau de la
confrérie ...
— Oui, en effet. Depuis la mort du fondateur de la confrérie,
Hassan Al-Banna, les Frères n’ont
pas renouvelé leur structure, ils suivent la même école
classique et refusent les idées créatives des réformateurs.
Pour revigorer leur mouvement, ils doivent accepter les
différents avis et ne pas avoir peur de la différence.
Propos recueillis par Ola Hamdi et
Sabah Sabet