Frères musulmans .
Avec l’arrestation de Mohamad Khaïrat Al-Chater, véritable
stratège et principale source de financement de la confrérie,
l’Etat frappe un grand coup.
L’éminence grise
derrière les barreaux
Sur les 180 membres de la confrérie des Frères musulmans qui
ont été arrêtés, Mohamad Khaïrat Al-Chater est sans doute le
plus important d’entre eux. Al-Chater, 55 ans, est le
troisième dans la hiérarchie, après le guide Mohamad Mehdi
Akef et son adjoint, Mohamad Habib. Mais il est présenté par
les spécialistes comme le principal planificateur. Son aura
s’est trouvée renforcée lors des législatives puisqu’il serait
l’architecte du succès sans précédent des Frères. Il est aussi
le responsable du dossier des étudiants et des universités, la
police l’a bien sûr en tête de liste des coupables suite à la
dernière affaire. Les chefs d’accusation retenus contre lui
sont significatifs : semer des troubles et perturber la paix
interne. Son arrestation a eu un vaste écho en Egypte et dans
la région vu que c’est la première fois que les forces de
sécurité touchent à un si gros calibre depuis l’arrestation de
Mohamad Ezzat, le secrétaire général de la confrérie, en mai
2005, après avoir mené des manifestations contre les élections
présidentielles de 2005 (ndlr : il a été libéré en août
dernier). « C’est une nouvelle vague d’arrestations contre les
Frères et leurs cadres. L’Etat veut écraser tous ses opposants
durant cette période afin de laisser passer ses nouveaux
amendements de la Constitution sur l’article 76 », a déclaré
Habib aux médias arabes.
Depuis la grande percée politique des Frères (88 sièges au
Parlement), Khaïrat est perçu comme au cœur de l’action et
même l’un de ses principaux artisans. Le numéro 3 des Frères
avait d’ailleurs établi la stratégie du groupe lors des
élections législatives de 2005. « Nous aurions dû gagner plus
de places, mais notre performance lors des deuxième et
troisième tours a été bloquée par l’Etat, qui a utilisé tous
ses pouvoirs pour nous contenir, car le PND ne voulait pas
qu’on ait plus de 20 % afin qu’il puisse conserver la grande
majorité », avait-il déclaré alors.
Al-Chater, homme d’affaires et ingénieur de métier, est connu
aussi pour être la plus grande source de financement de la
confrérie. Il est d’ailleurs le chef du bureau financier et
stratégique du groupe. C’est l’une des plus grandes figures de
la confrérie et ses positions ont été très remarquables.
Al-Chater était l’un des premiers à avoir fait certaines
remarques sur le cas du higab en Egypte. Après la nomination
de Aïcha Abdel-Hadi au poste de ministre de la Main-d’œuvre,
première femme voilée dans un cabinet, il a annoncé que ce
n’est pas suffisant pour gagner la confiance des Frères
musulmans et qu’il faut que l’Etat prenne plus de mesures afin
de confirmer son intention. En revanche, lors de la vague de
colère arabe et musulmane contre les caricatures danoises
portant atteinte au prophète, Al-Chater semblait être la voix
de la raison. Il a lancé un appel à tous les musulmans et
islamistes dans le monde de garder leur sang-froid, de ne pas
porter atteinte aux propriétés privées et de ne pas se laisser
dans une vague de violences qui n’aboutira à rien.
Membre du bureau du guide depuis 1995 et nommé assistant en
2004, l’expérience de prison ne lui est pas nouvelle vu qu’il
a déjà eu des séjours en 1968, 1992, 1995 et 2001. Mais cette
fois-ci, la confrérie la considère comme une escalade vu sa
position. Ce serait donc un message que l’Etat veut faire
passer avant l’an 2007, qui a été annoncé comme étant celui
des réformes politiques en Egypte.
Karim
Farouk